Quelques différences fondamentales - non exhaustives - entre anarchisme et marxisme (en dehors de celle qui a été évoquée plus haut) :
- Pour l'anarchisme la fin est contenue dans les moyens. Ce n'est manifestement pas le cas pour le marxisme, tout du moins dans la façon dont il a été mis en pratique.
- Marx, contrairement à Proudhon et Bakounine, n'a pas été fichu de théoriser le caractère collectif de la force de travail.
- L'anarchisme ne part pas de la lutte des classes comme moteur du progrès social. Les mouvances syndicalistes révolutionnaires anarchisantes se sont vite aperçu que la lutte des classes était nécessaire mais que, dans le fond, elle ne faisait que se mettre en travers de l'émancipation des travailleurs.
- L'anarchisme, contrairement au marxisme, ne considère pas qu'il faille résoudre les contradictions dans un système dialectique. Proudhon avait même pondu son système de "dialectique sérielle" pour bien signifier que les contradictions historiques sont à l'image des pôles d'une pile électrique : il faut sérier les contradictions entre celles qui tendent à l'émancipation (à rechercher) et celles qui sont délétères (à fuir). L'anarchisme est plutôt une histoire d'équilibre instable.
- D'après le point de vue précédent, l'anarchisme ne théorise pas la fin de l'histoire sur un mode hégélien comme a pu le faire le marxisme. Sur ce sujet, l'anarchisme est plus proche de l'éternel retour nietzschéen que de l'hégélianisme marxiste. Deleuze parle à juste titre de "l'éternel retour du différent".