A quoi sert le Sénat ? Mieux vaut sans doute ne pas poser cette question à l´homme de la rue de crainte d´une réponse incongrue.
Il y a trente-cinq ans, le général de Gaulle s´était proposé de réformer cette assemblée pour y intégrer les « forces vives de la nation ». Le fondateur de la Ve République s´est vu désapprouver par une majorité de Français. Il a aussitôt démissionné. Depuis, aucun chef de l´État n´a osé toucher à cette vénérable institution. L´existence d´une seconde assemblée parlementaire est destinée à empêcher la première d´exercer un pouvoir hégémonique. Le Sénat, c´est la sagesse qui tempère les passions et les humeurs de l´Assemblée nationale.
Mais aujourd´hui, les députés se plaignent d´être réduits à la portion congrue face à un gouvernement qui organise les travaux de l´Assemblée et surtout qui dispose d´une arme « terrible », le fameux article 49/3 lui permettant de faire passer à la hussarde ses projets et même son budget. L´Assemblée est, selon les critiques les plus raisonnables, une chambre d´enregistrement. C´est donc au Sénat que revient en principe le pouvoir de s´opposer au gouvernement. Il l´exerce un peu lorsque la gauche est « aux affaires », mais pratiquement jamais contre la droite.
Depuis les origines de la Ve République le Sénat, dont les membres sont élus au suffrage indirect par des notables représentant les collectivités territoriales, est à droite. Les élections d´hier, marquées par une légère poussée de la gauche qui gagne huit sièges et par un recul de l´UMP perdant la majorité absolue, n´ont pas modifié cette coloration.
Autre tradition, confirmée hier : le Sénat est un lot de consolation pour les vaincus des législatives. François Mitterrand, battu aux élections générales de 1958 est allé aussitôt siéger au Sénat. Ce sera le cas demain de Robert Hue. Quant à Jean-Pierre Raffarin, les grands électeurs lui ont assuré une promesse de siège pour le jour où il quittera Matignon. A quoi sert le Sénat ? A récompenser les anciens.