Viktor Iouchtchenko empoisonné à la dioxine, selon des médecins autrichiens
VIENNE/KIEV ( AP) - Viktor Iouchtchenko a bien été empoisonné, d´après des médecins autrichiens qui ont établi que la mystérieuse maladie du candidat de l´opposition à la présidentielle ukrainienne avait été provoquée par une forte dose de dioxine, probablement placée dans sa nourriture par une " tierce partie".
" Il n´y aucun doute sur le fait que la maladie de M. Iouchtchenko -en particulier au vu des résultats des examens sanguins- a été causée par un cas d´empoisonnement à la dioxine", a annoncé samedi le Dr Michael Zimpfer, directeur de la clinique privée viennoise Rudolfinerhaus, après avoir analysé les résultats de la batterie d´examens pratiqués les 24 heures précédentes sur Viktor Iouchtchenko, arrivé vendredi dans l´établissement.
Des examens sanguins avaient déjà été réalisés auparavant, mais cette fois, la clinique viennoise a envoyé les prélèvements à un hôpital d´Amsterdam qui utilise une nouvelle méthode d´analyse, a précisé son collègue le Dr Nikolai Korpan.
Le sang et les tissus de Viktor Iouchtchenko présentaient des concentrations de dioxine mille fois supérieure à la normale, a précisé le Dr Zimpfer lors d´une conférence de presse. La dioxine avait été absorbée par voie orale, a-t-il expliqué, ajoutant qu´il " serait très facile d´administrer cette dose dans une soupe".
" Nous soupçonnons l´implication d´une tierce partie, mais nous ne pouvons répondre à la question de savoir qui a cuisiné quoi ou qui se trouvait avec lui pendant qu´il mangeait", a conclu le médecin.
" Si cette dose avait été plus forte, elle aurait pu provoquer la mort", a reconnu le Dr Zimpfer. Tombé subitement malade le 5 septembre dernier, Viktor Iouchtchenko avait été admis à la clinique viennoise en urgence. Il se trouvait alors dans un état critique, mais n´était pas mourant, a précisé le médecin.
Par la suite, le candidat à la présidentielle ukrainienne avait repris sa campagne électorale, défiguré par la maladie, avant d´être hospitalisé une deuxième fois en septembre.
Le candidat de l´opposition ukrainienne se trouve désormais dans un état jugé satisfaisant et les niveaux de dioxine dans le foie sont revenus à un niveau normal, selon le Dr Zimpfer. Le Dr Korpan a ajouté qu´aucune séquelle fonctionnelle ne subsisterait et que Viktor Iouchtchenko est " pleinement capable de travailler".
La dioxine est une substance chimique, un sous-produit de processus industriels comme l´incinération des déchets, la fabrication de pesticide ou le blanchiment du papier. Elle peut être présente à des niveaux non nocifs dans de nombreux produits alimentaires mais une seule dose élevée peut provoquer la maladie, selon des spécialistes.
La nouvelle annoncée à Vienne n´a pas surpris les partisans de Viktor Iouchtchenko, qui avaient assisté à l´inquiétante métamorphose du télégénique candidat de l´opposition, dont le visage s´était subitement boursouflé, grêlé et teinté de reflets verdâtres.
" Tout le monde savait qu´il avait été empoisonné, alors nous n´avions pas vraiment besoin de tests officiels", expliquait Anatoli Klotchik, un jeune homme de 19 ans devant sa tente sur la place de l´Indépendance de Kiev, où beaucoup de militants de l´opposition campaient toujours. " Son visage voulait tout dire", renchérissait Iouri Krinichenko, 22 ans.
De son côté, l´ancien représentant du Premier ministre sortant Viktor Ianoukovitch à la commission électorale, Stepan Havrysh, s´interrogeait sur le diagnostic viennois. " Je crains qu´à deux semaines du vote, tout cela ne soit politique".
Un nouveau second tour doit finalement être à nouveau organisé le 26 décembre après l´invalidation par la cour suprême du scrutin du 21 novembre, officiellement remporté par Viktor Ianoukovitch, mais entâché de fraudes et d´irrégularités.
En octobre, une commission parlementaire dont les membres étaient proches de Ianoukovitch, avait conclu que le chef de l´opposition souffrait d´une infection virale et de plusieurs autres maladies. Les alliés du Premier ministre au Parlement avait évoqué une intoxication provoquée par des sushis.
La commission parlementaire avait reconnu qu´il s´était plaint de douleur après une rencontre avec le chef des services secrets ukrainiens Ihor Smeshko, mais fait la liste d´autres endroits où il aurait mangé ou bu dans la même journée. AP