La maîtresse a hurlé :
- Silence ! Taisez-vous ! Exercice 6 page 23 !
Silence, j´ai dit ! SILENCE !
J´ai compté : c´était la quarante-septième fois qu´elle hurlait aujourd´hui. Et j´ai pensé : " Si elle continue, elle va me transpercer la tête, je le sens, ça va éclater comme une fusée. "
On s´est tous mis à écrire dans nos cahiers. On osait à peine respirer je crois bien qu´on allait étouffer.
Et puis, marie a laisé tomber sa gomme.
- SILENCE ! a hurlé la maîtrsse. Taisez-vous et travaillez !
Alors moi je me suis levé et j´ai respiré auant que j´ai pu. J´ai regardé la maîtresse et j´ai hurlé :
- SILENCE ! Taisez-vous et laissez-nous travailler !
Elle a ouvert très grand la bouche et elle a mis la main sur son coeur.Et puis elle a fermé la bouche, ouvert la bouche, fermé la bouche..
On a compris qu´elle allait s´étouffer. On a vite cherché un bocal et on l´a rempli d´eau. On a mis le bocal sur le bureau et la maîtresse a plongé dedans. Elle nageait furieusement dans l´eau et elle tournait à toute vitesse en ouvrant et fermant la bouche. ça faisait des bulles.
On s´est remis au travail. J´ai fini mon exercice et puis j´ai écrit un texte. Une histoire de pirates. Ensuite, avec David, on a cherché dans un livre des renseignements sur Marco Polo. Et j´ai pensé :
" Si elle reste encore un peu dans son bocal, j´aurai le temps de faire des mathématiques.
Et peut être, même, d´écouter de la musique."
(Du même livre que l´histoire précédente...!)
Allez, encore une!
Je suis entré dans le salon. Ma mère lisait un magazine. Elle n´a pas levé les yeux, elle ne m´ a pas regardé.
Je me suis dit : Je compte jusqu´à vingt. Si à vingt, elle ne m´a pas adressé la parole, je fais mon baluchon et je disparais pour toujours. Je le jure.
Un...deux...trois...quatre...cinq...
Je sais bien qu´elle ne m´aime pas.
Six...sept...huit...neuf...
Si je n´existais pas, elle pourrait sortit, s´amuser, se remarier peut être.
Dix...onze...douze...treize...
L´autre jour j´ai entendu ce qu´elle disait à sa copine Annie. " J´ai beaucoup de soucis avec lui." Voilà ce qu´elle a dit.
Quatorze...quinze...seize...
ça fait des mois qu´elle ne m´a pas embrassé.
Dix-sept...dix-huit...
Cette nuit, elle a pleuré.
Dix-neuf...dix-neuf...dix-neuf...
Maman...maman...
Dix-neuf...vvv...
- Mais qu´est-ce que tu fais là ? File te coucher ! Et plus vite que ça, ou je te fiche une claque !
Il était temps...
Merci, maman !
^^
"Semez les germes de la damnation et je moissonerai les ames des corrompus"
Moranith> Ca serait bien que tu cites l´auteur quand tu mets un extrait ; )
<< O´Connor était le roi des mémétriers d´Irlande. Dans la province de Munster, il n´avait pas son pareil. Son répertoire comptait bien des airs, mais il en connaissait un qui était vraiment extraordinaire. Il était capable de faire danser les vivants... et les morts. A la première note, les souliers vous tremblaient aux pieds comme si vous eussiez eu la fièvre ; vieux ou jeunes, tous y passaient ; on se mettait à danser, à danser comme des fous, tournant de tout côtés comme feuilles au vent, et cela tant que durait la musique.
Aussi O´Connor était-il de toutes les noces, lui et sa cornemuse. Il s´y rendait, fidèlement accompagné partout de sa mère qui lui servait de guide, car le pauvre garçon était aveugle. Un beau jour, au village d´Ivaragh, O´Connor avait tant et tant fait danser la jeunesse que son gosier était aride comme un vieux parchemin.
" Voulez-vous un verre ? lui proposa-t-on.
- Inutile, passez-moi la bouteille !"
Et, empoignant la bouteille de whisky, il ne la rendit... que vide !
Et tout à coup, sans aucun avertissement, voilà que le ménétrier entame son air merveilleux. On eût dit qu´un grand vent de folie soufflait sur la place du village. O´Connor lui-même ne pouvait rester tranquille : il se balançait d´une jambe sur l´autre comme une barque par grosse mer. Et même sa vieille mère faisait aller ses os en cadence comme toutes les femmes de l´assemblée.
