Le docteur Jacques Servier, président et fondateur du groupe pharmaceutique français Servier, dont le nom est lié au scandale du Mediator, est mort, ce jeudi, à 92 ans, a annoncé l'entreprise dans un communiqué.
La justice s'apprêtait à boucler l'enquête sur le principal volet de ce scandale, ce qui pourrait permettre la tenue en 2015 du procès de ce médicament des laboratoires Servier. Deux informations judiciaires sont en cours : la première porte sur des faits de tromperie, d'escroquerie et de trafic d'influence ; la seconde sur des faits d'homicides et blessures involontaires. Le procureur de Paris avait annoncé, en janvier dernier, une jonction partielle des procédures pour permettre la tenue, au plus vite, d'un "maxi-procès du Mediator".
Vingt-six personnes se trouvent mises en examen dans le volet principal de l'affaire. Onze sont des personnes morales, dont différentes sociétés de la galaxie Servier. Les quinze autres sont des dirigeants de Servier, dont Jacques Servier, des fonctionnaires ou des médecins qui ont favorisé le maintien du Mediator sur le marché. Utilisé par cinq millions de personnes en France, le Mediator est à l'origine de graves lésions des valves cardiaques et pourrait être responsable, à long terme, de 2.100 décès.
Interrogée, Irène Frachon, la pneumologue brestoise qui a permis que le scandale Mediator éclate, a déclaré que "Jacques Servier était un empoisonneur, un escroc, un corrupteur. Sa société devra répondre en son nom dans cette affaire". Le Dr Frachon estime à 2.000 le nombre "de victimes du Mediator que Servier pouvait épargner". Elles s’ajouteraient aux 500 à 2.000 décès évalués par la Cnam (selon une méthodologie contestée par le laboratoire Servier, mais confirmés par une étude de l’Inserm), qui auraient eu lieu durant la commercialisation de ce médicament, de 1976 à 2009.