Je remets un peu les choses dans leur contexte...Nous vivions à Aix en Provence,et à l'époque,nous avions un haras de chevaux de sport.Beaucoup de travail,7 jours sur 7,au grand air,avec nos chevaux et nos chiens.Nous étionsheureux.L'envie de bébé se concrétise.J'arrête la pilule, en était persuadée que le temps que mon corps se remette à un rythme normal, on aurait le temps de voir venir.Je continue à vivre normalement,les journées se suivent,les concours hippiques s'enchaînent.Les risques du métier aussi.je fais une grosse chute avec un jeune cheval.Rien de dramatique, mais je me fais mal à l'épaule.Concours le dimanche.Lundi, j'ai toujours mal à la poitrine, aux seins. J'ai vraiment dû mal tomber.
Je dois aller au laboratoire d’analyse médicale pour faire une prise de sang pour les assurances.Mardi, j’ai toujours aussi mal aux seins.Le doute s’installe.Mais à quand remontent mes dernières règles?J’appelle le labo en leur demandant il était possible d’utiliser encore un échantillon pour un test de grossesse.14 heures,la laborantine me rappelle.C’est positif.My God,je suis enceinteDes amis sont en visite à la maison.Je garde le secret pour moi toute la journée.Que c’est long.J’écris une lettre au futur papa, comme si c’était le bébé qui s’adressait à lui.Une fois seuls,je lui amène le petit mot dans le box du cheval dont il s’occupaitet je m’en vais.Je le vois débouler deux minutes plus tard,les yeux pleins de larmes.Il s’agenouille et me demande en mariage.Gloups, beaucoup d’émotions en une journéeMa grossesse se déroule comme dans un rêve.Pas de nausées, je pète la forme, et les formes par la même occasion. Je prends un peu plus de 30 kg .La DPA est prévue pour le 24 janvier.Plus la date approche,plus je suis sereine. Je vais tous les jours me promener avec les chiens dans la pinède, je papouille les chevaux,tout va bien.J’accoucherai à la clinique catholique d’Aix à 2 minutes de la maison.En décembre, ma tension me fait une farce, et monte assez pour qu’une sage-femme vienne tous les 2 jours à la maison me contrôler.Nous parlons beaucoup.Elle me conseille de rester le plus longtemps possible à la maison le jour J,de laisser la majorité du travail se faire dans notre petit nid.
Le 8 janvier,je me réveille avec des douleurs de règlesje me lève,et vaque à mes occupations habituelles.Je donne mon cours de saut,personne ne se rend compte de rien.A une heure, la sage-femme vient,et je lui dis que je contracte toutes les 10 à 7 minutes.Elle m’examine.Le travail a commencé, se sont bien des contractions,le col est à 1 cm.C’est pour ce soir me dit-elle.L’après-midi se passe,je marche,je vais parler à mes chevaux, je prends une dernière photo de mon ventre.Mon homme passe me voir toutes les heures.J’aime cette solitude relative,il n’est jamais loin,mais pas tout prêt non plusOn commande des pizzas pour le dîner,j’ai tout sauf envie de cuisiner.Je gère,les contractions me rapprochent de mon bébé toutes les 5 minutes.Je me douche,l’eau me soulage.Plateau télé, puis on décide d’aller se coucher,je dois prendre des forces. Je somnole entre deux vagues,persuadée que le travail avance, je suis toute fière de moi.L’idée de la péri s’éloigne, je suis heureuse, je vais être maman.A deux heures du matin, dernière douche avant le départ pour la clinique. Les contractions s’enchaînent toutes les 2-3 minutes. Je suis curieuse de savoir comment le travail a avancé.Je ris dans la voiture,j’ai serré le frein à main lors de mes dernières courses,il a gelé, il fait moins 17L’homme ne dit rien, il rit jaune. Je le sens nerveux.Pas moi.
