15:27 08.11.2004
Quatre Afghans se proposent comme otages pour défendre l´image de leur pays
Quatre journalistes afghans se sont offerts lundi pour remplacer les trois employés internationaux des Nations unies - des " invités de l´Afghanistan", selon eux - pris en otage le 28 octobre, selon une lettre ouverte aux ravisseurs envoyée à la presse afghane.
Image d´une video diffusée le dimanche 31 octobre 2004 par la chaîne de télévision Al-Jazira montrant les trois employés de l´Onu pris en otages
KABOUL ( AFP) - Leur appel était assorti dans les journaux de leurs noms de famille complet, leur ville d´origine et leur numéro de téléphone.
" Moi-même Hafizullah de Kaboul et mes amis Rahmatullah Kawsar et Abdul Majeed Arif de Khost ( sud-est) et Ghasuddin Firoten à Kandahar ( sud) demandons aux preneurs d´otages de libérer les trois employés des Nations Unies", écrivent-ils.
L´Irlando-Britannique Annetta Flanigan, le Philippin Angelito Nayan et Shqipe Habibi, originaire de la province serbe du Kosovo, employés de la commission électorale afghano-onusienne qui a organisé l´élection présidentielle du 9 octobre, ont été enlevés le jour de la fin du dépouillement des bulletins de vote. Ils ont entamé lundi leur onzième jour de captivité.
" Si vous avez besoin d´otages, nous sommes-là, prenez-nous", affirment les quatre journalistes.
Comme beaucoup d´Afghans, ils expriment leurs indignation après ce premier enlèvement d´employés d´une organisation internationale depuis la chute du régime des talibans, et dénoncent cet acte opposé à la tradition afghane d´hospitalité.
" Enlever des femmes et des invités ( en Afghanistan, l´étranger est un invité, NDLR) est contraire au code des Pachtounes", l´ethnie majoritaire en Afghanistan, disent les quatre hommes, âgés de 25 à 28 ans, dans leur lettre ouverte également envoyée à l´AFP.
Les Pachtounes sont majoritaires dans le sud, là où les groupes fondamentalistes comme le Jaish-e-Muslamin ( Armée des musulmans), qui a revendiqué l´enlèvement, sont le mieux implantés.
Le Pachtounwali, code de conduite non écrit de cette ethnie, implique qu´il faut offrir protection et asile à quiconque en a besoin.
Les quatre journalistes se sont réunis récemment dans la capitale pour trouver une initiative qui ferait réagir les ravisseurs, a raconté à l´AFP l´un d´entre eux, Hafizullah Ghashtalai, joint par téléphone.
" Nous avons donné notre numéro de téléphone pour que les preneurs d´otages puissent nous contacter", a-t-il expliqué.
" Dès le premier jour, lorsque nous avons appris la nouvelle de l´enlèvement des employés de l´Onu, nous nous sommes sentis si mal, nous étions vraiment furieux... Je n´ai pas de mots pour exprimer ce que j´ai ressenti", a témoigné Ghasuddin Firoten depuis Kandahar, l´ancien fief des talibans.
" Nous voulons donner nos vies pour sauver d´autres êtres humains et en particulier des invités de l´Afghanistan, pour montrer que l´Afghanistan est libre", a-t-il expliqué.
Comme leurs concitoyens, ces quatre Afghans craignent que la prise d´otages entraîne une vague de départs d´étrangers se consacrant à la reconstruction du pays. " Nous avons des amis étrangers qui sont inquiets et qui veulent partir", a raconté Hafizullah Ghashtalai.
" Nous savons que c´est risqué, mais maintenir l´image et l´esprit des Pachtounes et des Afghans est plus important que notre vie", a ajouté Ghasuddin Firoten.
Personnellement je trouve cet acte admirable.
Ca nous change de la mauvaise image que nous diffusent les médias a propos des musulmans en general.