Mais cela n´était rien en comparaison de ce qui se passait sur le rivage. La grève était couverte de poissons de toutes sortes qui sautillaient, voletaient, sautaient, replongeant et ressortant, se démenant de plus en plus vite, suivant le rythme endiablé de la musique. D´énorme crabes tournaient en rond sur une seule patte en vrais acrobates. Des phoques gigantesques, dressés sur leurs pattes malhabiles, s´avançaient vers le rivage à la tête de troupes de poissons, homards, langoustes, tous décidé à danser. C´était un extraordinaire spectacle de les voir ainsi suivre la mesure : morues, turbots, carrelets cabriolaient joyeusement ; dorades, maquereaux, harengs sautaient d´un air folâtre ; les bancs argentés des sardines arrivaient jusqu´au rivage. Les moules et les huîtres agitaient leurs coquilles en guise de castagnette.
Jamais on n´avait vu pareil spectacle... inlassable, O´Connor jouait toujours... Mais voilà que, au milieu des poissons, apparut une jeune femme belle comme le jour. Elle avait une longue chevelure verte ; ses dents luisaient comme des perles, ses lèvres semblaient de corail et sa robe était blanche comme l´écume de la mer. Elle s´approcha de O´Connor et lui chanta d´une voix mélodieuse :
" Je suis la Dame de la Mer et je demeure au fond des eaux. Viens avec moi et sois mon époux. Tu auras de la vaisselle d´or et d´argent et tu régneras sur tout les animaux qui peuplent les mers."
O´Connor se tourna vers elle :
"Merci, madame, mais boire de l´eau salé ne me va pas !"
Alors, tout en dansant, la Dame de la Mer se prit à persuader le ménétrier. Autour d´eux, les gens dansaient et les poissons, tous les poissons des mers, menaient leur ronde.
Enfin, la sirène finit par convaincre O´Connor de l´accompagner au royaume marin. Sa mère lui cria bien de revenir quand elle le vit atteindre le bord de la mer en compagnie de la belle étrangère. Mais il ne l´écouta point. Il continua d´avancer toujours. Et voilà qu´une vague haute comme une maison arriva sur lui, prête, aurait-on dit, à l´engloutir : il n´y fit aucune attention. Sa mère se prit à pleurer, mais, malgré ses cris et ses pleurs, elle ne pouvait s´arrêter de danser. Enfin, son fils se tourna vers elle et lui dit :
" Je suis bien heureux, ma mère ! Je vais devenir le Roi de la Mer, et je te promet de t´envoyer tout les ans un..."
MAis il n´eut pas le temps d´achever... la dame aux cheveux verts, voyant une vague plus haute encore s´avancer, s´enveloppa avec le musicien dans un manteau à grand capuchon. La vague, dressée à une hauteur gigantesque au-dessus d´eux, retomba sur le rivage avec un fracas épouvantable.
On ne revit plus jamais, jamais, le musicien, mais souvent, sur la côte de Kerry, par les nuits tranquilles, les mariniers entendent le bruit de la musique venant du fond de l´eau, et certains prétendent même reconnaître le son de la cornemuse de O´Connor. >>
(William Butler Yeats)
"Tu es libre face au soleil du jour et libre face aux étoiles de la nuit.
Tu es libre lorsqu´il n´y a ni soleil ni lune ni étoile.
Tu es même libre lorsque tu fermes les yeux sur tout ce qui nous entoure.
Cependant, tu es esclave de celui que tu aimes parce que tu l´aimes,
et esclave de celui qui t´aime parce qu´il t´aime."
"Ouvre l´oeil et regarde,
tu verras ton visage dans tout les visages.
tends l´oreille et écoute,
tu entendras ta propre voix dans toutes les voix."
