Douce Maîtresse, touche,
Pour soulager mon mal,
Ma bouche de ta bouche
Plus rouge que coral ;
Que mon col soit pressé
De ton bras enlacé.
Puis, face dessus face,
Regarde-moi les yeux,
Afin que ton trait passe
En mon coeur soucieux,
Coeur qui ne vit sinon
D´Amour et de ton nom.
Je l´ai vu fier et brave,
Avant que ta beauté
Pour être son esclave
Du sein me l´eût ôté ;
Mais son mal lui plaît bien,
Pourvu qu´il meure tien.
Belle, par qui je donne
A mes yeux, tant d´émoi,
Baise-moi, ma mignonne,
Cent fois rebaise-moi :
Et quoi ? faut-il en vain
Languir dessus ton sein ?
Maîtresse, je n´ai garde
De vouloir t´éveiller.
Heureux quand je regarde
Tes beaux yeux sommeiller,
Heureux quand je les vois
Endormis dessus moi.
Veux-tu que je les baise
Afin de les ouvrir ?
Ha ! tu fais la mauvaise
Pour me faire mourir !
Je meurs entre tes bras,
Et s´il ne t´en chaut pas !
Ha ! ma chère ennemie,
Si tu veux m´apaiser,
Redonne-moi la vie
Par l´esprit d´un baiser.
Ha ! j´en sens la douceur
Couler jusques au coeur.
J´aime la douce rage
D´amour continuel
Quand d´un même courage
Le soin est mutuel.
Heureux sera le jour
Que je mourrai d´amour !
Ronsard