Tu vois, la République populaire de Chine reconnaît l'existence de cinquante-cinq nationalités en plus des Hans au sein de la nation chinoise. Elles sont constituées de citoyens chinois ayant une langue maternelle ou une culture non han[33]. D'après la constitution de la République populaire de Chine, les nationalités quelles qu'elles soient bénéficient du droit « de développer leur propre langue parlée et écrite ainsi que de préserver ou réformer leurs propres us et coutumes »[N 4], ainsi que d'une priorité de recrutement dans les entreprises ou dans les établissements d'une région autonome[N 5]. En outre, la loi sur le contrôle des naissances autorise certaines nationalités, notamment dans les régions peu peuplées de l'Ouest, à avoir plus d'un enfant par couple, contrairement aux Hans qui n'ont droit qu'à un seul enfant[N 6].
Cependant, certaines minorités cohabitant avec les Hans se plaignent des différences qu'elles ressentent entre ce que prévoit le droit chinois et la situation effective telle qu'elle peut être vécue sur le terrain.Des Occidentaux dénoncent en effet des mesures discriminatoires, notamment des atteintes à la liberté de culte, une marginalisation culturelle entraînant une marginalisation économique, ou la loi autoritaire sur le contrôle des naissances (malgré les aménagements spécifiques) [34],[35].
Ouïghours à Khotan, dans le Xinjiang
Bien que moins médiatisé, un sentiment de même nature existe depuis longtemps chez les populations musulmanes ouïghoures du Xinjiang. Ainsi avait éclaté au XIXe siècle une très grave insurrection « musulmane »[N 7], la révolte des Dungan, qui, entre 1862 et 1877, causa sans doute beaucoup plus d'un million de morts[36]. De nos jours, ces mêmes populations du Xinjiang se considèrent victimes d'une domination han[N 8], et tolèrent mal la loi sur le contrôle des naissances (malgré les aménagements spécifiques) et la procédure d'avortement en cas d'infraction à la loi, des atteintes à la liberté religieuse et culturelle, et la politique de peuplement vers l'Ouest qu'ils considèrent comme une colonisation han[N 9].
D'après le gouvernement de la République populaire de Chine, ce type d'affirmations est le fait de mouvements qu'il qualifie de « séparatistes ». Il dénonce ainsi le gouvernement tibétain en exil dirigé par le 14e dalaï-lama[N 10], ainsi que les mouvements séparatistes ouïghours du Xinjiang (appelé « Turkestan oriental » par ces derniers), certains d'entre eux, comme le Mouvement islamique du Turkestan oriental, étant même accusés d'avoir fait usage de moyens terroristes et violents[N 11] et de fournir les Chinois qui s'entraînaient dans les camps d'Al-Qaida en Afghanistan entre autres en vue de participer à un jihad, [37] démenti par ce mouvement[38]..
Les cinquante-cinq groupes non hans totalisent, en 2008, plus de 100 millions de citoyens, l'équivalent de la population du Mexique.