Situation Ridicule n°83
Une orgue fait entendre sa voix mélodieuse qui, pourtant, n´est pas de son fait.
Les mandarines s´agitent en haut de leur étagère.
Au centre de la pièce, est dressée une table sur laquelle nul convive n´est penché.
Mais en son centre repose un cercueil peint en "vert pomme", recouvert d´un linceul d´un rouge criard.
Son couvercle supérieur est relevé, mais l´on ne distingue à l´intérieur nul cadavre. Rien, sinon un capiton jaunâtre, un coussin cramoisi et un morceau de papier glacé y reposant paisiblement.
Un représentant de l´espèce humaine est dressé à quelques pieds de la table.
Cet être, c´est moi, c´est vous, c´est lui, c´est elle. Cet être a pour nom Solo.
Il s´avance et se penche sur la table, lorsque personne ne s´y était penché avant lui, sinon pour y déposer le cercueil.
Il saisit le papier glacé entre un pouce épais, rugueux, et un index raffiné qui n´a jamais connu le labeur.
Il déchiffre des pattes d´araignée qui constituent des lettres, collées sur la surface du papier.
Il y lit : "Pour entrer dans votre nouvelle vie, veuillez ridiculiser le platane ci-dessous."
Etonné, Solo s´aperçoit qu´effectivement, un mignon petit platane est dessiné au bas de la pseudo-page.
Une flèche y est également griffonnée. Elle pointe vers une direction unique dans le monde de Solo, qui de fait s´aperçoit que le support de la flèche se modifie avec les variations de sa propre position.
Elle désigne de façon permanente un vieil arbre au-dehors, que Solo aperçoit par le biais d´une fenêtre et reconnaît être un platane, rabougri, évidemment large, mais tordu, aux feuilles rouges ballotées, voire arrachées, par un vent mystérieux se perdant dans un horizon bleu et glacé.
Solo comprend ainsi que sa nouvelle vie ne lui sera accordée que lorsque le pauvre platane aura été ridiculisé. Pourtant, se dit cet être, ce platane est déjà bien assez ridicule comme cela, gisant seul et nu au milieu d´un champ de feuilles mortes, sans qu´en plus je doive en rajouter une couche sur son écorce grise.
Pourtant, Solo sait pertinemment que ses choix sont réduits.
Considérant des pots de peinture déposés sur le rayon supérieur d´une étagère au coin sud-est de la pièce, Solo se saisit du plus étrange, à franc parler un vase contenant un fluide d´une couleur qu´il n´a jamais vue auparavant.
Ainsi, honteux mais résolu, Solo se dirige vers la porte d´entrée, qui ici n´aura pas rempli pas le rôle qu´on lui donne sans y penser, puisqu´elle est laisse sortir un être humain sur le point de ridiculiser un platane.
Solo pose un pied sur le plancher boisé du porche, et fixe le platane que maintenant nulle fenêtre n´abrite de ses visées. Le pauvre arbre, par la fragilité apparente de son bois, semble supplier Solo de lui laisser le peu d´honneur, conféré à sa naissance par un souffle inconnu et transcendant, qui lui reste encore.
Mais Solo n´en a cure.
C´est elle, c´est lui, ou bien c´est le platane.
Et ça sera le platane.