Mon portrait - Alexandre POUCHKINE
Vous me demandez mon portrait,
Mais peint d´après nature :
Mon cher, il sera bientôt fait
Quoiqu´en miniature.
Je suis un jeune polisson
Encore dans les classes ;
Point sot, je le dis sans façon
Et sans fades grimaces.
Oui, il ne fut babillard,
Ni docteur en Sorbonne,
Plus ennuyeux et plus braillard
Que moi-même en personne.
Ma taille à celle des plus longs
Las ! n´est point égalée ;
J´ai le teint frais, les cheveux blonds
Et la tête bouclée.
J´aime et le monde et son fracas,
Je hais la solitude ;
J´abhorre et noises et débats
Et tant soit peu l´étude.
Spectacles, bals me plaisent fort,
Et d´après ma pensée
Je dirais ce que j´aime encore
Si je n´étais au Lycée.
Après cela, mon cher ami,
L´on peut me reconnaître ;
Oui, tel que le bon Dieu me fit,
Je veux toujours paraître.
Vrai démon pour l´espièglerie,
Vrai singe pour la mine,
Beaucoup et trop d´étourderie,
Ma foi, voilà Pouchkine.
@ +