et bon ouik-inde à tous!
Extrait: " Les Femmes Savantes" - Molière
Acte I - Scène I
ARMANDE.
Mon Dieu, que votre esprit est d´un étage bas !
Que vous jouez au monde un petit personnage,
De vous claquemurer aux choses du ménage,
Et de n´entrevoir point de plaisirs plus touchants
Qu´un idole d´époux et des marmots d´enfants !
Laissez aux gens grossiers, aux personnes vulgaires,
Les bas amusements de ces sortes d´affaires ;
À de plus hauts objets élevez vos desirs,
Songez à prendre un goût des plus nobles plaisirs,
Et traitant de mépris les sens et la matière,
À l´esprit comme nous donnez-vous toute entière.
Vous avez notre mère en exemple à vos yeux,
Que du nom de savante on honore en tous lieux :
Tâchez ainsi que moi de vous montrer sa fille,
Aspirez aux clartés qui sont dans la famille,
Et vous rendez sensible aux charmantes douceurs
Que l´amour de l´étude épanche dans les cœurs ;
Loin d´être aux lois d´un homme en esclave asservie,
Mariez-vous, ma sœur, à la philosophie,
Qui nous monte au-dessus de tout le genre humain,
Et donne à la raison l´empire souverain,
Soumettant à ses lois la partie animale,
Dont l´appétit grossier aux bêtes nous ravale.
Ce sont là les beaux feux, les doux attachements,
Qui doivent de la vie occuper les moments ;
Et les soins où je vois tant de femmes sensibles
Me paroissent aux yeux des pauvretés horribles.
HENRIETTE.
Le Ciel, dont nous voyons que l´ordre est tout-puissant,
Pour différents emplois nous fabrique en naissant ;
Et tout esprit n´est pas composé d´une étoffe
Qui se trouve taillée à faire un philosophe.
Si le vôtre est né propre aux élévations
Où montent des savants les spéculations,
Le mien est fait, ma sœur, pour aller terre à terre,
Et dans les petits soins son foible se resserre.
Ne troublons point du Ciel les justes règlements,
Et de nos deux instincts suivons les mouvements :
Habitez, par l´essor d´un grand et beau génie,
Les hautes régions de la philosophie,
Tandis que mon esprit, se tenant ici-bas,
Goûtera de l´hymen les terrestres appas.
Ainsi, dans nos desseins l´une à l´autre contraire,
Nous saurons toutes deux imiter notre mère :
Vous, du côté de l´âme et des nobles desirs,
Moi, du côté des sens et des grossiers plaisirs ;
Vous, aux productions d´esprit et de lumière,
Moi, dans celles, ma sœur, qui sont de la matière.