Arrivés à la clinique,on poirote 5 minutes devant l’entrée des urgences, personne ne vient nous ouvrir.Je suis pliée en deux. Enfin, on rentre,et une sage-femme m’examine. Au TV, je suis à 1 cm.QUOI ??Mais ce n’est pas possible, regardez encore… je contracte depuis ce matin.On me met en chambre et on installe un lit d’appoint pour l’homme.Qui dépasse des deux côté avec son petit mètre 97.J’arrive à somnoler, mais je dois me rendre aux WC fréquemment, j’ai des crampes d’estomac qui sont presque aussi douloureuses que mes contractions.
4 heures du matin,on déambule dans la clinque,on monte, on descend7heures,2 cm.La vache,dans les livres,ils disent 1 heure = 1 cm, c’est de la publicité mensongère. 8 heures, j’appelle ma mère.Je pleure,j’ai mal.Elle me rassure, je me calme.Les équipes de nuit laissent la place à la relève, je suis soulagée,la sage-femme ne me plaisait pas du tout.Nous sommes dans une maternité catholique, ma nouvelle sage-femme est une petite sœur.Midi, je suis à 3 cm.On me pose une perf d’ocytocine,pour accélérer un peu tout ça.14 heures, on me perce la poche des eaux. Jusqu’à présent, la respiration me permettait de gérer la douleur. A peu près.Mais là… je perds pieds, les contractions sont si violentes que j’en ai le souffle coupé,les larmes coulent toute seule. Je suis fatiguée,’ai peur de ne plus avoir de force pour pousser le moment venu.La sage-femme me demande si je veux une péri,que j’accepte avec plaisir.Attention,ça va piquer un peu…je fais le dos rond.Ah, c’est déjà fini,mais je n’ai rien senti.Et là, le bonheur, je sens toutes les contractions, mais sans la douleur. Je sens mon bébé faire son chemin dans mon ventre, je la sens bouger,je lui parle, je lui dis qu’on l’attend, que rien ne presse,qu’elle prenne son temps.Je suis sous monito, je vois à que point une contraction est violente, mais je n’ai presque pas mal. Je dis à l’homme d’aller manger un bout.Il ne veut pas me quitter,j’insiste.Il part à reculons.Je profite de mes derniers instants de femme, sachant que les heures qui suivront feront de moi une mère. Je m’endors par petites tranches.C’est fou cette sérénité, cette force que je sens en moi.BIP BIPle monito déconne.Il s’affole. Ouf, ce n’est pas moi, c’est la salle d’à côté. Un bug du système informatique envoie dans ma salle les monitos des 4 salles de la maternité.Ouaouh, t’as vu, chéri, celle de la 2, elle doit douiller.Oh, je vois qu’elle pousse… OUIN … son bébé est là. Ce petit intermède nous a fait bien rire, mais nous a également fait prendre conscience que bientôt, ce sera notre tour, nous allons être parent.La sage femme vient me voir. Oh, je vois des cheveux… Monsieur, venez voir. L’homme me regarde, ses yeux sont embués… « Elle est brune !!! » Sans blague !!La petite sœur me dit : On y va ??? Mais oui, j’ai une telle envie de pousser. Hop, les pieds dans les étriers. Oui oui, ça je sais faire. Je pousse une fois, je la sens descendre, ça brûle… deux fois, elle arrive, trois fois, arrêtez de pousser, la tête est sortie.Encore une fois, une épaule, la deuxième.Elle se recule et me dit : Maman, vient chercher ton bébé. Je l’attrape,la sort de mon ventre, et la pose à SA place, sur ma poitrine.Il est 17 heures 16. Elle est chaude, si belle, si calme,elle me raconte sa route. La sage femme coupe le cordon au bout de 5 minutes, l’homme n’a pas le temps, tout occupé à regarder sa fille. Nous pleurons. Pas elle. La sage femme me la laisse un long moment, puis me demande si elle peut vite me l’emprunter : 49 cm, 3,360 kg. Elle me la repose en peau à peau. Amalia est là, enfin. Elle rampe, enfoui son petit visage dans mon giron, et tête vigoureusement. Je remonte en chambre, on l’habille, nos parents arrivent fous de joie
Amalia a 6 ans aujourd’hui, et je pleure mettant par écrit ce que j’ai vécu lors du plus beau jour de ma vie. Décidément, il est temps que je recommence…
alors à votre avis?