J'ai eu par curiosité l'envie de venir renifler ce vieux topic, et après avoir constaté une certaine correspondance vis à vis de l'air du temps. J'ai pris la peine de le remonté à la surface. Que la sainte modération me pardonne.
M'étant relu, j'ai souris parfois. Certaines analyses me semblent toujours d'actualité - la militarisation du langage politique, la fascination pour la violence, la déification de différentes catégories politique ( le peuple, l’État). D'autres sont tout à fait dépassées ( ce texte ayant été écrit avant les attentats islamistes de 2015/2016, nos rapports à l'islam politique sont absents) ; le FN s'est vidé de sa substance, et la LFI s'est recroquevillé sur elle-même dans un "autisme" de secte trotskiste. Tout deux sont dépassés sur leurs franges par des mouvances liquides, minoritaires, mais capables de capitaliser sur la réactance médiatique et les frustrations politiques des gens de gauche ( la "Vraie gauche") et de droite ( se souvenir de la droite décomplexée de Copé...).
Le suicide de la gauche de gouvernement en 2016, et la guerre civile au sein de la gauche dans les rues lors du mouvement contre la loi travail lors de cette même année. Le mirage Macron, sa conquête horizontale du pouvoir, puis son exercice vertical, sorte de caricature d'énarchie en soin palliatif.
Et puis il y a eu les gilets jaunes, qui ont chamboulé beaucoup de chose ( j'en retiens un mouvement né à droite et récupéré à gauche avec une réécriture remarquable des évènements par cette dernière, les "fachos" réutilisant les techniques des black blocs fin 2018, les cortèges transformés en octogone entre antifas et fachos, les violences policières institutionnalisées et le déni d'un pouvoir sujet à un complexe d'infériorité, donnant naissance à un centrisme autoritaire).
Bref beaucoup de choses. Le libéral désœuvré que je suis devenu arrive à sourire aux aspirations naïves du libéral fraichement converti de l'époque: le droit, la bonne foi, le dialogue, la raison, tout ce qui fait de cette philosophie une idéologie de la "classe discutante" pour reprendre les mots de Juan Donoso Cortes.
Je pense toujours qu'il y a un risque de guerre qui vient dans ce pays: bientôt un demi siècle de crise, trente deux ans de chômage de masse, presque une génération- on ne dira jamais assez de mal sur ce cancer social et ses conséquences ! Contrairement à ses voisins, la France n'est jamais descendu en dessous du million de chômeurs,et a fait du chômage un choix, reléguant dans la précarité ou la combine, ou l'assistance une partie des actifs, car pas assez productifs ou souples... Nous avons sacrifiés l'industrie parce qu'on pensait à l'époque, que l'avenir c'était une économie tournée vers les services ( des emplois souples, nombreux, mais précaires et peu rémunérateurs...) en oubliant qu'une économie de services ne peut être performante que connectée à un secteur industriel puissant et innovant, avec des emplois à forte valeur ajouté ( ouvriers qualifiés + robotisation, production haute gamme et économe en énergie),capable de lui apporter une demande forte et de la stabilité.
Et puis les guerres de religion qui ensanglante le proche et moyen orient depuis 1979, et dont nous subissons les conséquences indirectement avec des attentats islamistes. Ces attentats sont aussi le fruit malheureux d'une immigration maghrébine ancienne ( j'ai un collègue au nom berbère, dont l'aieul a immigré en France...au début du XX siècle). Cette population diverse est noyée dans une crise d'identité ( être musulman au XXIème siècle, en France, ça veut dire quoi ?) comme beaucoup d'entre nous, mais dans une formulation plus tragique, en lien avec ces guerres de religion moyen orientale. Face à ce viol, je vois deux réactions types : soit nous amalgamons par soucis de lisibilité nos concitoyens musulmans avec l'engeance islamiste, soit par une autre amalgamation cette minorité est enterrer dans un statut de victime, l'islamisme serait alors une réaction "légitime" ( car quand le faible se défend,il a tout les droits). L'islamiste (nous mettons de côté la diversité des cas que peut couvrir se terme ) est dépolitisé, vider de sa substance idéologique, par une gauche incapable de penser cet ennemi, à qui elle enlève toute autonomie en essayant de remettre au gout du jour un récit anti-impérialiste pantouflard et malaisant. Et tragédie sublime,elle finit par oublier qu'on ne choisit pas toujours ces ennemis,et que bien souvent ce sont eux qui nous choisissent...en pensant se défendre.
Et enfin, il y a cette crise sanitaire dont on a pas fini de mesurer les conséquences sur tout les plans, et qui canalise une bonne partie de notre attention et de nos frustrations. Cette crise a - est-ce étonnant ? - renforcé le caractère autoritaire de nos institutions politique. Dans une boite noire institutionnelle, le conseil de défense sanitaire, le président décide seul en dilettante talentueux enivré par son intelligence manifeste. Le parlement est mis de côté, les organismes de contrôle sont en vacance, et la verticalité du pouvoir est alourdie par une bureaucratie lourde et lente, théâtre de luttes de pouvoir entre des organigrammes flous, des instances concurrentes, oubliés, aux compétences vagues ou se confondant. Ce bureaucratisme étouffant encourage la solitude d'un pouvoir ne pouvant pas faire confiance à ses propres structures.
A la fin, c'est la confiance dans nos institutions et dans la science qui sont ruinées.
Et je ne parle pas du changement climatique.
Voilà, c'est tout ce que je vois pour l'instant. Maintenant, vous pouvez commencer à taper sur vos clavier pour m'insulter.