Pour mon premier papier chiant de l’année 2013 pour mes codétenus du Fopo, je m’attacherai cette fois à exposer mon point de vue critique sur le destin funeste d’internet. Destin funeste ? Oui. Internet dans sa formidable expansion a laissé croire, par moments, qu’il pouvait être l’espace public tellement théorisé et chéri par Jürgen Habermas, père de la démocratie délibérative. L’espace délibératif qu’aurait pu constituer internet est mort car ce dernier s’est trop vite adapté au destin de ce que j’appelle « l’inoffensivité de la décision », qui caractérise en réalité ce que la politique est devenue à savoir un substitut de pouvoir éternellement voué à sa propre survie.
Rappelons dans un premier temps ce que représente l’espace public chez Habermas. C’est, selon moi, un espace intermédiaire entre l’Etat, censé s’occuper du pouvoir souverain, et la société civile guidée par des objectifs instrumentaux et fondamentalement privés. Même si sa position est une position de compromis entre deux grands éléments constitutifs d’une société humaine, il faut savoir que l’espace public émerge par opposition à l’Etat, et donc le pouvoir politique institutionnalisé. C’est donc fondamentalement contre une puissance publique s’autoproclamant omnisciente et s’autoproclamant comme l’expression de la société tout entière, donc y compris de la société civile, qu’émerge l’espace public. Donc face au pouvoir souverain de l’Etat et sans l’intervention de l’intérêt instrumental des personnes privées, l’espace public émerge pour permettre à tout individu de participer à un dialogue. C’est un dialogue où on exprime sa pensée essentiellement dans sa rationalité propre, seule chose qui pourra émerger de sa condition d’individu pensant n’ayant aucun autre intérêt que celui dans le dialogue, c’est-à-dire, aucun autre intérêt autre que celui d’exprimer logiquement sa pensée et d’écouter l’autre exprimer la sienne. C’est aussi un dialogue d’échange, un échange d’informations qui sont, elles-aussi, essentiellement guidées par la propre rationalité non-instrumentale de l’individu. À noter que la rationalité des individus est variante selon les personnalités. Il n’y a pas une rationalité intrinsèque où tout le monde n’agirait que de façon rationnelle, cela laisse donc une place à l’irrationalité. On devrait plus parler, dans la problématique de l’espace public, de dialogue logique ou, pour dire ça de manière plus pédante encore, on devrait parler de dialogicité.
La disparition des espaces publics est un phénomène courant de nos jours. Tantôt accaparés par la puissance publique ou par des organisations privées peu scrupuleuses, ils disparaissent dans une sorte d’indifférence totale d’un individu qui n’est plus lié au réel que par la réalité (ça n’a aucun sens dit comme ça vous comprendrez dans quelques instants). Dès lors apparait l’outil internet, outil au sens d’Heidegger, permettant donc de prolonger la condition de l’âme humaine. Un outil donc qui offre un espace public inespéré car illimité. C’est justement cette expansion sans limite du net qui semble être son cercueil. En effet, devenant peu à peu un espace ingérable en raison de son absence de limites, internet se retrouve confronté contre le premier drame de son existence, sa régulation. La régulation de quoi ? De son flot incessant d’informations, de sa capacité à générer des discours et des situations de communication. On a cru pourtant, à un moment donné, qu’il aurait pu se sauver de sa condition grâce, justement, à son manque de limites. Effectivement, cette dimension illimitée d’internet permettait d’éviter sa régulation par l’humain lui-même, celui-ci incapable de pouvoir traiter de ce flot incommensurable d’informations et d’interactions communicationnelles. On croyait, à ce moment-là, pouvoir éviter le biais de la régulation humaine toujours orientée, toujours motivée par l’intérêt instrumental de sa survie ou de celle de sa communauté d’appartenance. C’est alors qu’on a émit l’idée de la régulation automatique du net, une régulation qui pourrait donc être plus objective, voire plus juste. C’est la naissance de l’algorithme googlien, donc une méthode de calcul ayant pour but d’agencer l’information dans une optique respectant le poids de chaque information et le poids de chaque interaction communicative. Il fut désormais possible de réguler et de hiérarchiser l’information dans le but de rendre l’espace public du net plus maitrisable, plus clair et donc qualitativement plus riche. C’est donc un rétrécissement volontaire de l’espace public qui caractérisait cette situation, mais il était alors encore raisonnable de penser que c’était pour le plus grand bien de la survie, dans le temps, de cet espace extraordinaire qu’est internet.
