La Cour des comptes fustige trente ans de politiques d´immigration
Une réflexion d´ensemble inexistante, des dispositifs superposés sans cohérence, une stratégie d´intégration absente, une " résignation" manifeste face aux entrées irrégulières : la haute juridiction adresse une sévère critique des gouvernements successifs et constate une " situation de crise". Un navire sans cap ni capitaine. Un paquebot réduit, depuis trente ans, à louvoyer au gré des vents et des marées. La Cour des comptes, présidée par Philippe Séguin, adresse une critique en règle de la politique d´intégration menée par la France depuis trois décennies.
Dans un rapport qu´elle devait rendre public mardi 23 octobre, intitulé " L´accueil des immigrants et l´intégration des populations issues de l´immigration", elle met en cause l´absence de réflexion, les choix des différents gouvernements et les organismes publics chargés de les mettre en œuvre. Et décrit une " situation de crise" qui n´est pas le produit de l´immigration mais, insiste-t-elle, " le résultat de la manière dont l´immigration a été traitée".
La haute juridiction financière est sortie pour l´occasion de son rôle premier : l´évaluation de la gestion des administrations et organismes publics. Elle a réalisé une analyse fouillée, à la fois politique et sociologique, de l´immigration en France, des difficultés rencontrées par les populations et des solutions avancées tant en termes d´accueil des primo-arrivants que d´intégration des immigrés plus anciens. Elle s´est aussi intéressée aux réformes en cours et adresse de multiples recommandations.
A l´heure où l´on dénombre 3,2 millions d´étrangers en France et un flux de 100 000 à 150 000 entrées régulières chaque année depuis 1997, le rapport constate d´abord l´échec partiel du " modèle français d´intégration". Celui-ci serait devenu la simple annexe d´une politique de maîtrise des flux migratoires sans aucune prise en compte des conséquences sociales et personnelles. L´arrêt de l´immigration de main-d´œuvre et le passage à une immigration de peuplement, familiale et volontaire, n´ont pas été suivis d´une réorientation de ce schéma.
Pour les magistrats de la Cour, une " politique globale et cohérente d´intégration" était nécessaire. Or, mis à part les dispositifs d´accueil, les administrations successives ont fait relever l´essentiel des interventions en faveur des migrants du seul droit commun. " L´Etat ( . ..) se limite à superposer des dispositifs, avec des allers-retours en matière d´accès et de séjour, en laissant l´intégration se faire elle-même". Même s´il souligne qu´une " politique globale et cohérente est désormais engagée", après le comité interministériel d´avril 2003, piloté par François Fillon, alors ministre des affaires sociales, le rapport souligne qu´elle n´est pas sortie de " l´ambiguïté" avec la mise en place d´un contrat d´accueil et d´intégration, destiné aux nouveaux entrants et dont ont été " exclus" les immigrés déjà installés.
SOURCE LE MONDE