Le président Jacques Chirac se rend lundi à New York pour tenter de convaincre une communauté internationale encore hostile ou sceptique de la nécessité d´une taxe mondiale pour combattre la pauvreté dans le monde.
M. Chirac ne restera que quelques heures aux Etats-Unis, le temps de participer à deux réunions sur la mondialisation et le financement du développement, à la veille de l´ouverture de la 60ème Assemblée générale de l´Onu.
Le président ne rencontrera donc pas, comme il l´avait fait l´an dernier, le président américain George W. Bush qui sera mardi à New York, alors que la brouille franco-américaine est toujours loin d´être apaisée. L´Elysée affirme qu´il ne faut toutefois y voir aucune signification politique et ajoute qu´un dîner avait même été envisagé si M. Bush avait été lundi à New York.
M. Chirac déjeunera en revanche avec le secrétaire général de l´Onu Kofi Annan qui vient de provoquer la colère de Washington en affirmant que la guerre en Irak était " illégale". Au menu des discussions, devait évidemment figurer la situation chaotique en Irak, ainsi que des sujets d´actualité comme la crise humanitaire au Darfour ou les projets de réforme de l´Onu.
Mais le principal objectif de ce court déplacement est, pour Jacques Chirac, d´essayer de mobiliser la communauté internationale pour qu´elle respecte l´engagement du sommet du millénaire de l´Onu en 2000 de réduire de moitié l´extrême pauvreté d´ici à 2015. Aujourd´hui 1,2 milliard de personnes vivent avec moins d´un dollar par jour. Pour atteindre cet objectif, il faudrait 50 milliards de dollars supplémentaires par an, soit à peu près doubler l´aide publique au développement ( APD), une perspective jugée irréaliste.
M. Chirac va plaider à New York pour que de nouvelles sources de financement soient examinées, et en premier lieu celle d´une taxation internationale, en dépit de l´opposition farouche des Etats-Unis et du scepticisme de nombreux autres pays, y compris européens. Le président français argumentera qu´il s´agit non seulement d´un " devoir de solidarité" mais aussi d´"un acte de raison et de paix" pour éviter de nouveaux foyers de déstabilisation dans le monde, a dit la porte-parole de l´Elysée Catherine Colonna.
Il s´appuiera sur un volumineux rapport d´experts réalisé à sa demande qui propose un éventail de solutions. Certaines sont connues ( taxe sur les gaz à effet de serre ou les transactions financières, sur les entreprises multinationales ou les ventes d´armes) mais d´autres sont plus novatrices : taxe sur les passages dans les détroits maritimes, les billets d´avion, les achats par carte de crédit. Ou encore des contributions volontaires comme une loterie mondiale. Après avoir participé dans la matinée à une réunion à l´Onu sur " la dimension sociale de la mondialisation", M. Chirac prendra part à un sommet d´une cinquantaine de chefs d´Etat et de gouvernements réunis à l´initiative du président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva qui sera centrée sur les financements innovants du développement.
Ce déplacement " est une étape politique importante en vue du sommet de 2005" qui doit faire le point sur les objectifs du millénaire, a souligné Mme Colonna. Paris souhaite aussi faire avancer ses idées lors des réunions d´automne des institutions financières internationales puis lors du prochain G8 sous présidence britannique qui sera axé sur l´Afrique et la lutte contre le réchauffement climatique.