Je pense que l’Homme croit fondamentalement dans la technique au point de la considérer, depuis Galilée, comme quelque chose de fondamentalement positif. Cela s’explique par le fait que la technique se tourne essentiellement vers l’efficience, dit autrement, vers l’efficacité et cela marche. Donc cela marche, l’Homme le voit, et il fait alors des constatations. Il constate et ensuite il agit. Cette vision du monde et de la science, fonctionnant que par l’efficacité, fonctionne tellement bien que l’Homme a décidé de l’appliquer à tous les domaines du savoir, des sciences naturelles modernes jusqu’aux sciences humaines, ces dernières étant pourtant éternellement anciennes et tournées vers l’histoire. C’est ainsi que l’algorithme googlien, dans le fait qu’il fonctionne selon les principes de la cybernétique, c’est-à-dire, qu’il fonctionne comme un système autonome devant se maintenir coute que coute malgré les agissements de l’environnement extérieur, a très rapidement gagné la confiance de l’individu. Comment pourrait-on être trahit par un fonctionnement autonome, étant en plus prêt à se remettre en cause (mécanisme de la rétroaction) pour avancer ? Comment pourrait-on être trahit par un fonctionnement qui respecterait même le fonctionnement démocratique de la société humaine ? Effectivement, les moteurs de recherche mettent en avant le fait que l’algorithme est construit de façon à seulement refléter les choix des individus dans l’Everest du flot d’information que représente internet. Néanmoins un doute subsiste. Comment être parfaitement sûr du bien fondé de cette technique alors même que le fonctionnement interne des algorithmes se cache dans le secret industriel de chaque moteur de recherche ? Comment être sûr qu’aucune interférence humaine n’agit dans l’agencement du calcul ? La hiérarchisation des données et la censure sont-elles réellement exempt de toute intervention d’intermédiaires commerciaux privés ou d’intermédiaires publics habitués à la coercition ? La technique n’est finalement pas si sûre que ça et c’est là que se trouve le problème.
Comment alors avons-nous pu être trahis par la technique ? Comment cette vision technique du monde, qui n’est que l’expression de la réalité des choses, a-t-elle pu tuer ce qui pourrait être la concrétisation de la pensée habermassienne ? La réponse à ces deux questions est simple : car le réel existe bel et bien. La réalité est une chose différente du réel. La réalité ne peut être que décrite car il est impossible pour l’Homme de pouvoir observer tout ce qui existe autour de lui. C’est dès lors qu’il retourne chez lui, dans le laboratoire que constitue son esprit, et se refait la réalité des choses dans sa tête. Il construit un modèle, il construit un système, il essaye de concrétiser ce qu’il ne peut percevoir de par sa petite condition d’humain. Ainsi il comprend, il agence, il prédit et, finalement, il agit. Il agit sur son monde et c’est le début de l’action… L’action humaine… L’action humaine de l’Homme libre… Oui celle de Ludwig Von Mises… Oui je m’emporte… Dès que je parle de ce mec je sens une poussée d’adrénaline… J’y peux rien… Bon, je continue… L’action humaine qui est donc ce que l’Homme fait, et c’est ce que j’appelle le réel. L’Homme crée donc le réel par son action. Le réel, donc l’action humaine, agit sur tout y compris sur sa perception du monde… Vous vous souvenez ? Sur la réalité. Ainsi le réel construit la réalité, et c’est un mouvement d’échange.
