Je souhaiterais ouvrir un débat sur la "comparaison interdite" selon les mots de Revel, qui n'est en faite pas vraiment interdite mais tellement stupide...
Je vais prendre soin de répondre aux arguments de ceux qui défendent le parallèle communisme/nazisme. Je rajouterai des citations d'historiens et d'intellectuels pour accroître ma crédibilité.
Cette comparaison s'est surtout généralisée avec la publication du livre noir du communisme, par le biais de Stéphane Courtois dans son introduction qui a été critiqué jusqu'à ses propres collègues.
« Plus on compare le communisme et le nazisme, plus les différences sautent aux yeux ».
Nicolas Werth, co-auteur du Livre noir du communisme ; Le Monde, 21/09/00
En faite, moi je suis plutôt pour la comparaison nazisme/stalinisme sur leur structure totalitaire (en faite c'est pareil sur ce point sauf que Hitler ne tuait pas les siens (enfin juste l'aile gauche de son parti)) mais ça va pas plus loin.
Les arguments de Courtois :
Stéphane Courtois établit donc une comparaison entre nazisme et stalinisme, une partie des crimes du second étant selon lui un « génocide de classe » équivalent au « génocide de race » nazi.
Le spécialiste antistalinien de l'URSS Jean-Jacques Marie a dénoncé le fait que cette comparaison repose sur une fausse citation de Staline : « À la page 19 du Livre noir du communisme, Stéphane Courtois écrit « Le mot officiel de Staline [...] était d'exterminer les koulaks en tant que classe. » Stéphane Courtois remplace « liquider » par « exterminer » et s'appuie sur cette citation modifiée pour affirmer : ici « le génocide de "classe" rejoint le génocide de "race". » Donc le « communisme » par Staline interposé et le nazisme sont jumeaux puisque l'un tente d'exterminer une couche sociale et l'autre une race. Il est fâcheux que pour étayer cette affirmation Stéphane Courtois commence par trafiquer la formule de Staline. Les guillemets et le mot « officiel » n'y changent rien. »
Selon Courtois « la mort de faim d’un enfant de koulak ukrainien délibérément acculé à la famine par le régime stalinien vaut la mort de faim d’un enfant juif du ghetto de Varsovie.... »
- Pour l'écrivain Gilles Perrault, ça ne tient pas la route puisque si l'enfant Ukrainien survit, il pourra faire carrière au PCUS s'il le souhaite mais si l'enfant juif survit, il sera de toute façon tué par les nazis en tant que tel, en tant que juif considéré comme sous-homme. Mark Tauger (par exemple), de l'Université de Californie est du même avis.
- Pour Andrea Graziosi (spécialiste de l'Holodomor), l'Holodomor est cependant très différent de la Shoah : « Il ne se proposait pas l’extermination de la nation ukrainienne tout entière, il ne reposa pas sur le meurtre direct des victimes, il fut motivé et élaboré théoriquement et politiquement —peut-on dire « rationnellement » ? — et non pas sur des bases ethniques et raciale. »
C'est à juste titre que l'historien Jean-Jacques Becker écrit : « C'est un « combattant » [Stéphane Courtois] qui veut faire de l'histoire « efficace », c'est-à-dire exactement le contraire de l'histoire... ».
Nicolas Werth avec un autre auteur de ce mythique Livre noir du communisme Jean-Louis Margolin écrivent : « On chercherait cependant en vain, dans le chapitre introductif comme dans le reste de l'ouvrage, la discussion serrée et approfondie que nécessiteraient des questions aussi complexes et délicates que la comparaison entre fascisme et communisme, ou la présence de potentialités terroristes dans la théorie marxiste elle-même. »
Pour le prestigieux historien de la Russie Marc Ferro, le stalinisme et le nazisme ne sont pas comparables, ce sont en effet deux philosophies totalement différentes et nés dans des contextes opposés.
http://www.youtube.com/watch?v=2_sCXGYXfmw
Ensuite François Furet dit que le communisme et le nazisme sont tous les deux nourris par la "haine du bourgeois".