Khalil Gibran "Le sable et l´écume"
<< Plus occupé qu´un unijambiste dans un concours de pieds au cul. >>
(Stephen King/Ecriture)
<< Pièce à conviction A : Un pénis rustaud et entêté, un connivore barbare sans la moindre trace de décence. Le lascar des lupanars. Un bognochons torve, vermiforme avec un éclat serpentin dans son oeil unique. Un Turs gloutorgasme qui frappe sous les voûtes sombres de la chair tel l´éclair braquemart. Un dardconcuspiscent recherchant l´obscurité, les crevasses glissantes, l´extase thonesque, et le sommeil...>>
(Richard Dooling/Brainstorm)
<< Cette texture membraneuse, incorruptible et pratiquementindestructible, était un attribut inhérent à la forme d´organisation de la chose, dont la phylogenèse était à chercher du côté d´un cycle paléogéologique de l´évolution des invertébrés totalement hors de portée de nos capacités spéculatives, >>
(H.P Lovecraft/Les montagnes hallucinées)
Arf et *Turc ![]()
"Réduit aux abois, sans armes, sachant bien que toute manifestation de violence physique ferait accourir plusieurs infirmiers au secours de son visiteur, Joseph Curwen eut recours à son ancien allié : tout en faisant des mouvements cabalistiques avec ses deux index, il psalmodia d’une voix profonde où ne restait plus trace du moindre enrouement, les premiers mots d’une terrible formule :
PER ADONAI ELOIM, ADONAI JEHOVA,
ADONAI SABAOTH, METRATON…
Mais la réplique de Willett fut prompte. Au moment même où les chiens commençaient à aboyer, où un vent glacial se mettait à souffler de la baie, le vieux médecin récita, comme il en avait eu l’intention depuis son arrivée, la seconde partie de cette formule dont la première avait fait surgir l’auteur du message en minuscules, l’invocation placée sous le signe de la Queue du Dragon, emblème du noeud descendant :
OGTHROD AI’F
GEB’L — EE’H
YOG – SOTHOTH
’NGAH’NG AI’Y
ZHRO !
Dès le premier mot, Joseph Curwen cessa de parler comme si sa langue eût été paralysée. Presque aussitôt, il fut incapable de faire un geste. Enfin, lorsque le terrible vocable Yog-Sothoth fut prononcé, une hideuse métamorphose eut lieu. Ce ne fut pas une simple dissolution, mais plutôt une transformation ou une récapitulation ; et Willett ferma les yeux de peur de s’évanouir avant d’avoir fini de prononcer la formule redoutable.
Quand il rouvrit les paupières, il sut que l’affaire Charles Dexter Ward était terminée. Le monstre issu du passé ne reviendrait plus troubler le monde. Tel son portrait maudit, un an auparavant, Joseph Curwen gisait sur le sol sous la forme d’une mince couche de fine poussière d’un gris bleuâtre."
L´affaire Charles Dexter Ward de H.P. Lovecraft
J´étais tout à l´heure au Jardin public. La racine du marronnier s´enfonçait dans la terre, juste au-dessous de mon banc. Je ne me rappelais plus que c´était une racine. Les mots s´étaient évanouis et, avec eux, la signification des choses, leurs modes d´emploi, les faibles repères que les hommes ont tracés à leur surface. J´étais assis, un peu voûté, la tête basse, seul en face de cette masse noire et noueuse, entièrement brute et qui me faisait peur. Et puis j´ai eu cette illumination.
Ça m´a coupé le souffle. Jamais, avant ces derniers jours, je n´avais pressenti ce que voulait dire "exister". J´étais comme les autres, comme ceux qui se promènent au bord de la mer dans leurs habits de printemps. Je disais comme eux "la mer est verte ; ce point blanc, là-haut, c´est une mouette", mais je ne sentais pas que ça existait, que la mouette était une "mouette-existante" ; à l´ordinaire l´existence se cache. [...] Et puis voilà : tout d´un coup, c´était là, c´était clair comme le jour : l´existence s´était soudain dévoilée. Elle avait perdu son allure inoffensive de catégorie abstraite : c´était la pâte même des choses, cette racine était pétrie dans de l´existence. Ou plutôt la racine, les grilles du jardin, le banc, le gazon rare de la pelouse, tout ça s´était évanoui : la diversité des choses, leur individualité n´était qu´une apparence, un vernis. Ce vernis avait fondu, il restait des masses monstrueuses et molles, en désordre - nues, d´une effrayante et obscène nudité. [...]
