Lorsque la douce nuit - Jules Vernes
Lorsque la douce nuit, comme une douce amante,
S´avance pas à pas, à la chute du jour,
S´avance dans le ciel, tendre, timide et lente,
Toute heureuse d´un fol amour ;
Lorsque les feux muets sortent du ciel propice,
Pointillent dans la nuit, discrets, étincelants,
Eparpillent au loin leurs gerbes d´artifices,
Dans les espaces purs et blancs ;
Quand le ciel amoureux au sein des rideaux sombres,
Tout chaud de ce soleil qui vient de l´embraser,
A la terre, pour lui pleine d´amour et d´ombres,
S´unit dans un brûlant baiser ;
Quand se réfléchissant comme en un lac limpide,
L´étoile de l´azur, sur le sol transparent,
Allume au sein de l´herbe une étoile timide,
Cette étoile du ver luisant ;
Quand aux brises du soir, la feuille frémissante,
A ce tendre contact a refermé son sein,
Et garde en s´endormant la fraîcheur odorante
Qui doit parfumer le matin ;
Quand sur le sombre azur, comme un triste fantôme,
Le cyprès de ce champ où finit la douleur,
Est là, plus triste et froid qu´un mystérieux psaume
Qui tombe sur un ton mineur ;
Lorsque courbant sa tête à des plaintes secrètes,
L´if, comme de grands bras agite ses rameaux,
Et tout mélancolique, en paroles muettes,
Cause bas avec les tombeaux ;
Quand au berceau de Dieu, sur la branche endormante,
L´oiseau paisible, heureux a trouvé le sommeil,
Quand le fil de la Vierge a regagné sa tente
En attendant quelque soleil ;
Quand la croix déployant dans sa forme incertaine,
Sur le chemin du ciel ses deux bras de douleurs,
Dans la nuit qui l´entoure en son humide haleine
Est ruisselante de pleurs ;
Quand toute la nature, et l´étoile de la pierre,
Et l´arbre du chemin, la croix du carrefour,
Se sont tous revêtus de l´ombre, du mystère,
Après les fatigues du jour ;
Quand tout nous parle au coeur, quand la tremblante femme,
A plus de volupté que le soleil le jour,
Oh ! viens, je te dirai tout ce que j´ai dans l´âme,
Tout ce que j´ai de tendre amour.
@ peluche!