Mortician, c’est la plus pure incarnation de la bestialité humaine, quelque chose dont on sort incrédule ou mal à l’aise suivant ses prédispositions de départ. Mais Mortician, c’est aussi une fine équipe de cinéphiles, amoureux d’un genre dont Peter Jackson, Georges Romero et Tobe Hooper firent les plus belles heures. Ils basent donc toute leur carrière sur les zombies, ceux qui s’échappent de fûts de produits chimiques, et pourchassent des pouffs blondes dans les drugstores pour leur manger le cerveau. Ou sur des psychopathes qui poursuivent ces mêmes blondasses dans des usines désaffectées pour les disséquer au marteau piqueur. L’essentiel pour Mortician est que ça gicle, ça découpe, ça tronçonne, ça barbaque à tout va, et que la jeune personne en question termine sa courte carrière sous la forme d’un pavé de Canigou périmé. Nombreuses sont les introductions sonores vous permettant d’ailleurs de suivre le déroulement de ces palpitantes aventures. Ca commence généralement par une annonce policière, suivie de cris de femmes en détresse, et de bruits non identifiables qui ressemblent à "Uuurrrrk...slash slahh...Aaarrrghhh...mium mium...burp". Et c’est à ce moment là seulement qu’interviennent les musiciens. Remarquez, quand on met bout à bout tous ces délicieux intermèdes, on a écouté déjà un bon tiers de l’album. Finalement, c’est peut être mieux. Parce que la boîte à rythmes humaine et le guitariste qui sait faire 1/2 riff par seconde ou 15 mais rien entre les deux, c’est un peu dur à supporter pour tout qui n’a pas une âme d’ouvrier bétonneur. Mais c’est sans compter le plus grand phénomène (de foire) de Mortician : son chanteur.
D’habitude, dans le death, il y a moyen de saisir quelques bribes de "chant" en étant bien attentif et avec les textes en main. Non pas que déceler, au détour d’un riff éléphantesque, un "chop your vaginal skin with my bloody chainsaw" ensoleille ma journée en aucune sorte, mais cela permet de se convaincre qu’ils racontent vraiment quelque chose. Mais avec Mortician, on atteint en quelque sorte l’inaccessible étoile de la virilité, le fantasme silencieux de tous les chanteurs death d’hier et d’aujourd’hui, le cri de guerre du wookie en pleine ascension sociale mais un wookie qui aurait fumé ses deux cartouches quotidiennes de gitanes papier maïs pendant 40 ans. Quelque chose à mi-chemin entre une Trabant au démarrage et le gargouillis d’une sévère dysenterie tropicale. En fait, avant la découverte de ce groupe, jamais je n’aurais pensé qu’il soit possible de produire ce type de son avec un simple corps humain. Résultat des courses, même avec la meilleure volonté du monde, on est profondément incapable de déceler la moindre trace de phrasé humain dans ces grognements de primate en rut. En matière de musique extrême, je pense qu’on atteint ici le sommet.