Le mot d´Absurdité naît à présent sous ma plume ; tout à l´heure, au jardin, je ne l´ai pas trouvé. mais je ne le cherchais pas non plus, je n´en avais pas besoin : je pensais sans mots, sur les choses, avec les choses. L´absurdité, ce n´était pas une idée dans ma tête, ni un souffle de voix, mais ce long serpent mort à mes pieds. Ce serpent de bois. Serpent ou griffe ou racine ou serre de vautour, peu importe. Et sans rien formuler nettement, je comprenais que j´avais trouvé la clef de l´Existence, la clef de mes Nausées, de ma propre vie. De fait, tout ce que j´ai pu saisir ensuite se ramène à cette absurdité fondamentale. Absurdité : encore un mot ; je me débats contre des mots ; là-bas, je touchais la chose. Mais je voudrais fixer ici le caractère absolu de cette absurdité. Un geste, un événement dans le petit monde colorié des hommes n´est jamais absurde que relativement: par rapport aux circonstances qui l´accompagnent. Les discours d´un fou, par exemple, sont absurdes par rapport à la situation où il se trouve mais non par rapport à son délire. Mais moi, tout à l´heure, j´ai fait l´expérience de l´absolu : l´absolu ou l´absurde. Cette racine, il n´y avait rien par rapport à quoi elle ne fût absurde. Oh ! Comment pourrai-je fixer ça avec des mots? Absurde : par rapport aux cailloux, aux touffes d´herbe jaune, à la boue sèche, à l´arbre, au ciel, aux bancs verts. Absurde, irréductible ; rien, pas même un délire profond et secret de la nature ne pouvait l´expliquer. Évidemment je ne savais pas tout, je n´avais pas vu le germe se développer ni l´arbre croître. Mais devant cette grosse patte rugueuse, ni l´ignorance ni le savoir n´avaient d´importance : le monde des explications et des raisons n´est pas celui de l´existence. Un cercle n´est pas absurde, il s´explique très bien par la rotation d´un segment de droite autour d´une de ses extrémités. Mais aussi un cercle n´existe pas. Cette racine, au contraire, existait dans la mesure où je ne pouvais pas l´expliquer. Noueuse, inerte, sans nom, elle me fascinait, m´emplissait les yeux, me ramenait sans cesse à sa propre existence. J´avais beau répéter : « C´est une racine », ça ne prenait plus. Je voyais bien qu´on ne pouvait pas passer de sa fonction de racine, de pompe aspirante, à ça, à cette peau dure et compacte de phoque, à cet aspect huileux, calleux, entêté. La fonction n´expliquait rien : elle permettait de comprendre en gros ce que c´était qu´une racine, mais pas du tout celle-ci. Cette racine, avec sa couleur, sa forme, son mouvement figé, était... au-dessous de toute explication. Chacune de ses qualités lui échappait un peu, coulait hors d´elle, se solidifiait à demi, devenait presque une chose ; chacune était de trop dans la racine, et la souche tout entière me donnait à présent l´impression de rouler un peu hors d´elle-même, de se nier, de se perdre dans un étrange excès. [...]
Ce moment fut extraordinaire. J´étais là, immobile et glacé, plongé dans une extase horrible. Mais, au sein même de cette extase quelque chose de neuf venait d´apparaître ; je comprenais la Nausée, je la possédais. A vrai dire je ne me formulais pas mes découvertes. Mais je crois qu´à présent, il me serait facile de les mettre en mots. L´essentiel c´est la contingence. Je veux dire que, par définition, l´existence n´est pas la nécessité. Exister, c´est être là, simplement ; les existants apparaissent, se laissent rencontrer, mais on ne peut jamais les déduire. Il y a des gens, je crois, qui ont compris ça. Seulement ils ont essayé de surmonter cette contingence en inventant un être nécessaire et cause de soi. Or, aucun être nécessaire ne peut expliquer l´existence : la contingence n´est pas un faux-semblant, une apparence qu´on peut dissiper ; c´est l´absolu, par conséquent la gratuité parfaite. Tout est gratuit, ce jardin, cette ville et moi-même. Quand il arrive qu´on s´en rende compte, ça vous tourne le coeur et tout se met à flotter.
SARTRE, La Nausée
« On se surprend à marcher sur le bord du trottoir comme on faisait enfant, comme si c´était la marge qui comptait, le bord des choses. »
« Plus on va dans l´infime, plus on a de chances de trouver l´universel. »
« C´est assez curieux, cette façon qu´on a de se livrer au dentiste, abandonné et réticent. »
« En espadrilles, on est tout juste assez civilisé pour tutoyer le globe, sans l´appréhension rétive du pied nu méfiant, sans l´excessive assurance du pied trop bien chaussé. »
« C’est fou comme la voix seule peut dire d’une personne qu’on aime - de sa tristesse, de sa fatigue, de sa fragilité, de son intensité de vivre, de sa joie. Sans les gestes, c’est la pudeur qui disparaît, la transparence qui s’installe. »
Philippe Delerm - extraits de "La première gorgée de bière"
" Nathanaël, à présent, jette mon livre. Emancipe-t’en. Quitte-moi ; maintenant tu m’importunes ; tu me retiens ; l’amour que je me suis surfait pour toi m’occupe trop. Je suis las de feindre d’éduquer quelqu’un. Quand ai-je dit que je te voulais pareil à moi ? C’est parce que tu diffères de moi que je t’aime ; je n’aime en toi que ce qui diffère de moi. Eduquer ! Qui donc éduquerais-je, que moi-même ? Nathanaël, te le dirai-je ? Je me suis interminablement éduqué. Je continue. Je ne m’estime jamais que dans ce que je pourrais faire.
