Depuis une dizaine de jours, Algériens et Marocains sont privés des chaînes de télévision du bouquet satellite TPS qu´ils pirataient jusqu´alors sans vergogne. Largement commentée dans la presse, la coupure est vécue comme un drame dans les deux pays, où la télévision, plus encore qu´en France, constitue le loisir principal, et gratuit. Car, via TPS, plusieurs dizaines de chaînes étaient disponibles avec leur lot de films, de sports, de jeux... " Avec les kiosques de TPS, on avait accès à des films en avant-première", se souvient avec un brin de mélancolie l´un des quelque 3 millions de " pirates" qui sévissaient en Algérie.
Seul investissement nécessaire : l´achat du décodeur et de la parabole. D´Alger à Rabat, il fallait débourser l´équivalent de 200 euros en moyenne pour acquérir le précieux boîtier. Recharger la carte d´abonné, en revanche, était de l´ordre du pourboire : 2 euros par mois au Maroc et quatre fois moins à Alger. Une somme si dérisoire que, dans les familles, les décodeurs étaient parfois presque aussi nombreux que les enfants.
Une première alerte avait eu lieu, il y a un an, lorsque le nouveau signal de CanalSatellite, le concurrent de TPS, s´était révélé indécryptable. En utilisant un moyen identique, TPS et son bouquet de chaînes viennent à leur tour de " laisser sur le carreau ses millions d´abonnés en Algérie", écrit le quotidien El Watan, qui ajoute, comme s´il s´agissait d´un avis de disparition : " Tout porte à croire qu´il est inutile d´attendre que les pirates ( ...) mettent les clés d´accès sur Internet." La disparition de TPS " fait perdre la tête aux téléspectateurs ( ...), l´abattement est total", commente de son côté le journal Aujourd´hui-Le Maroc. Il reste bien Arte et Euronews, toujours disponibles en français, mais ces deux chaînes ont peu de succès.
Pour de nombreux Maghrébins, il s´agit là d´une trahison de la France. " Dans les familles, les enfants ont appris à parler français non pas à l´école, mais en regardant les dessins animés à la télévision. Si l´on doit regarder les chaînes arabes, ils ne seront plus bilingues", disent des Algériens. D´autres jurent que, puisque la France les abandonne, ils vont se mettre à l´apprentissage de l´anglais.