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Je T´Aime
par Norah W.
Un grondement sourd à peine rythmé par les pas de David embrumait Lyon. Celui-ci se mit à chanter doucement, puis de plus en plus fort, mais cessa de peur d´être ridicule. Apercevant la photographie d´un palmier, il se prit à rêver à un voyage, un long et beau voyage... aux côtés de celle qu´il rejoignait. Plus vite qu´il ne l´aurait pensé, il se retrouva devant la porte.
Sans attendre, il sonna. Quelques secondes s´écoulèrent. Les tempes de David battaient. Comme personne n´ouvrait, il sonna une nouvelle fois. Mais rien ne se passa. Il frappa, sonna, frappa, sonna encore et encore... puis il décida d´attendre.
Il attendit une heure. Puis deux. Au bout de trois heures, désespéré, il se leva, et après avoir sonné une dernière fois, tourna les talons et s´en alla. Mais à peine fut-il en route qu´un bruit de verrou attira son attention. Il fit volte-face, et aperçut Norah sur le pas de la porte.
- Je... excuse-moi, dit-elle. Je suis désolée, je... je...
- Tu es si belle, la coupa David.
- Entre, ajouta Norah.
Arrivé au salon, David s´assit dans un fauteuil et soupira. Puis il fixa Norah. Celle-ci était debout près de lui. Lui tremblait d´émotion. Elle, ne disait rien. Il se leva, s´approcha d´elle.
- Norah...
Elle détourna la tête.
- Norah, répéta-t-il.
Alors elle le regarda. Au moment où leurs regards se croisaient, leurs lèvres se touchèrent.
- Euh... bredouilla David.
Mais les mots ne venaient pas... alors Norah passa sa main derrière la nuque de son ami, et l´embrassa. Cela dura une éternité. C´était la première fois qu´ils ressentaient une telle émotion, et ils ne s´arrêtaient plus.
Puis lorsque les premières étoiles scintillèrent dans leurs yeux épuisés, leurs lèvres se quittèrent. Comme deux plongeurs en apnée, ils reprirent leur souffle en même temps que leurs émotions.
- Je t´aime, dit David.
- Je t´aime aussi, dit Norah.
Cette phrase, ils se l´étaient répétée des milliers de fois. Mais jamais elle n´avait perdu de son sens.
- Ça y est... cela fait déjà un an... cela fait une année, une année que la foudre m´a frappé... cela fait un an que nous nous sommes rencontrés. Et bien que j´aie eu d´autres aventures avant de te connaître, je t´aime cent fois plus que toutes les autres femmes réunies.
- Voyons... tu vas me faire rougir, murmura Norah.
- Pourquoi? S´écria-t-il. Tu es la personne la plus douce que je n´ai jamais connue! La plus douce de tout Lyon! Les gens ne t´arrivent pas à la cheville.
- Mais et toi, tu es si beau...
- Cela n´est rien à côté de toi. Lorsque je t´embrasse, j´ai l´impression que je m´envole. Quand je te quitte, j´ai l´impression que mon coeur se fait piétiner par un féroce loup, ou transpercer par mille lances empoisonnées.
- Mais toi aussi, David, tu as beaucoup de qualités...
- Tu sais... j´ai aimé, tout à l´heure, lorsque nous nous sommes embrassés.
Il n´en fallut pas plus à Norah pour saisir le bras de David et lui offrir de nouveau un baiser enflammé. Les deux êtres eurent cette fois l´impression d´être emportés dans une tempête. Sur un océan rouge sang. Leurs souffles s´échouaient invariablement dans les hurlements du vent, et les gifles des vagues leur faisaient fermer les yeux. C´était beau, c´était puissant, comme un tableau de Molière, ou comme ´´Love Me´´ de Angelique. Tout rugissait autour d´eux, ils étaient enfermés dans une parenthèse qui les épargnait des griffes du cyclone, des griffes signant leur passage d´une trace de salive blanche et éphémère... tout tournait, des vertiges les prenaient, David ferma les yeux et eut l´impression de aimer en haut d´un sapin. Et soudain tout s´arrêta.
- Marions-nous...
- Pourquoi n´est-ce pas déjà fait?
Ils rirent. Ils étaient heureux.
Toute la nuit, ils restèrent enlacés, à parler, ou à s´embrasser.
- Je t´ai déjà parlé de Didier? Demanda David.
- Non.
- Il m´a dit un jour que je ne pourrais jamais séduire qui que ce soit, même une folle.
- Il ne faut pas écouter ce genre d´idioties... comment pouvait-il te dire ça, à toi, qui es si... chamant!
- Tu ne le connais pas. Sa bêtise dépasse l´entendement.
- Je veux bien te croire!
Ils s´embrassèrent pendant des heures. Des jours. Des années. Si d´aventure vous ne croyez plus à l´amour, sachez qu´en ce moment même ils s´embrassent quelque part.