Monsieur, Madame
par JLN W.
Un grondement sourd à peine rythmé par les pas de Adrien embrumait Paris. Celui-ci se mit à chanter doucement, puis de plus en plus fort, mais cessa de peur d´être ridicule. Il traversa le zoo, et bizarrement sourit au lion qui le regardait d´un oeil morne. Plus vite qu´il ne l´aurait pensé, il se retrouva devant la porte.
Il chercha alors ses clefs, mais s´aperçut que sa poche était vide. Il réalisa alors que celle-ci était percée. Il se frappa le front: comment allait-il entrer chez lui? Après avoir passé en revue les différentes possibilités, il décida de rentrer par la fenêtre entrouverte. Il jeta un coup d´oeil rapide alentour, passa une jambe, puis l´autre, et se retrouva dans la cuisine. Soudain, la lumière s´alluma...
- C´est toi? Que fais-tu là? Pourquoi tu n´as pas sonné?
Julia était là, debout sur le pas de la porte de la cuisine, et tenait dressée au-dessus d´elle une poêle à frire.
- Et toi? Répondit Adrien. Je ne pouvais pas savoir que tu étais là!
Le visage de Julia se radoucit. Elle posa la poêle et sourit:
- Je n´avais pas de travail, aujourd´hui.
Elle était angélique. Ses yeux, sa bouche, tout s´éclairait chez elle.
- Viens, dit-elle.
Arrivé au salon, Adrien s´assit dans un fauteuil et soupira. Mais soudain, Julia se jeta sur lui. Sans qu´il n´ait eu le temps de réagir, elle l´embrassa fougueusement. Cela dura longtemps. Adrien sentait son coeur battre la mesure de cette musique silencieuse... Cela était doux, comme à chaque fois. Cela n´en finissait plus... jusqu´à ce que les lèvres de Julia se détachent, pour glisser dans un souffle imperceptible:
- Tu m´as manqué...
- Je t´aime, dit Adrien.
- Je t´aime aussi, dit Julia.
Cette phrase, ils se l´étaient répétée des milliers de fois. Mais jamais elle n´avait perdu de son sens.
- Depuis maintenant deux ans que nous nous sommes rencontrés, je n´ai jamais eu d´autre amour que le tiens.
- Oh... c´est bien vrai?
- Oui, c´est vrai.
- Mon coeur... ce que tu me dis, c´est la chose la plus belle que jamais je n´ai entendue. Tu es aussi tendre à l´intérieur qu´à l´extérieur.
Adrien rougit. Il se sentait bien. Au loin, un chat criait. Tout près, son coeur battait. Là-bas le jour passait... ici, tout était arrêté.
- Embrassons-nous encore... souffla Adrien.
Ils s´embrassèrent donc. Au loin, on entendait ´´Je T´Aime´´ de Natasha St-Pierre. D´où cela venait-il? Quelle importance, du moment que c´était là. Bientôt, la musique, l´amour, les entraînèrent dans un tourbillon sans fin. Il n´y avait plus de plafond, plus de mur. Paris était loin. Ils virent passer un pommier, au dessous d´eux. Puis deux. Maintenant, ils étaient sur la mer. Ils frissonnèrent... était-ce le vent qui s´était levé et qui faisait frémir un peu leur peau? Quelques nuages voilèrent le ciel. A mesure que les notes s´envolaient, la musique devenait de plus en plus belle, et le ciel de plus en plus gris. On se serait cru dans un tableau de Picasso. Des larmes de joie dans la voix, la musique jouait. Quelques gouttelettes de pluie vinrent alors troubler cet océan, tels des pizzicatos que le vent sifflant emportait au loin avant de les renvoyer à la figure des amoureux. Après quelques instants les gouttes grossirent, s´écrasant lourdement sur la surface de l´eau. Julia, que la folie saisissait, se voyait bercer au milieu des éclairs... Plus la musique jouait plus le temps s´agitait, plus le ciel s´assombrissait, plus les vagues grandissaient, se brisant bientôt contre leurs pieds dans une explosion d´écume crépitante, poussées par des bourrasques assassines... leur baiser dansait sur cet air tourmenté, cet océan symphonique, cet opéra dramatique, les vagues étaient à présent immenses et la pluie tranchait le ciel plus sombre que la plus noire des nuits, c´était affreusement grand et terriblement beau, si beau que ça faisait mal, la musique hurlait sa douleur, de plus en plus fort, les notes tourbillonnaient, le vent devenait tornade, les vagues devenaient rouleaux, les amants tournoyaient, autour de leurs bouches, autour de leurs mains... et tout s´arrêta soudain.
- Notre mariage a été la plus merveilleuse idée de notre vie, murmura Julia.
- Je suis bien d´accord avec toi...
Ils restèrent ainsi toute la nuit à se regarder dans le blanc des yeux. Parfois, ils s´embrassaient. Parfois, ils parlaient.
- Ne me quitte jamais, disait Adrien.
- Je ne te quitterai jamais. Tu es bien trop seduisant pour que je te quitte, répondait Julia. Tu es l´opposé de la bêtise, de la brutalité... tu vaux bien plus que ce rustre de Jean. Je ne sais pas comment j´ai fait pour lui trouver du charme.
Et ils s´embrassaient. Puis ils s´embrassaient une nouvelle fois.
Puis ils se promirent de s´aimer éternellement, et l´éternité commença pour eux.
Comme nikki007 ne pouvait plus poster, elle m´a demander de vous donner ça..