Transferts d´amourDéparts, arrivées. Le trajet est rapide, les navettes fréquentes, les dessertes multiples. Quand on parle transferts, c´est forcément avec transport.
Henry, Trezeguet, Ibrahimovic, Gallas, Giuly, Makelele. Bienvenue dans une sphère où tout est possible, surtout l´inaccessible. A l´ère des mutations, il faut commencer par souffler. On célèbre le repos du guerrier, luisant de la sueur du dernier exercice. La période des transferts n´existe que pendant la trêve. On la suppose pacifique. L´océan est calme, avant la tempête. Elle n´en demeure pas moins symbole de vie. Printemps biannuel, nouveaux bourgeons, éternelle reconstruction. En silence, les premiers contacts, les premières tractations, puis quelques pistes alléchantes dévoilées dans la presse.
Une signature d´envergure lance la valse, à temps décalés. On remplace les joueurs partis sous d´autres cieux. On imite le voisin, on compare à vide. On intimide, on surenchérit. Déjà la frénésie, impavide. La danse à peine emballée, il est temps de compter les points. On a vraiment une belle équipe sur le papier. La recrue tant attendue marque en amical. La saison sera exceptionnelle, pour sûr. Les transferts sont une source d´espoir inestimable. Une forme d´addiction matérialisée par une attente en territoire abstrait. On rêve de grands noms, l´affaire capote, un nouveau petit prodige en vue efface la déception tuée dans l´oeuf. On vient voir tous les jours si la folle rumeur se vérifie. L´an prochain, si l´on remet tout à plat, on peut viser le titre, malgré la dernière saison calamiteuse.
Chez les «conditionnels» du ballon rond, transfert rime avec marché aux bestiaux. On achète l´inaliénable, de vulgaires mercenaires sans aucune fidélité et sans autre motivation que l´euro transfrontalier. L´enfant supporter n´en a cure, et attend son cadeau. Il a connu Jardel à Marseille, Kakà à Paris, il connaîtra Makaay à Lyon. Au milieu des désillusions, les surprises à multiples carats : Ronaldinho, Juninho, Drogba. Les futures coqueluches qui accoucheront dans des enceintes d´adoption restent tapies dans l´effervescence du grand flux mondial. Une envie de découverte, de nouveauté, de progression anime les passionnés. Besoin d´amour, besoin de transferts, le foot moderne développe l´imaginaire.