Chômage en Allemagne: une situation plus grave que ne le montrent les statistiques
BERLIN ( AFP) - Bénéficiaires de l´aide sociale, petits boulots et micro-entreprises subventionnés ou salariés à un euro de l´heure, la situation réelle du marché du travail allemand est encore plus grave que ne l´indiquent les 5 millions de chômeurs répertoriés en janvier.
Pour la première fois depuis la fin de la guerre, le seuil des 5 millions a été dépassé pour s´établir à 5,037 millions en données brutes, selon des statistiques publiées mercredi.
Mais le nombre réel de sans-emploi est supérieur, a reconnu le ministre de l´Economie et de l´Emploi, Wolfgang Clement, en promettant de faire oeuvre désormais de transparence.
" Nous avons plus de six millions de chômeurs" si l´on inclut les programmes d´emplois subventionnés sur fonds publics ( ABM) destinés par exemple à des salariés victimes d´un plan social, et qui ne sont pas inscrits au chômage, a-t-il ainsi estimé. Ils concernent 1,5 million de personnes.
Des membres de l´opposition conservatrice et libérale affirment que le nombre de demandeurs d´emploi atteint en fait la barre des 7 millions sur une population active de 38 millions.
Pour le responsable de l´institut de conjoncture IWH, Ulrich Blum, " le vrai chiffre est d´au moins 9 millions de personnes à la recherche d´un emploi".
Car le problème est là: qu´est-ce qu´un " chômeur" en Allemagne?
Le nombre de demandeurs d´emploi a ainsi fortement augmenté en janvier en raison d´un changement de mode de calcul dans le cadre d´une vaste réforme du marché du travail.
Entre 200.000 ou 300.000 personnes jusqu´ici bénéficiaires de l´aide sociale sont désormais répertoriées comme chômeurs afin de toucher l´allocaton chômage.
" Le drame du chômage n´est pas né d´aujourd´hui, le drame est là depuis longtemps. On le voit simplement différemment" avec le nouveau mode de calcul, souligne ainsi le patron de l´institut IW, Michael Huether, proche du patronat.
Et ce n´est pas fini. Toutes les personnes qui suivent des stages de reconversion ou de formation permanente financés par l´Agence pour l´emploi, l´ANPE locale, ne sont pas incluses dans les statistiques officielles.
En janvier 2004, quelque 80.000 personnes, bénéficiaires de ces stages, avaient ainsi été rayées des listes de chômeurs alors qu´elles sont effectivement sans emploi.
A ces chiffres s´ajoutent tous ceux qui, quoique sans activité, ne s´inscrivent pas à l´ANPE locale parce qu´ils savent qu´ils n´auront droit à aucune prestation sociale.
Au total, les " cinq sages", un comité d´experts chargés de conseiller le gouvernement en matière de politique économique, évaluent à 1,7 million le nombre de " chômeurs cachés" qui n´entrent dans aucune statistique.
Plus inquiétant encore, des experts mettent en avant le fait que la réforme du marché du travail impulsée par Gerhard Schroeder a créé une population ni vraiment salariée, ni vraiment sans activité.
Ce sont des gens qui acceptent des " petits boulots", au sein de micro-entreprises subventionnées par exemple, ne payant pas de cotisations sociales, ou de chômeurs de longue durée qui en plus de leur allocation prennent un emploi d´intérêt général payé un euro de l´heure, en attendant mieux.
Intérêt pour le gouvernement: ces derniers quittent les statistiques du chômage.
" Les emplois payés un euro de l´heure sont un moyen de réintégrer les gens dans le marché du travail", s´est défendu le ministre de l´Economie.