Ces pages seront tournées vers l’étrange. Voilà l’axiome qui guidera ma plume. Comme à rebours, je pense de l’encre à la mer et de la feuille à l’arbre. Retour fœtal de toute chose appliqué à soi.
Je relève les yeux et me pose en spectateur d’une nature vaine : stylos, câbles, un téléphone, une fenêtre, un CD. Difficile de ne pas conclure au mensonge : un fatras débordant d’une inexistante activité, description faite de mémoire et se parant des atours de l’immédiateté.
Mais que viens-je faire en cette galère ? Un tel paysage me pousse à la réification… De l’homme à l’animal, de l’animal à l’organisme, de l’organisme à la machine, de la machine à l’atome. Et voilà ma réification fœtale achevée. Atomes… sous cette forme, qu’est-on dans l’univers ? Quelques particules parmi des dizaines de milliards de milliards d’atomes ! Et pourtant, il y a plus de connexions neurales dans un cerveau humain que d’atomes dans l’univers !
Alors quoi n’est rien ? Tout est-il rien lors même que rien ne peut être tout ? Qu’est le « rien » ? Et le « rien du tout » ?!
Réification fœtale.
Où suis-je dans ces phrases ? Car non, ces phrases ne sont pas en moi ! C’est impossible puisqu’elles sont sur le papier. Et puis quoi, par principe : ce serait contraire à ma réification ! D’ailleurs celle-ci ne répond-elle pas à un principe ? Celui de précaution peut-être. Un back-up atomique ; immortalité des concepts. Un peu comme celui qui mangerait des tomates pour se protéger de la mort : Et pourtant, ça marche ! Car l’absurde du raisonnement logique pousse au constat de la vie si l’on mange : Je mange donc je vis :
Aboutissement du doute.
Je pense donc je suis
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Peut-être équivalent à « il pense que je suis. » Un rêve dans l’esprit d’un autre. Alors non, je n’existe pas en propre : on me pense. Car si dans cette configuration, j’existais vraiment, obtiendrait-on alors la conscience collective : réification extrême de l’Homme à la particule.
Décidément, tout me ramène à la réification. Et naissance de la contradiction d’un atome qui se place en observateur démiurgique. Un atome pensant : comme un deus ab machina.
Mais là n’est pas la première contradiction. Puisque tout est un et que tout est illusion : Je te dis dessine un arbre et tu me dessines un tronc, des branches, peut-être des feuilles. Mais les racines ? et la terre qui le nourrit ? et le vent ou l’animal qui transporta le fruit de la naissance ? Car (ou alors, je ne sais) tout est un. Mais en ce cas, rien n’est et tout est illusion : l’arbre n’existe pas en tant que tel. Two bees or not two bees ?
Alors quoi n’est rien ? Tout est-il rien lors même que rien ne peut être tout ? Qu’est le « rien » ? Et le « rien du tout » ?
Comme la dichotomie de la vie et de l’existence. Elle se raconte comme une vieille légende indienne transmise de génération en génération et que toute la tribu connaît sans savoir comment. Pour l’occasion, la feuille sera le feu que je calumerai. « J’existe » : expression terre à terre relative à un positionnement par rapport à une réalité. « Je vis » : expression scientifique. Pourtant, nous utilisons tour à tour chacune d’entre elle pour exprimer notre degré de satisfaction vis-à-vis de notre vie ! Mais alors laquelle des deux s’approprier pour parler de notre réalité, chose que nous sommes ; et laquelle pour notre degré d’accomplissement ? Laquelle pour notre réification fœtale ? Inversion, retour aux sources. Par laquelle sommes-nous tout ou rien ?
Et qu’est le rien ? Une portion si infime du tout qu’on la tient pour négligeable ? Et le tout ? Quoi peut être tout ? Une personne peut-elle être le tout d’une autre ?
Déification.
Réification fœtale.
Déifi… Réifica…