Le 10 janvier 2016 à 01:22:32 TheRedWave a écrit :
Après Tyler je me demande, la coexistence pacifique était elle une si grande erreur que ça ?
Oui et non. En fait, le terme de coexistence pacifique est un terme à la base utilisé par Lénine pour qualifier la politique extérieure de l'URSS après la guerre civile, c'est à dire la nécessité pour les soviétiques comme pour les impérialistes, de reconnaître un statu-quo : Les soviétiques ont buté sur la nécessité de la révolution mondiale après l'échec devant Varsovie et les impérialistes n'ont plus aucun moyen de déboulonner le pouvoir soviétique. La conclusion de Lénine est donc, qu'il y a une coexistence qui existe entre la république soviétique et les impérialistes. Mais il ne se fait pas d'illusion, il sait très bien que le capitalisme et le socialisme ne peuvent pas cohabiter, qu'il y aura un conflit qui viendra pointer le bout de son nez le moment venu. C'est pour ça que la coexistence pacifique n'est pas l'entièreté de la doctrine soviétique. La thèse principale de la politique extérieure des soviétiques, c'est interventionnisme prolétarien. En gros, le devoir de l'URSS est d'aider par tout les moyens, les pays et les peuples à faire la révolution, car c'est le devoir même des communistes organisés dans un État prolétarien.
Là où cela devient problématique, c'est quand Khrouchtchev décide de mettre uniquement dans la coexistence pacifique, le contenu "On fait la paix avec l'impérialisme, c'est terminé". En gros, la thèse des révisionnistes est de dire qu'il n'y a plus besoin de lutte politique internationale, qu'il n'y a plus de nécessité pour les pays de prendre le pouvoir de manière révolutionnaire... Khrouchtchev dira même qu'en gros, une fois que l'URSS aura dépassé économiquement les Etats-Unis, les capitalistes se rendront compte de la supériorité du socialisme... et deviendront socialiste à leur tour ! C'est une théorie fumeuse et on l'a bien vu, le soutien des différents mouvements révolutionnaires par l'URSS, correspondaient plus à cet époque à l'intérêt personnel des révisionnistes, qu'à une volonté réelle d'étendre la révolution. C'est ce qui est critiqué par les chinois en fait, quand Mao dit "Ce sont des tigres de papiers", car la lutte doit continuer. Après, il y a toujours les divergences sino-soviétiques qui entrent en compte aussi, les Chinois et les Albanais sont remontés parce qu'ils ne comprennent pas en quoi l'URSS devrait avoir le monopole sur la stratégie mondiale à adopter vis à vis de l'impérialisme et de la lutte révolutionnaire.
Pire en fait, sera l'attitude de l'URSS et des communistes européens lors des mouvements pour la paix. Finalement, le plus gros reproche est d'avoir abandonné le socialisme et d'avoir mis la "paix" avant tout, or c'est bien là le problème fondamental, si on abandonne l'analyse de classe sur la paix et la manière de l'atteindre... On fini par faire le jeu de deux d'en face, non ? "Ni les SS20, ni les Pershing", ça se couplait parfaitement avec "Plutôt mort que rouge". L'abandon idéologique de la lutte pour le socialisme au profit de la "paix" comme abstraction, a été une erreur fondamentale dans la politique de l'URSS et des communistes durant la seconde moitié du XXème Siècle.
http://lesmaterialistes.com/deux-politiques-coexistence-pacifique-diametralement-opposees-1963
Texte qui résume les positions chinoises et les critiques faîtes à l'URSS.