Je suis un peuplier
Qui s'est mis à marcher
Peut-être par amour
Peut-être par ennui
Je sème sur la route
Mes feuilles et mes fruits
Pour ne pas oublier
La terre où je suis né.
Je ne suis pas de bois
J'ai de grands yeux partout
Je parle avec mes feuilles
Je dis des mots très doux
Mais seuls quelques enfants
Qui s'approchent de moi
Ecoutent mon silence
Et répondent à ma voix.
Ceux qui brisent mes branches
Et me lancent des pierres
Je pourrais les gifler
Les couvrir de poussière
Mais j'aime mieux partir
On ne leur apprend pas
Que les arbres ont une âme
Et qu'ils souffrent parfois.
Je suis un peuplier
Qui s'est mis à marcher
Je n'ai pu emporter
Qu'un peu de mes racines
Qu'un peu de bonne terre
Tout cela me chagrine
Mais pourtant qu'il fait bon
Repousser l'horizon.
Je traverse des prés
Des forêts enneigées
Avec sur mes épaules
Des oiseaux fatigués
Je voyage la nuit
Pour ne pas effrayer
Tous ces gens qui s'ennuient
Et ne partent jamais.
Moi, je m'arrêterai
A la fin d'un été
J'aurai le cœur tranquille
Sous l'écorce fanée
Ma sève coulera
De caillou en caillou
Je courberai ma cime
Et je mourrai debout
Et je mourrai debout
