L´Europe sur la pente du déclin, selon une étude prospective de la CIA
Le National Intelligence Council ( NIC), « think tank » du directeur de la CIA ( www.foia.cia.gov), vient de publier une étude prospective que nos dirigeants seraient bien inspirés de prendre en considération. Les conclusions de l´étude, pessimistes mais réalistes, exposent que l´Union Européenne n´est pas une puissance d´avenir : plombée par le vieillissement de sa population, par l´absence de croissance, par un élargissement sans limite, l´Europe ne pourra pas jouer le rôle de grande puissance mondiale auquel elle se destine, surpassée par des puissances émergentes comme la Chine, l´Inde, le Brésil ou l´Indonésie. Dans quinze ans, affirme le rapport de la CIA, seuls les USA pourront encore faire figure de super-puissance sur la scène mondiale.
Ce rapport de 120 pages, intitulé « Mapping the Global Future », fruit des analyses de plus d´un millier d´experts internationaux issus des cinq continents, a pour le moins déplu aux eurocrates bruxellois, qui ne semblent guère apprécier qu´on expose ouvertement les conséquences de leur choix politiques.
Sur le plan géo-stratégique et militaire, le rapport considère que « l´intégration de dix nouveaux pays sera un frein à l´approfondissement des institutions, à l´émergence d´une vision stratégique commune, d´une politique étrangère et de défense européenne ». Sur le plan économique, cette étude présente l´entrée des pays de l´Est dans l´UE comme un frein, le « rattrapage économique des nouveaux Etats membres » n´étant pas financé, et affirme que l´élargissement de l´UE à la Turquie sera une source de tensions dues à l´entrée d´une « forte population musulmane » dans l´Europe. Le rapport prévoit que « l´Union européenne risque de voler en éclats ou de se désintégrer », les réformes économiques nécessaires n´étant pas mises en œuvres, notamment en France, en Allemagne et en Italie.
Les hiérarques bruxellois n´ont pas manqué de dénigrer une vision aussi « simpliste » et « catastrophiste » de l´évolution de l´UE. « Nous n´avons pas de temps à perdre avec ce type de polémique », coupe séchement l´entourage de Javier Solana, le chef de la diplomatie de l´Union, ajoutant : « L´heure n´est pas à la théorie, mais à la pratique. »
Source : Le Figaro, 21/01/2005