En 1931, le NSDAP s'allie avec le DNVP, parti de la droite conservatrice.
Selon Pierre Milza « Le premier trimestre 1932 marque ainsi un ralliement massif, sinon général du grand patronat industriel à une solution politique dont les principaux bénéficiaires seraient les nazis. (…) Le 26 janvier 1932, le banquier von Schröder, mécène de longue date du NSDAP, organise à Düsseldorf une rencontre entre le dirigeant nazi et environ 300 représentants du monde industriel. La partie n’est pas jouée au départ, car beaucoup n’ont jamais eu le moindre contact avec Hitler et se montrent plutôt méfiants à son égard. Or, en deux heures, le Führer emporte l’adhésion enthousiaste de la majorité de l’assistance. »
Sans parler de la la même "bourgeoisie" (je n'aime pas ce mot) qui, le 19 novembre 1932, adressent une requête collective à Hindenburg, lui demandant avec insistance la nomination d’Hitler au poste de chancelier. On connaît la suite. Ah les riches et leur désir d'éradiquer le socialisme...
Je citerais volontiers les grands riches qui ont financé Hitler mais j'ai pas la place.
« Adolf Hitler avait [...] déjà parlé une fois [...] à Hambourg. Toutefois, pas devant un large public [...], mais dans le cercle extrêmement fermé d'un club politique. Il s'agissait du Nationalklub von 1919, une association qui comptait, comme l'on disait encore à cette époque, le gratin de la société et du monde de l'économie. »
Le fondateur du Nationalklub était le banquier Max von Schinckel, de la très importante Norddeutsche Bank und Discontogesellschaft. L'ancien chancelier Cuno, directeur de l'HAPAG, était également membre et avait même été un temps président du Nationalklub.
http://actionantifasciste.fr/documents/analyses/34.html
Vous allez me dire "trololo antifa!", n'empêche que ça grouille de sources (plus de 150)
Maintenant sur les idéologies nazie et communiste :
Les nazis, profondément nationalistes, affirmaient que les allemands étaient une race supérieure et les juifs et les slaves une race inférieure voué à l'esclavage et rejetaient totalement l'égalité, Hitler considéré le marxisme comme une réalisation juive qu'il fallait exterminer ("complot judéo-bolchevik"). Comment peut-on comparer cette chose avec le socialisme qui veut construire un Etat mondial sans frontières avec une culture mixte ? Concernant le statut des femmes, elles étaient tenues à l'écart de la société, leur rôle : faire des enfants. Hitler envoyait de force les allemandes faire des enfants aux blonds aux yeux bleus. Ce programme se nomme Lebensborn, les enfants aryens étaient ensuite pris en charge par les SS. « Aucune femme ne peut être admise à la direction du Parti ni dans le comité administrateur ». Pour les nazis, les femmes doivent être au foyer et ne pas travailler. Quand aux homosexuels, ils étaient considéré comme inférieurs, comme des "erreurs de la nature".
Hitler était catholique, baptisé, et n'a jamais renoncé à son baptême. Il a fait écrire sur les ceinturons des soldats : "Dieu est avec nous".
« J'ai le sentiment, en tant que chrétien, d'être pour mon Seigneur et Sauveur, un combattant; d'être l'homme qui était seul, alors entouré de plusieurs suiveurs; ensemble, nous reconnaissions les juifs pour ce qu'ils sont, et ordonnions les hommes à les combattre, et nous savions que la confiance de dieu nous serait plus grande si nous combattions, plutôt que si nous souffrions. Dans un immense amour, en tant que chrétien, et en tant qu'homme,j'ai lu le passage qui nous dit comment le seigneur a vu ses forces augmenter, et comment il a chassé le fléau du temple; de cette race de vipères et couleuvres. Il dit à quel point fut terrible sa lutte contre le poison juif. Aujourd'hui, après 2000 ans, avec une émotion profonde, je reconnais encore plus profondément que jamais le fait que c'était pour cela, qu'il a dû verser son sang sur la croix. »
Dans le projet nazi, la propriété privée et les classes sociales continueraient d'exister, mais la lutte des classes serait évitée par une union de celles-ci au sein de la « communauté du peuple » (Volksgemeinschaft), ce qui constitue une différence majeure avec le concept de société sans classes inhérent aux familles de pensée socialistes de l'époque.
