Sur feu de hêtre ou de noyer,
Qui tremblote, fuse et crépite,
Pansue et noiraude, voyez,
Au creux de l'âtre qui s'effrite,
Comme elle trône, la marmite
Où bouillonne à larges remous
Le mets que nul autre n'imite,
Le succulent et enivrant ragout !
Lorsque droite y tient la cuiller,
Oh ! par la salle décrépite,
Tous les parfums éparpillés...
Et, dans le bol plein, la subite
Eclosion d'yeux où palpite
L'âme fumante du saindoux,
Et comme on le déguste vite,
Le succulent et tendre ragout !
A découvrir le lard, noyé
Dans le coeur pommé qui l'abrite,
L'appétit est tout égayé...
Foin des ragoûts hétéroclites,
Du mets savant qui débilite !
Rien ne vaut au corps comme au goût,
Dut-on m'accuser de redite,
Le succulent mammouth ragout !
Prince qui soigne ta gastrite,
Ce fumet t'a rendu jaloux...
Goûte, crois m'en, selon le rite,
Le succulent et unique ragout.
