« La croix celtique est inscrite dans un cercle d’où ses extrémités débordent et elle conjugue de ce fait le symbolisme de la croix et celui du cercle. On pourrait y ajouter également celui du centre du fait de l’existence d’une boule au centre géométrique de la croix et au milieu des branches de nombreux exemplaires archaïques. Au cours des premières périodes de l’art irlandais, les croix sont complètement inscrites dans le cercle et dépourvues de toute décoration ; dans un deuxième état de style, les branches débordent légèrement du cercle ; en dernier lieu, les croix sont plus grandes, couvertes et ajourées. Il est possible de reconnaître dans la croix irlandaise des symboles celtiques recoupant le symbolisme chrétien. La correspondance quaternaire illustre la répartition des quatre éléments : air, terre, feu, eau et de leur qualités traditionnelles : chaud, sec, humide et froid. Elle coïncide avec la division de l’Irlande en quatre provinces avec, au centre, une cinquième constituée par prélèvement d’une parcelle de chacune des quatre autres. Ce sont aussi les Quatre Maîtres de la tradition annalistique ( qui correspondent aux quatre évangélistes) et le surnom de saint Patrick, Coithrige ( serviteur) des quatre. Les deux axes de la croix font penser encore à l’écoulement du temps, aux points cardinaux de l’espace, et le cercle au cycles de la manifestation. Mais le centre, dans lequel il n’y a plus ni temps ni changement d’aucune sorte, est un lieu de passage ou de communication symbolique entre ce monde-ci et l’Autre Monde. C’est un omphalos, un point de rupture du temps et de l’espace. La correspondance étroite des anciennes conceptions celtiques et de données ésotériques chrétiennes laisse à penser que la croix cerclée a représenté, pour les Irlandais de l’époque carolingienne, une synthèse intime et parfaite du christianisme et de la tradition celtique. »
d’après le dictionnaire des symboles ed. Robert Laffont