Les services de sécurité européens auraient sous-estimé la menace d´attaques chimiques
C´est ce qu´un haut responsable français de l´antiterrorisme a déclaré au " Financial Times". Les groupes terroristes ont la volonté et la capacité de développer des armes chimiques, selon cette même source. Les projets terroristes d´attaques chimiques contre des cibles en Europe ont été sous-estimés par les services de sécurité, a déclaré un haut responsable français de l´antiterrorisme cité lundi par le Financial Times ( FT). " Nous avons sous-estimé la volonté et la capacité des terroristes à développer des armes chimiques", a indiqué au FT ce haut responsable, sous le couvert de l´anonymat.
Selon le quotidien financier britannique, ce haut responsable a averti que les terroristes envisageaient d´utiliser des armes chimiques en Europe et étaient bien plus avancés dans leurs projets que ne l´ont soupçonné les services de sécurité. Le FT rapporte ainsi que des petits groupes d´experts en chimie, repérés dans plusieurs pays européens, ont développé des moyens de communiquer les uns avec les autres, évitant aussi d´être exposés. " Le plus clair, c´est que les personnes dotées de connaissances en chimie sont très organisées", a indiqué le responsable.
Plusieurs de ces groupes seraient liés aux militants islamistes tchétchènes, avance également le quotidien, selon lequel les services de renseignement occidentaux pensent que des extrémistes liés à Al-Qaida ont d´ores et déjà conduit des essais d´armement chimique en Tchétchénie. " Les groupes dotés de ce savoir-faire ont des liens [entre eux]", a-t-il affirmé, ajoutant que s´ils " ne sont pas présents partout, c´est en tout cas en Tchétchénie qu´ils ont acquis cette expérience".
De récentes vagues d´arrestations, menées en France et en Grande-Bretagne dans le cadre de la lutte antiterroriste, ont révélé à quel point ces plans sont développés, a ajouté le haut responsable au journal. " Le groupe arrêté à Vénissieux a des liens avec la Tchétchénie mais aussi avec Abou Moussab Al-Zarkaoui ( un Jordanien, proche d´Oussama Ben Laden)", a-t-il précisé, faisant également référence au coup de filet mené en janvier dernier par les policiers du contre-espionnage français dans la région lyonnaise.
L´opération menée dans le cadre d´une enquête dite de la " filière tchétchène", conduite principalement à Vénissieux, dans la banlieue est de Lyon, avait abouti à cinq interpellations. Parmi les personnes arrêtées figure un imam de quartier, Chellali Benchellali, père de Mourad Benchellali, détenu sur la base américaine de Guantanamo ( Cuba).
En Grande-Bretagne, la justice vient de confirmer l´inculpation de cinq Britanniques, d´origine pakistanaise, selon la presse. Ils avaient été arrêtés le 30 mars avec trois autres Britanniques lors d´un vaste coup de filet antiterroriste à Londres et ses environs. La police avait alors saisi quelque 500 kg d´engrais à base de nitrate d´ammonium, une substance pouvant servir à confectionner une bombe de forte puissance, qui fut utilisée notamment dans les attentats de Bali en octobre 2002 ( 202 morts).
Selon le FT, les militants du groupe islamiste pakistanais Lashkar-i-Taiba ont aidé à diffuser les connaissances en matière d´armes chimiques, transmises à certaines parties du réseau Al-Qaida. " L´élément pakistanais ( dans le développement de ces armes) a également été totalement sous-estimé, au même titre que l´expérience menée en Tchétchénie", a-t-il encore souligné.
Le Monde, avec AFP, 12 avril 2004
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-360763,0.html