Foot argentin. Un espoir né à Brest
Encore totalement inconnu en Europe, il l’est de moins en moins en Argentine où les belles promesses qu’il fait naître, à 18 ans, dans les rangs de River Plate, le grand club de Buenos Aires, attisent la curiosité de la presse nationale. Son prénom, Gonzalo, ne vous dira rien. Mais son nom, Higuain, vous renverra sans doute le souvenir de son père Jorge, athlétique et rugueux défenseur, pensionnaire du Brest Armorique durant la saison 1987-88, dont il se démarque par sa vocation exclusivement offensive.
« Il vient de marquer en championnat deux des trois buts de River contre Banfield, battu 3 à 1 ! », s’exclame au téléphone Jorge, forcément sous le charme de son rejeton. En ce dimanche 12 février, Gonzalo n’a pourtant disputé que son second match complet en une dizaine d’apparitions sous le maillot de River Plate entamées en milieu d’année dernière. Gonzalo Higuain connaîtra-t-il le destin doré d’un David Trézéguet à qui il voue une grande admiration : « Ce serait merveilleux d’avoir une aussi belle carrière que lui ? ». Son histoire retiendra qu’à l’exemple du buteur de la Juve, il est né en France d’un père argentin et footballeur. Plus précisément le 10 décembre 1987 à Brest.
Entre deux nationalités
« Je ne peux pas me rappeler de cette ville que j’ai quittée à l’âge de huit mois. En France, je connais Paris et Nice que j’ai un peu découvert en 1998, quand j’ai accompagné mon père lors de la Coupe du monde ». Parce qu’il parlait français, Jorge fut en effet intégré au staff de l’Argentine par son ami Daniel Passarella, avec mission d’observer certaines équipes. Retenu à l’automne dernier pour un stage de l’équipe nationale des moins de 20 ans, Gonzalo aurait dû revêtir à son tour le mythique maillot bleu et blanc de l’Argentine. Mais le jeune perce-muraille se retrouva subitement dans une impasse. « Gonzalo a toujours eu la nationalité française », indique Jorge. « J’ai donc demandé au consulat de France à Buenos Aires s’il pouvait prendre également la nationalité argentine. On m’a répondu qu’il devait pour cela renoncer à la première ».
« Un déchirement de refuser le maillot argentin »
Le choix a été cornélien, douloureux, la raison l’emportant finalement sur le cœur. « Cela a été très dur, un déchirement de refuser le maillot argentin que j’avais toujours rêvé de porter », confesse Gonzalo. « Mais la décision prise avec mon père est, j’en suis persuadé, la meilleure pour moi. Elle doit donner une plus grande chance à ma vie et à ma carrière ». Conserver la nationalité française et avoir un statut de joueur communautaire facilitera un futur transfert vers le football européen que Gonzalo rêve de rejoindre un jour. « Ce refus lui a beaucoup coûté, mais il est fier d’être né en France », fait remarquer Jorge. « Gonzalo est sérieux, responsable. Il a tous les atouts pour réussir. Mais il est encore très jeune et on ne choisit pas un club à l’avance. Je sais que des clubs européens se sont déjà renseignés sur son compte. S’il doit jouer en Europe, je préférerais qu’il commence en France, où j’ai vécu à Brest un séjour très agréable. Parce qu’il y a plus de respect pour les attaquants, moins de dureté que dans les championnats italien et espagnol ».
N° 9 ou n° 10
Très doué techniquement et doté de solides qualités physiques (« Il mesure 1, 85 m pour 78 kg », précise Jorge), Gonzalo, surnommé « Pipa » par les supporters de River Plate, est déjà comparé à Enzo Francescoli. Avec qui il a en commun pour le moment de pouvoir occuper indifféremment le poste de n° 9 ou de n° 10. Gonzalo, qui finira sans doute par éveiller l’intérêt des sélectionneurs français, ne veut pas tirer de plan sur la comète. « Ce serait trop beau d’évoluer en France, en Italie ou en Espagne, mais je ne suis pas pressé. Je veux d’abord faire ma place à River et en Argentine. Je veux acquérir de la maturité,, de l’expérience, avant de penser à partir ». Le temps travaille pour lui.
Yvon Joncou