Les algorithmes googliens, aussi techniques, scientifiques et empiriques soient-ils… restent une conséquence de l’action humaine, donc une conséquence du réel. Il ne s’agit pas ici de dire que ces algorithmes sont faux ou que la science moderne est elle-même fausse et ne correspond à rien de concret. Il s’agit de dire qu’en tant que conséquence de l’action humaine, elle est susceptible d’être manipulée et d’être présentée d’une telle façon qu’elle peut parfois justifier ce pour quoi elle n’a pas été crée. Une analogie est à faire ici avec l’usage des statistiques. La statistique est une connaissance du monde qui nous entoure qui est, dans l’idéal, la réalité intrinsèque des choses. De cette réalité statistique découle souvent le réel, donc l’action humaine. Seul le réel agit et ce n’est qu’en ce sens que l’on devrait juger les actions des Hommes. Néanmoins certains ont trouvé le moyen d’éviter le jugement de l’action des hommes et c’est le début de la réalité justifiant le réel, donc l’action, caché. Posons-nous une question : Comment est-il possible de remettre la réalité en cause ? Est-il possible de dire que 1+1 ne fait pas 2 ? (à part peut-être être belge) Est-il possible de dire qu’il est faux de dire que le PIB a cru de x% ? Est-il possible d’affirmer sans preuves que la criminalité n’a pas baissé de X% ? Non et en plus cette réalité est inoffensive, elle n’agit en rien sur notre condition humaine par le simple fait qu’elle existe. La réalité est indémontable et cela des personnes (malintentionnées ou pas, là n’est pas encore la question) l’ont bien compris. C’est ainsi que certains ont donc décidé de tout simplement faire passer la réalité pour le réel alors que cette dernière est fondamentalement la seule susceptible d’être jugée. On augmente le nombre de policiers car X% des crimes ont augmenté… On durcit les politiques migratoires car on veut baisser l’immigration illégale de X%... On augmente les taxes de X% car il manque Xnombre au budget annuel… Nous avons droit à la réalité en pleine figure et personne ne peut rien y redire. Imaginez maintenant que l’on dise que nous augmentons le nombre de policiers car nous voulons plus de sécurité... Imaginez que l’on vous dit que le durcissement des politiques migratoires est effectué car certains en ont marre de voir des étrangers sur le sol national... Imaginez que l’on vous dit que nous augmentons les taxes de X% car certains ont fait des conneries dans les années précédentes et que maintenant il faut en payer le prix... Toutes ces propositions sont susceptibles d’être débattues et jugées car elles sont réelles, elles sont issues de l’action humaine.
Ce que je décris en réalité est le phénomène, théorisé par le philosophe Thomas Berns, du « gouvernement inoffensif » que j’extrapole ici pour créer la notion « d’inoffensivité de la décision ». Souvenez-vous… La réalité n’est pas contestable et est fondamentalement inoffensive dans son existence propre, c’est donc par ce biais-là que le gouvernement, mais aussi d’autres acteurs du monde privé cette fois, vont déresponsabiliser leurs décisions. Le gouvernement ne souhaite pas avouer le fait qu’il ne supporte pas de voir des individus pratiquer une certaine forme de l’Islam ? On sort dès lors une statistique sur le pourcentage de l’augmentation de nombres de personnes fichées comme extrémistes musulmans en France pour justifier des arrestations et une exposition médiatique d’une communauté qui n’avait pourtant rien demandé... Google souhaite justifier le fait que certaines entreprises ont détourné le mécanisme algorithmique pour des logiques commerciales, moyennement paiement du silence bien compris ? On énonce dès lors le fait que c’est car le mécanisme a constaté que, par le plus grand des hasards, ce sont vers ces sites que les utilisateurs allaient…
Pour justifier des faits qui appartiennent au réel, donc à l’action humaine, donc, encore une fois, au jugement de chacun, on utilise la réalité objective, immuable et inoffensive de la réalité, et cela se fait au mépris de notre liberté de constituer un espace public libre exempt de l’intervention de l’Etat et de l’utilitarisme instrumental de personnes privées, le plus souvent, malintentionnées.
Alex Torres et ses vikings latinos.
Putain le pavé quoi
Surtout le soir, c'est limite quoi xD
Fin bref, à lire demain.
J'avais bien commencé une réponse, hier soir, mais quand j'ai vu la chose tourner au pavay, je me suis dit qu'il valait mieux retourner à mes révisions.
Mais grosso modo : pourquoi s'arrêter au web surfacique ? Il y a quand même une partie du deep web qui est visitée régulièrement (et ce sans TOR & co, genre juste du contenu que Google & co peuvent pas parser), et qui restera toujours hors de portée des moteurs de recherche.