Mais il y avait un aile gauche au NSDAP, dirigée par Otto Strasser, socialisante contrairement à Hitler qui n'envisageait aucun contrôle ouvrier sur les entreprises. L'aile d'Otto Strasser est évincée politiquement dès 1930 et ses partisans sont assassinés au cours de la nuit des Longs Couteaux pendant l'été 1934.
Le communisme, lui, est une société sans classe, sans État ni frontières fondé sur la propriété collective des moyens de production. Le communisme doit suivre le socialisme, qui lui doit suivre le capitalisme d’État. Il n'y aurait pas de distinction sociale, ethnique et sexuelle. Les communistes sont profondément internationalistes (sauf Staline ou Ceausescu... mais eux...)
Le 15 novembre 1917, le conseil des ministres, sur les instances de Lénine, affirma l'abolition de toutes les inégalités fondées sur la religion ou la nationalité, le même Lénine signa un décret qui appelait « tous les soviets à prendre des mesures fermes afin d’extirper les racines du mouvement antisémite. »
Dans les années Lenine, sont mis en place le droit de vote des femmes, le droit d'avortement, congés maternité, droit au divorce par consentement mutuel etc... le délit d'homosexualité est également aboli.
Alexandra Kollantaï, femme politique soviétique est la première femme de l'Histoire de l'Humanité à avoir été membre d'un gouvernement et ambassadrice dans un pays étranger.
Le PCF a également joué un rôle prépondérant dans l'émancipation de la femme ; le droit de vote des femmes est inscrit dans le programme du PCF dès 1935 (les premiers?) et le droit de vote des femmes fût voté par l'affreux communiste Ferdinand Grenier à l'Assemblée provisoire d'Alger en mars 1944.
Il est vrai qu'en 1920, le programme du NSDAP était assez anti-capitaliste (expropriation des capitalistes, nationalisations des grandes entreprises)... en 1928, ça se limitait plus qu'aux expropriations des capitalistes JUIFS et les nationalisations des grandes entreprises.
Pour le spécialiste du nazisme Ian Kershaw le nazisme fait partie des « mouvements extrémistes antisocialistes », et le socialisme politique est critiqué par Hitler lui-même. Pour l'historien Aloïs Schumacher, si le programme de 1920 (et seulement de 1920) du parti nazi comporte certains points qui l'approchent des thèses socialistes, on ne peut faire du national-socialisme un courant socialiste.
Les nazis se sont toujours montré hostile à la gauche. Dès 1923, les nazis tentaient, avec d'autres organisations nationalistes, d'empêcher par la force le défilé des forces socialistes et syndicales à l'occasion du premier mai à Munich. De même les 14 et 15 octobre 1922, 400 SA dirigés par Hitler lui-même parviennent à faire reculer une manifestation du SPD. En parlant du SPD, leur chef a voté naturellement contre les pleins pouvoirs à Hitler au Parlement et à du s'exiler et TOUS les députés libéraux ont voté pour.
Les communistes étaient les premiers avec les socialistes a séjourner dans les camps de concentration, avant les juifs ! Les livres de gauche étaient brûles et les partisans traqués.
L'historien Gilbert Merlio écrit que « Les communistes ont été les opposants les plus décidés et les plus actifs au nazisme. »
Du moment qu'il n'y a aucun contrôle ouvrier sur les entreprises et une économie largement privée, désolé les libéraux mais on peut pas parler de socialisme.
Des choses que j'aurais oublié ?
Tu vas vraiment revenir tous les ans pour nous dire que le communisme c'est pas le nazisme ?
C'est la première fois je crois. ![]()
Ouais non plus exactement tu viens nous expliquer que le communisme c'est pas ce qu'on croit et que ya des bons reste de l'URSS.
J'aurais plus tendance à dire que les Nazis étaient pas si mal comparé à Jojo et sa troupe.
