Chapitre 1 : Exécution
- Oui, entrez ! répondit la reine après avoir entendu qu’on frappait à la porte de sa chambre.
Ce fut un homme de taille et de corpulence normales qui entra, précédé de celui qui semblait être son second, un homme plus petit et qui dégageait une sensation meurtrière.
- Oh, c’est vous, Kayn ! s’exclama la reine, regardant l’homme qui était entré le premier. Viens, prends place.
- Madame, je n’oserais pas…
- Allons, allons, ne sois pas stupide ! Tu sais très bien que je te considère comme étant mon plus fidèle serviteur.
Sans répliquer plus longtemps, les deux hommes s’assirent. Après un court silence pendant lequel la reine, avait changé de position sur son large canapé, elle se décida à parler.
- Alors, qu’as-tu à m’apprendre, aujourd’hui ? demanda-t-elle, un large sourire aux lèvres.
- Eh bien, Madame, je pense que c’est plutôt du devoir de mon bras droit, Slave de vous apprendre la nouvelle. Je ne suis pas assigné à ce genre d’affaires.
La reine jeta un œil surpris sur l’homme qui était assis à gauche de Kayn.
- Alors, Commandant Slave, qu’attendez-vous pour prendre la parole ! s’emporta la reine, qui semblait soudain beaucoup plus sévère que lorsqu’elle s’était adressée à Kayn.
Mais à peine ouvrit-il la bouche qu’elle se remit à parler de plus belle.
- Vous dirigez mes armées avec toujours autant d’incompétences ? Ou bien vous êtes-vous convertis ?
Slave se racla la gorge avant de parler.
- Madame, nous n’avons jamais perdu une seule bataille et…
- Certes, mais le nombre de blessés augmente de jour en jour. Je regrette vraiment le temps où le Capitaine Kayn avait le commandement, soupira-t-elle.
Slave eut pour réflexe d’empoigner son épée, mais Kayn l’arrêta aussitôt en lui attrapant fermement le bras.
- Ne joue pas à ça, imbécile ! chuchota-t-il.
Bien que cet avertissement ne calma pas Slave, celui-ci acquiesça d’un signe de tête.
- Bon, j’attends toujours les nouvelles du jour, lâcha la reine, qui commençait à se lasser.
- Nous avons capturé un individu mâle de Zankar.
Le visage de la reine rayonna pendant quelques secondes.
- Vraiment ? Et pour quelles raisons ?
- Il aurait tenté de s’enfuir durant la nuit dernière. En tout cas, c’est ce que confirment nos espions, souligna-t-il.
- Bien, bien, amenez-le moi ! s’exclama-t-elle, alors que son visage retrouvait peu à peu son ancien sourire.
Slave appuya sur son oreillette droite.
- Amenez-le.
Anark tournait en rond comme un lion en cage. Au centre du cercle qu’il ne cessait de parcourir étaient assis Taurone et Elixia.
- Bon, tu as fini, oui ? s’empressa de dire Elixia. Tu tournes comme ça depuis plus d’une demi-heure ! Qu’est-ce tu as, à la fin ? !
- Je réfléchis ! A votre avis, pour quelle raison les Grands ont-ils emmenés ce pauvre homme ?
- Oh, je vois, souffla Taurone. Tu t’inquiètes pour ce type. Il a dû se faire prendre en train de tenter de s’enfuir ! C’est d’ailleurs la principale raison que les Grands utilisent pour nous éliminer. Ah, je les hais ! Si j’en tiens un sous la main…
- Calme tes pulsions, ou sinon, c’est toi qui se fera prendre, la prochaine fois ! Et tu sais aussi bien que moi à quel sort sont résignés les prisonniers, l’avertit Elixia.
- Qu’ils essayent seulement de s’approcher de moi, et ils verront ! ... s’exclama-t-il, serrant ses poings comme s’il se préparait réellement à se battre.
Et alors qu’Anark entamait un nouveau tour de marche, la Grande Porte s’ouvrit. Un homme suivit de deux gardes entra. Sans poser un œil sur la foule qui le regardait, il sortit d’une de ses poches une petite lettre qu’il déroula.