Nathanaël, jette mon livre ; ne t’y satisfais point. Ne crois pas que ta vérité puisse être trouvée par quelque autre ; plus que de tout, aie honte de cela. Si je cherchais tes aliments, tu n’aurais pas de faim pour les manger ; si je te préparais ton lit, tu n’aurais pas sommeil pour y dormir.
Jette mon livre ; dis-toi bien que ce n’est là qu’une des mille postures possible en face de la vie. Cherche la tienne. Ce qu’un autre aurait aussi bien fait que toi, ne le fais pas. Ce qu’un autre aurait aussi bien dit que toi, ne le dis pas, aussi bien écrit que toi, ne l’écris pas. Ne t’attache en toi qu’à ce que tu sens qui n’est nulle part ailleurs qu’en toi-même, et crée de toi, impatiemment ou patiemment, ah ! le plus irremplaçable des êtres. "
"Du jour où je parvins à me persuader que je n´avais pas besoin d´être heureux, commença d´habiter en moi le bonheur ; oui, du jour où je me persuadai que je n´avais besoin de rien pour être heureux. Il semblait, après avoir donné le coup de pioche à l´égoïsme, que j´avais fait jaillir aussitôt de mon coeur une telle abondance de joie que j´en pusse abreuver tous les autres. Je compris que le meilleur enseignement est d´exemple. J´assumai mon bonheur comme une vocation."
" Il y a sur terre de telles immensités de misère, de détresse, de gêne et d’horreur, que l’homme heureux n’y peut songer sans prendre honte de son bonheur. Et pourtant ne peut rien pour le bonheur d’autrui celui qui ne sait être heureux lui-même. Je sens en moi l’impérieuse obligation d’être heureux. Mais tout bonheur me paraît haïssable qui ne s’obtient qu’aux dépens d’autrui… Je préfère le repas d´auberge à la table la mieux servie, le jardin public au plus beau parc enclos de murs, le livre que je ne crains pas d´emmener en promenade à l´édition la plus rare, et, si je devais être seul à pourvoir contempler une oeuvre d´art, plus elle serait belle et plus l´emporterait sur la joie ma tristesse. Mon bonheur est d´augmenter celui des autres. J´ai besoin du bonheur de tous pour être heureux."
André Gide – Nourritures terrestres
Ich Weiss nicht, was soll es bedeuten,
Dass ich so traurig bin,
Ein Märchen aus uralten Zeiten,
Das geht mir nicht aus dem Sinn.
Die Luft ist kühl und es dunkelt,
Und ruhig fliesst der Rhein;
Der Gipfel des Berges funkelt
Im Abendsonnenschein.
Heinrich Heine ; Die Loreley
Strophe 1
__________________________________________
Celle de ma carte de visite :
Sonnet en X ; Mallarmé
Strophe 2
__________________________________________
Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, beaucoup d´hommes et de choses, il faut connaître les bêtes, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir le mouvement qui fait s´ouvrir les petites fleurs au matin. Il faut pouvoir se remémorer des routes dans des contrées inconnues, des rencontres inattendues et des adieux de longtemps prévus - des journées d´enfance restées inexpliquées, des parents qu´il a fallu blesser, un jour qu´ils vous ménageaient un plaisir qu´on n´avait pas compris ( c´était un plaisir destiné à un autre...), des maladies d´enfance, qui commençaient étrangement par de profondes et graves métamorphoses, des journées passées dans des chambres paisibles et silencieuses, des matinées au bord de la mer ; il faut avoir en mémoire la mer en général et chaque mer en particulier, des nuits de voyage qui vous emportaient dans les cieux et se dissipaient parmi les étoiles - et ce n´est pas encore assez que de pouvoir penser à tout cela. Il faut avoir le souvenir de nombreuses nuits d´amour, dont aucune ne ressemble à une autre, il faut se rappeler les cris des femmes en gésine et l´image des blanches et légères accouchées endormies, qui se referment. Il faut avoir été aussi du côté des mourants, il faut être resté au chevet d´un mort, dans une chambre à la fenêtre ouverte, aux rares bruits saccadés. Et il n´est pas encore suffisant d´avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d´attendre qu´ils reviennent. Car les souvenirs ne sont pas encore ce qu´il faut. Il faut d´abord qu´ils se confondent avec notre sang, avec notre regard, avec notre geste, il faut qu´ils perdent leurs noms et qu´ils ne puissent plus être discernés de nous-mêmes ; il peut alors se produire qu´au cours d´une heure très rare, le premier mot d´un vers surgisse au milieu d´eux et émane d´entre eux.