Ce que tu cherches, c'est dé-diaboliser le régime stalinien, et je trouve ça parfaitement choquant.
Pour toi, une comparaison serait possible que dans une parfaite symétrie des choses, ce qui est totalement utopique.
S'il est évident, et il n'y a pas besoin d'argumenter là dessus que le régime stalinien et le régime nazi sont différents, oui, on peut quand même les comparer.
C'est qu'à fait, Hannah Arendt. Certes, elles admettait des buts antagonistes (volonté de domination d'une classe d'autre part et volonté d'une société sans classe d'autre part), mais dans les deux cas elle dénote un Etat qui vampirise la société, une déshumanisation de cette dernière etc... dans les deux cas on a un totalitarisme, et tout les critères et conséquences qui s'en suivent.
Alors oui, ce n'est pas la même idéologie, pas les même procédés, pas le même objectif, mais ça n'empêche qu'une comparaison est possible, et souhaitable. Une abomination reste une abomination, inutile de les hiérarchiser ou de vouloir en défendre une...
Je ne cherche absolument pas à dé-diaboliser le régime stalinien. Si j'aurai le choix, j'aurai fais le contraire.
Je suis d'accord avec toi et Arendt mais ce qui est choquant c'est qu'au départ c'était une comparaison totalement vraie et légitime de la structure dictatoriale et criminelle du stalinisme et du nazisme. Aujourd'hui c'est devenu "communisme = nazisme". C'est cette simplification que je comprend pas.
Bien sûr que les deux sont différents, c'est bien pour ça qu'ils ne s'appellent pas de la même façon.
Dans ton article, on ne dirait vraiment pas que tu cherche à dissocier communiste et stalinisme mais plus relativiser le stalinisme par rapport au nazisme. Enfin mea culpa.
De toute manière, le communisme est une utopie, je vais faire une comparaison foireuse mais c'est un peu comme l'islam politique. A chaque fois qu'on est guidé par une doctrine, il est quasiment impossible de l'appliquer dans les faits, et les interprétations et dérivations sont terribles.
Je suis étonné que tu n'abordes pas plus la notion de totalitarisme, puisque c'est quand même cette idée qui a servi de base aux comparaisons entre nazisme et communisme, et non pas la publication du livre noir qui est truffé d'erreurs et de biais logique et qui a certes fait scandale, mais n'a pas franchement ébranlé l'historiographie. Si le concept est né dans les années 2à (décrivant péjorativement le fascisme puis repris par Mussolini lui-même), une des définitions qu'on utilise le plus couramment sous (les 6 critères) ne vient pas de n'importe qui, mais de Brzezinski un militariste anticommuniste convaincu, conseiller principalement de Reagan. Ce n'est pas pour rien. Le concept de totalitarisme a clairement été façonné comme un outil de propagande anticommuniste
Mais sans parler de ces faits là, je pense qu'il y a quelque chose que tu n'as pas en tête et qui fait peut-être que tu acceptes le concept. Tu dis que, certes, les deux régimes correspondent à la notion de totalitarisme. Oui, bien sûr ! Evidemment puisque le concept a été créé justement dans le but de les comparer, a été créé pour décrire ce qui présuposément reliait les régimes.
Donc, ce qu'il faut se demander, ce n'est pas "estce que le nazisme et le stalinisme sont des totalitarismes ?", c'est "est-ce que le concept de totalitarisme est valide et surtout, est-ce qu'il apporte quelque chose, est-ce qu'il apporte une compréhension supplémentaire ?"
La réponse est non. Le totalitarisme est un concept purement descriptif et non analytique. S'il a eu le mérite de montrer quelques points communs (qui restent largement vagues et inexacts d'ailleurs, puisqu'ils décrivent plus une intention qu'un état de fait), on ne peut pas nier qu'il ne sert qu'à faire cette comparaison, et à associer URSS et nazisme. Alors, honnêtement, maintenant que la guerre froide est finie, il serait temps d'abandonner ces concepts de propagande simplificateurs et de regarder la réalité en face : rien ne rapproche le nazisme et le stalinisme si ce n'est qu'ils ont tous deux fait beaucoup de mal.