- L’homme qui a été capturé sera exécuté à l’aube sur la place publique. Toute personne essayant de lui porter secours ou de l’aider subira le même sort. Ceci est une décision prise par la reine et ses conseillers.
Sans plus attendre, le messager, toujours accompagné des deux gardes, s’en alla par la Grande Porte qui se referma aussitôt.
Tout le monde resta abasourdi. Des femmes pleuraient, des hommes juraient contre les Grands, d’autres exprimaient de l’indifférence. Quelques uns semblaient même heureux d’apprendre la nouvelle.
- Les… Les salauds ! hurla Anark.
Ses deux amis ne disaient rien. Il regardaient un point fixe du vide et semblaient réfléchir. Soudain, Taurone empoigna son bâton qu’il tenait habituellement et se mit à marteler le sol violemment. Après une dizaine de coups, il releva la tête, rouge de colère.
- Ca ne se passera pas comme ça ! Chaque semaine, c’est la même chose ! Je vais leur botter le c…
- Arrête, Taurone ! cria Elixia.
Taurone tourna le visage vers elle, surpris.
Il ouvrit la bouche mais la referma aussitôt. Elle pleurait.
L’homme condamné avançait dans les couloirs humides du château de la reine. Les lourdes chaînes qui emprisonnaient ses mains et ses pieds l’empêchaient de tenter la fuite. De plus, les deux lances pointées sur son dos lui donnaient envie de rester calme.Les gardes le suivaient de très près, guettant n’importe quel faux mouvement de la part de l’homme. Ils marchèrent ainsi, tous les trois, sans que personne ne parla. Enfin, après dix minutes de chemin dans un long couloir sombre, ils aperçurent, au bout du tunnel, le scintillement d’une lumière. L’homme savait ce qui l’attendait. Il imaginait déjà la lame pointée sur sa gorge. Puis, après avoir exprimé son dernier souhait, la mort le prendrait. Il pensait que cette mort ne lui apporterait que du bonheur. Il songeait qu’il n’aurait plus à supporter cette vie de chien, cette angoisse, chaque jour, de mourir de faim. La peur de succomber à ses blessures pendant son sommeil. Mais d’un autre côté, son cœur était rempli de tristesse et de honte. Il n’avait pas cessé de penser à l’avenir de ses amis. Il les imaginait, eux aussi, morts exécutés. Il les imaginait pleurer chaque soir, priant le ciel que le lendemain sera meilleur. Mais rien de tout ça n’arrivera, et il le savait. Jamais la vie à Zankar n’allait changer. Des milliers de pauvres habitants avaient tenté leur chance, mais aucun ne réussit. Tous furent sacrifiés. Toutes ces pensées qui tournaient dans son crâne avaient fini par le faire pleurer. Il fondit en larme alors qu’il passa l’arche qui le menait vers la place publique. Il voyait déjà, de loin, ce bourreau, qui l’attendait, le long sabre à la main, toujours heureux de servir la reine. Des heures s’étaient écoulées depuis l’instant où on l’avait fait capturer. Il essayait de se souvenir de chacun des bons moments qu’il avait pu vivre, accompagné de ses amis, de sa famille. A chaque pas, il se rapprochait de la mort. Le public, composé de deux parties, les Zankariens et les Grands, était extrêmement bruyant. Et alors que d’un côté, on le soutenait, et que, de l’autre, on l’insultait, le pauvre homme monta la première marche de l’escalier menant à l’estrade, là où l’attendait le bourreau. Celui-ci portait un masque, ce qui était inhabituel chez un bourreau lors d’une exécution. Le condamné devait normalement avoir le privilège de regarder son meurtrier droit dans les yeux. Mais là, c’était impossible. Chacune des marches montées lui paraissaient une éternité. Enfin, il arriva devant le bourreau. Celui-ci le fixait sans vaciller du regard. Le condamné posa ses genoux à terre, se préparant au sacrifice. Il tremblait et sentait son sang couler intensivement dans ses veines. Les cris du public se firent plus grands. Le bourreau se plaça sur le côté et leva lentement son gigantesque sabre vers le ciel. Le condamné voulu lever une dernière fois les yeux afin de contempler les nuages une dernière fois.
Mais le soleil l’en empêchait.