Et puis que Google n'est pas le seul moteur de recherche utilisé. ![]()
Franchement autant ne pas poster si t'as pas lu, je m'arrête nulle part, j'explique une évolution et j'en fais un constat.
Ensuite, Je part du web pour comprendre un concept. Quand je parle de google je parle de la hiérachisation et de la censure en général. Ce qui introduit tous les moteurs de recherche, fournisseurs d'accès, etc. ![]()
Essaie de retravailler ton idée et de la rendre plus concise.
Tu n'as pas (moi non plus) la capacité intellectuelle d'écrire un si gros texte 100% dense et intéressant. Il y a matière à réduire, c'est absolument sûr et certain.
L'intelligence c'est aussi être concis et aller droit au but.
Mais toi au moins tu as le mérite d'écrire et d'étaler ton travail ici, tu es déjà devant 95% des gens.
J'ai lu en entier et j'adhère 100% à ta vision des choses. Et franchement ça fait au contraire plaisir pour une fois de voir des gens qui se cassent la tête à faire des choses un peu dense pour ce type de forum, mais très clair et très précis.
"En fait il faut se rendre à l'évidence. Si tu n'as pas l'intelligence de comprendre un texte de seulement 2000 mots, ce n'est surement pas à moi de me remettre en question. "
C'était pas du tout une critique sur le fond de ce que tu as écris. Tu as beau être brillant et dans le vrai, tu vas devoir travailler la forme, tôt ou tard. Jouer au "héros isolé et incompris" te fatiguera très vite.
L'intelligence sociale, c'est aussi savoir s'adapter à l'audience. Tu as très clairement tapé à côté. Ca te fait une bonne expérience.
Et n'oublie pas que personne ne te "doit" du feedback. Tu écris parce-que tu as envie d'écrire, pas parce-que tu veux qu'on te reconnaisse telle ou telle qualité. De façon évidente, quand tu posts :
"On dirait que ça vaut le coup de se casser le cul pour faire des topics ici.
Très bonne leçon pour le futur.
"
tu montres que tu n'es pas encore au point au niveau personnel. L'envie d'écrire et de raisonner (je sais ce que c'est) doit venir de toi, de l'intérieur, pas de la validation des autres, de l'extérieur.
Sinon , je suis d'accord sur tout sauf sur le fait que l'homme aurait une confiance aveugle en la technique, beaucoup de gens s'en méfient , les sondages le prouve
Comme je l'ai dit c'est la première fois que j'ai un feedback pareil après avoir fait un travail de ce type. S'arrêter sur la forme dans un travail de réflexion c'est d'une malhonnêteté crasse qui mérite que je m'attarde là-dessus.
Il y a une cohérence dans le texte, si c'est trop nébuleux c'est surement pas à cause de la façon dont il est agencé. Je n'y peux rien si certains sont formatés au point de devoir avoir intro + développement + conclusion ou un commentaire de type dissertation pour comprendre.
L'envie d'écrire n'est pas raisonner car raisonner se limite à la cohérence de l'écrit et des concepts abordés. La forme universitaire ou académique je la connais par coeur et j'estime qu'elle est obsolète lorsqu'on aborde un sujet de de pure réflexion. Ce n'est pas de la fiction ce que j'écris et je n'ai pas à agencer le tout pour que ça ait l'air joli. La validation je ne la recherche pas, qu'il bide ce topic. Par contre si c'est pour écrire un texte de seulement 2000 mots qui ne reçoit que des commentaires sur la forme (longueur, clarté, mots utilisés, ...), alors autant ne pas poster du tout, voilà comment comprendre mon commentaire.
Si tu veux continuer dans cette casuistique dialectique totalement ridicule je t'invite à répondre à ce message.
Non non, j'ai lu en entier, L_Ryuuzaki ; c'est ma réponse qui tournait au pavay. ![]()
C'est assez simple à lire au niveau du style et c'est assez intéressant, mais la mise en page de ce forum a un gros impact sur la lisibilité de longs textes. Faut aérer un maximum ici, sinon c'est pas possible.
Ce pavé a résumé beaucoup de ma pensée, c'est très bien écrit.
Cependant je trouve que tu as beaucoup de temps à perdre pour écrire tout ça
?