Voici un article paru dans " Le Monde Radio-Télévision", un supplément de " Le Monde", paru hier.
C´est un peu long, mais édifiant. Quand j´étais gosse, je regardais que des dessins-animés " fantastiques" dans un monde irréel, ou des séries comme " Pete & Pete". Rien de bien méchant. Mais apparament, de nos jours, la tendance a changé...
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-Des enfants trop seuls devant l´écran
Le Conseil supérieur de l´audiovisuel ( CSA) lance une campagne de sensibilisation pour inciter les parents à s´impliquer davantage auprès des jeunes téléspectateurs
Il en est des débats de société comme des modes. Ils durent le temps d´une saison. En 2002, le petit écran était la source de tous les maux de la jeunesse : non-respect de la discipline scolaire, délinquance, sexisme, etc. Mille heures par an à l´école, autant devant le poste, répétaient les experts, effarés par l´équation. Les relations qu´entretenaient les enfants avec la télévision occupaient le devant de l´actualité, mises en lumière par des rapports : celui du Collectif Interassociatif Enfance Médias ( CIEM), « l´Environnement médiatique des jeunes de 0 à 18 ans : que transmettons-nous à nos enfants ? »; celui de Blandine Kriegel sur « la violence à la télévision » ou encore celui de la défenseure des enfants, Claire Brisset, sur le même thème. Sans oublier l´étude de la sociologue Monique Dagnaud, « Les enfants, acteurs courtisés de l´économie marchande ».
A l´époque, raconte Agnès Vincent-Deray, qui préside le groupe « protection de l´enfance et du jeune public » au Conseil supérieur de l´audiovisuel ( CSA), « il y avait des échéances électorales et un vif débat sur la pornographie. » « C´est une montagne qui a accouché d´une souris, estime le pédopsychiatre Claude Allard, auteur de L´Enfant au siècle des images ( Albin Michel, 2000). Le Parlement en a débattu une journée sans que cela débouche sur un texte. » Les gardefous contre les images de sexe ? Inopérants jusqu´ici, faute de décodeurs adaptés. Ce qui va obliger le CSA à publier une recommandation fixant définitivement les règles du double verrouillage et le code parental pour les opérateurs. Ceux-ci disposeront de deux ans pour se mettre en conformité technique avec la législation. Selon les résultats d´une enquête commandée par le CSA à l´Inserm sur les effets de la pornographie, 80 % des garçons entre 14 et 18 ans et 45 % des filles du même âge disent avoir vu un film classé « X » au cours de l´année passée, majoritairement à la télé.
« Mais globalement, tout ce raffut a sensibilisé les professionnels », nuance Claude Allard. Opinion partagée par Divina FrauMeigs, sociologue des médias, coauteur du rapport du CIEM : « Il a également sensibilisé l´opinion publique, désormais consciente de l´influence profonde des médias sur lesjeunes. L´autre acquis a été de considérer la liberté d´expression et la censure comme des valeurs universelles relatives. »
Avec l´accroissement de la concurrence,les chaînes veillent désormais à proposer , des programmes de meilleure qualité, en diffusant par exemple des émissions ludo-éducatives comme « Dora : l´exploratrice » ( TF1 et Tiji) ; ou les « Teletubbies » ( Canal+). Une manière de se concilier des parents devenus plus sourcilleux. « Des parents que je reçois en consultation s´inquiètent du fait que leurs enfants regardent trop la télévision, ce qu´ils ne faisaient jamais il y a dix ans », souligne le pédopsychiatre Stéphane Clerget.
Censée aider les familles, la signalétique jeunesse, en vigueur depuis le 18 novembre 2002, ne fait toujours pas l´unanimité. « Il n´y figure pas de mention visant les moins de 7 ans comme dans la plupart des pays européens, remarque Claude Allard. Or c´est la tranche d´âge la plus impressionnable, qui confond réalité et fiction. »
Le 3 janvier 2005, le CSA lancera une campagne de sensibilisation des familles à la signalétique jeunesse. Les téléspectateurs découvriront un film de 30 secondes mettant en scène un père et son fils de 12 ans regardant un programme violent. L´enfant bouleversé est rassuré par son père. Pour le CSA, « le message à transmettre est celui de la nécessité d´un dialogue et l´intérêt d´une supervision parentale des programmes. »
En deux ans, les chaînes pour enfants se sont multipliées. Au nombre de seize, elles visent toutes les tranches d´âge. Cette explosion de l´offre, combinée au multi-équipement, a transformé les modes de consommation télévisuelles en donnant aux enfants une plus grande autonomie. Selon un sondage CSA-La Croix-Unapel de 2003, près de la moitié des parents ( 46 %) laissent souvent ou très souvent leurs enfants regarder seuls la télévision. Deux sur trois estiment que celle-ci n´a pas une mauvaise influence sur eux.
Une confiance aveugle contre laquelle met en garde l´universitaire Elisabeth Baton-Hervé. « Une maman qui apportait son témoignage dans un courrier des lecteurs de Télérama parlait du contenu de la série " Totally Spies" ( TF1), qui prenait la défense des centres commerciaux contre le méchant petit commerçant qui voulait se rebeller », raconte la chercheuse, qui évoque aussi les « valeurs » transmises par « Atomic Betty » sur M6. Dans un épisode récent, ce dessin animé montrait un enfant se rendant à la bibliothèque afin d´y restituer avec retard les livres empruntés. « La bibliothécaire est un personnage austère, elle a l´air méchant. L´enfant se retrouve derrière des barreaux. L´univers du livre est associé à la prison. »
« Plusieurs dessins animés présentent aussi des personnages mangeant des friandises sans retenue, poursuit la chercheuse. Dans " Martin mystère", par exemple, un jeune homme demande à une amie : " Qu´est-ce qui te donne autant la pêche ? " Elle, sortant de sa poche une grosse poignée de bonbons: " Ça ! J´ai découvert le sucre et j´en prends des masses. C´est incroyable, j´ai révisé la nuit et je ne suis même pas fatiguée!" » L´Union nationale des associations familiales ( UNAF) vient d´éditer un guide, Ecrans et médias, une affaire de famille, synthèse réalisée par Elisabeth BatonHervé. Son enseignement : ni dramatiser ni banaliser, mais accompagner le jeune téléspectateur.
Macha Séry