Ca va, j'ai dormi de midi à 15h et là je bois de la RedBull. Et puis de toute façon, le sommeil ne m'est d'aucun secours, trop de cauchemars.
Tiens, je te présente l'introduction de mon devoir :
Sujet : Temps et Espace dans Le Miroir d’Andreï Tarkovski
Le Miroir relève, au-delà du style, d’un genre qui est celui de l’autoportrait. Avant de poursuivre plus avant, il convient donc de préciser dès à présent de quoi il retourne. L’autoportrait est un art reconnu pour être avant tout pictural et dont l’origine remonterait au XV ème siècle, pratiqué par des artistes peintres comme Albrecht Dürer ou plus tard Rembrandt. Cet exercice doit son essor à la diffusion d’un objet qui relevait jusque alors du luxe, le miroir, avec lequel le film de Tarkovski semble affirmer sa filiation de par son titre.
Il serait toutefois une erreur de limiter l’autoportrait au seul domaine de l’image et sa datation au XV ème siècle, car il est universellement reconnu que l’une des aspirations premières de l’Homme est de se chercher, de se reconnaître et de se représenter. Il est donc plus que probable que l’autoportrait remonte à peu près à la naissance de la question “que suis-je ?”. Quant à sa transposition dans des arts non picturaux, nous la retrouvons dans de nombreux ouvrages tels que les Essais de Montaigne, reconnus comme la première entreprise du genre en littérature française, ou encore, nous en parlions lors de notre précédente étude sur la place du son dans l’autoportrait au cinéma, la tout aussi célèbre Recherche du temps perdu de Proust.
À ce sujet, il convient tout de même de mettre en lumière une importante différence entre les deux procédés, tant sur le plan de l’enquête que sur celui de la représentation. Nous avons effleurée la question plus haut, l’autoportrait pictural tente d’apporter une réponse à “que suis-je ?” ou encore “comment est-ce que l’on me perçoit ?”, c’est un pur travail de représentation; Ce qui n’est pas le cas de l’autoportrait littéraire, lequel est davantage un travail d’introspection visant à répondre à la question de l’être alors que son pendant pictural se “contente” d’exposer le paraître.
De même, si l’apparence physique et le regard peuvent littéralement, si j’ose dire, s’appuyer sur un reflet matérialisé par un objet tel qu’un miroir, l’être n’a pas cette chance. Il faut donc qu’il y ait réflexion, justement, une réflexion mentale, une recherche sur la nature et la forme de cet être auquel on tente de donner une image, dans le sens “d’idée”. Comment donc ? Par l’intervention d’éléments extérieurs comme l’avis, qui est déjà le reflet imprimé d’une impression, de différentes personnes, l’observation des transformations que l’on impose à son environnement, reflets de notre sensibilité aux choses. Puis en ce tournant vers soi-même et vers ce qui est le siège de l’identité, la mémoire, car se définir c’est avant tout se souvenir.
Il faut également imposer dès à présent une seconde distinction d’importance, celle qui sépare l’autoportrait de sa cousine l’autobiographie. Apparentés, les deux genres différent par le fait que l’autobiographie est un récit rétrospectif relatant sur la durée l’existence de l’auteur telle qu’il la perçoit, ainsi des Confessions de Rousseau. L’autoportrait, lui, tient davantage de l'instantané et n’est donc pas un récit. L’autoportraitiste tente en effet de saisir sa nature profonde à un instant donné, quel que soit la durée de cet instant, celui durant lequel il se penche sur lui-même. Pour ramener le tout à une simple phrase, disons que l’autobiographie est le résumé d’une vie tandis que l’autoportrait est le condensé des fragments d’un être.
Ceci nous amène à constater que l’une des différences majeure est avant tout le temps. Cette notion de temps est, puisque tout être vivant y est soumis, prépondérante car c’est dans la durée que se construit et se détermine, ou non, un individu. L’autobiographe rassemble donc tout ce que la mémoire a emmagasiné et conservé de souvenirs de sa vie en une compilation alors que l’autoportraitiste s’évertue à fusionner différents états, ressentis et pensées en un seul objet qui serait le reflet de son être par-delà l’écoulement du temps, à la fois comme produit et comme prééminence de la vie qu’il a menée.
Paradoxalement c’est aussi la question du temps qui réunit les deux exercices car dans les deux cas le temps sert de repère, sinon de justification. Invoquons une nouvelle fois Rembrandt qui, avec plus d’une centaine d’autoportraits, peintures ou croquis, s’est représenté tout à long de sa vie, du jeune homme au vieillard. Son travail paraît être le point de rencontre de l’autobiographie et du l’autoportrait puisqu’il s’agit d’une succession d'instantanés qui, prise dans son ensemble, rende la notion d’écoulement du temps.
Il est une autre dimension à laquelle aucun Homme ne peut se soustraire, celle de l’espace. Et même si l’autoportraitiste se focalise sur quelque chose d’aussi immatériel que l’être et l’existence, il ne peut complètement faire abstraction de l’espace dans lequel s’est développé cet être. Nous pouvons également pousser le vice en disant que le temps est en lui-même un espace, en dehors duquel se tenaient les dieux de la mythologie grecque par exemple qui devaient le voir un peu à la façon d’un pellicule de cinéma.
Manquant certes un peu de finesse, cette dernière image nous ramène au film de Tarkovski sur lequel nous allons nous concentrer dès maintenant. Soulignons par ailleurs cette vérité qui constitue Le Miroir comme un film, une œuvre de cinéma, avant de le catégoriser comme autoportrait. Le cinéma, cet art qui réunit les arts, est bien plus que cela pour Tarkovski qui lui reconnaît une essence propre et la capacité à transcender chacun d’eux. Et c’est justement cette capacité que nous allons tenter de vérifier, car aucun art n’est, de l’avis de tous, complètement parvenu à saisir l’humain dans toutes ses dimensions. La question qui se pose est donc la suivante : Comment Le Miroir parvient-il, par la confrontation du temps et de l’espace, à surpasser ces deux valeurs pour atteindre à l’essence humaine ?
Nous allons nous essayer à une réponse en transposant l’éternelle question de la poule et de l’œuf dans une tentative de déterminer qui du temps ou de l’espace intervient le premier en consacrant à chacun une partie de notre devoir.