Rainer Maria Rilke
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Cyrano:
Je crois qu´elle regarde...
Qu´elle ose regarder mon nez, cette Camarde!
Que dites-vous?... C´est inutile?...Je le sais!
Mais on ne se bat pas dans l´espoir du succès !
Non! Non! C´est bien plus beau lorsque c´est inutile!
- Qu´est-ce que c´est que tous ceux-là? - Vous êtes mille?
Ah! je vous reconnais, tous mes vieux ennemis!
Le mensonge? Tiens, tiens! - Ha! ha! les Compromis,
Les préjugés, les Lâchetés!... Que je pactise?
Jamais, jamais! - Ah! te voilà, toi, la Sottise!
- Je sais bien qu´à la fin vous me mettrez à bas;
N´importe : je me bats! je me bats! je me bats!
Oui, vous m´arrachez tout, le laurier et la rose!
Arrachez! il y a malgré vous quelque chose
Que j´emporte, et ce soir, quand j´entrerai chez Dieu,
Mon salut balaiera largement le seuil bleu,
Quelque chose que sans un pli, sans une tache,
J´emporte malgré vous,
(Il s´élance l´épée haute)
..............................et c´est...
(L´épée s´échappe de ses mains, il chancelle, tombe dans les bras de Le Bret et de Ragueneau.)
Roxane :
.............................................C´est
?...
Cyrano (la reconnait et sourit) :
..................................................
......Mon panache.
Cyrano de bergerac, Acte V scène finale.
Le partage total entre deux êtres est impossible et chaque fois que l´on pourrait croire qu´un tel partage a été réalisé, il s´agit d´un accord qui frustre l´un des partenaires,ou même tous les deux, de la possibilité de se développer pleinement.
Mais lorsque l´on a pris conscience de la distance infinie qu´il y aura toujours entre deux êtres humains, quels qu´ils soient, une merveilleuse "vie côte à côte"devient possible:
Il faudra que les deux partenaires deviennent capables d´aimer cette distance qui les sépare et grâce à laquelle chacun des deux aperçoit l´autre entier, découpé dans le ciel.
Rainer Maria Rilke
"Lettres à un jeune poète"
<< Les choses qui font peur je peux inventorier :
La denture du requin, le bec de l´épervier,
La morsure enragée du farouche guerrier,
Et la voix de celui qui par là est passé.
Mais plus que tout cela, le regard du miroir :
Du compte de nos jours il est l´aide-mémoire. >>
<< Après une bataille qui dura plusieurs ères,
Le Diable l´emporta.
Il dit alors à Dieu
(son créateur) :
"Seigneur,
Nous allons bientôt assister à la destruction de la création
Par mon fait.
Comme je ne voudrais pas
Que vous me jugiez cruel,
Je vous en conjure, prenez en ce monde
Trois choses avant que je n´y mette fin.
Trois choses, puis tout le reste
Je le réduirai à néant."
Dieu réfléchit un moment.
Enfin, il dit :
"Non, rien."
Le Diable fut surpris.
"Pas même vous Seigneur ?"
Alors Dieu répondit :
"Non. Pas même moi." >>
<< Sorcière, fais cela pour moi :
Trouve une lune faîtes de désir.
Découpes-en une fine tranche, puis
Suspends-la dans le ciel, au-dessus
de la maison de ma bien-aimée,
pour qu´elle la voie, ce soir,
en levant la tête, et ce faisant,
soupire après moi
comme je soupire après elle,
avec ou sans lune. >>
(Clive Barker/ Abarat)
"C´est par ma seule volonté que mon esprit se meut, c´est par l´imagination que la pensée s´accélère, les forces reviennent et la puissance de vie gronde. Je serais le combattant qui rétablira la paix, je serais le guerrier qui survivra à tous les pièges, je serais le diplomate qui dénouera toutes les situations, je reste et serai l´homme qui ne faiblira pas devant l´épreuve."
(Frank Herbert/Dune)
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