Chapitre 49
Aurion et Krosia franchirent le ponton menant à l’intérieur du bateau. Là, Joki, précédé de son équipage, les attendait. Le bateau n’était ni grand, ni petit. Il était de taille normale, et cela suffisait largement pour un équipage de sept hommes, alors qu’il y avait dix cabines. La coque du navire était d’une propreté impressionnante. Mais il fallait aussi dire que Skiva y avait toute sa journée, à l’aide de son énorme brosse. Les hautes voiles, surmontées du tonneau de bois servant de mat, étaient elles aussi d’une grande blancheur. De toute évidence, ce capitaine aimait que son navire soit propre. Aurion jeta un rapide coup d’œil en haut du mat, et fut surpris de voir qu’il manquait quelque chose.
- Bienvenue sur le Small-Joki ! s’exclama le capitaine. Vous n’êtes pas trop fatigué ?
- On est encore sous le choc, mais ça pourrait être pire, répondit Aurion.
- Très bien, très bien ! Mais dites-moi, vous n’avez vraiment aucune idée de comment vous êtes arrivé ici ? Vous ne vous rappelez pas de ce qui s’est passé avant que vous ne soyez réveillé sur cette plage ?
Aurion fit mine de réfléchir.
- Non, je ne me souviens de rien, mentit-il.
- Et vous, qui êtes-vous ? questionna Krosia.
- Nous ? s’étonna le capitaine, Vous n’avez jamais entendu du célèbre marin Joki, et de son fabuleux équipage ?
- Non, répondit calmement Krosia.
- Euh, bon ! L’un de vous deux resteras ici, d’accord ? Pendant ce temps-là, moi, mon équipage, et un de vous deux irons en ville, acheter du nouvel équipement pour le bateau.
- Je reste ici, dit Krosia, se frottant les yeux de fatigue.
- Ok, alors toi, si tu n’es pas trop épuisé, tu viens avec nous !
- Pas de problème ! acquiesça Aurion.
- Bon, alors toi, euh… dit Joki, pointant du doigt Krosia.
- Je m’appelle Krosia… D’ailleurs, comment vous appelez-vous ?
- Ben moi, comme je vous l’ai déjà dit, c’est Joki.
Et pendant la minute qui suivit, il fit la description de son équipage, de chacun de ses membre, et de leur rôle respectif sur le Small-Joki.
- Bon, toi, Krosia, tu dormiras dans la cabine numéro 8. Elle est inoccupée. Ce soir, lorsque tout le monde ira se coucher, toi, Aurion, tu occuperas la numéro 9. Très bien, ne perdons pas de temps ! Allons-y !
Et pendant que Krosia découvrait sa nouvelle chambre, Aurion suivit Joki et son équipage jusqu’au village de Zarango.
- Mille pièces d’or les cinquante boulets de canons ? ! Vous vous moquez de moi, là, hein ? s’étonna Joki face à la proposition du marchand navale.
- Les prix ont monté, monsieur, tenta d’expliquer le vendeur. De plus, vous ne trouverez pas meilleurs perforateurs de coque dans toute la région ! dit-il avec un large sourire.
- Mouais, mais tous les vendeurs disent ça. Bon, négocions : je vous propose les cinquante boulets pour… 750 pièces d’or !
Le vendeur se gratta le menton comme signe de réflexion. Et alors, il agita positivement la tête.
- C’est d’accord ! Le commerce marche mal en ce moment. Les marins se font de plus en plus rare à Zarango ! J’accepte votre offre !
- Parfait ! s’exclama Joki. Tenez, voici l’or, lui répondit-il en lui tendant une bourse pleine d’or.
- Merci, et revenez quand vous voulez ! Vous serez toujours les bienvenues ! s’exclama le marchand en empoignant la bourse.
Joki, suivit de ses hommes et d’Aurion, se dirigèrent vers la sortie. Et soudain, Joki s’arrêta.
- Au fait, quand livrez-vous les boulets ? demanda-t-il.
- Hum, un homme devrait venir vous les livrer en fin de matinée, dans deux heures environ.
- Très bien ! Et, euh… Vous avez une carte géographique des environs ?
- Héhé ! On a tout, chez Ben le Marchand Marin !
- Super, et vous me la faites à combien ?
- Ca dépend du type de carte que vous prenez ! Il y a la carte du…
- La seule carte que je possède est celle du monde. Et elle n’est plus toute jeune ! Apparemment, d’autres îles ont été découvertes.
- Dois-je en conclure que vous me demandez une carte du monde ? demanda le vendeur toujours avec son large sourire.
- Parfaitement, je prendrai une carte mondiale et une des environs.
- Alors, ça vous fera… ( il se gratta la tête) vingt-cinq pièces d’or pour les deux cartes, m’sieur !
Joki fut ravi que le marchand possède tout ce qu’il désirait. Il n’hésita pas sur le prix qui paru légèrement cher à Aurion, et donna une poignée de pièces au vendeur. Le marchand se hâta de les prendre et lui donna deux cartes incroyablement illustrées, comme Joki n’en avait jamais vu, avec des couleurs, une légende, une échelle, etc. Il s’empara à son tour des deux parchemins et, suivit de ses hommes, il sortit.
A peine étaient-ils sortit de l’établissement que Joki se dépêcha de dérouler la carte des environs. Il la consulta quelques minutes et se retourna vers ses compagnons.
- Bon, il y a trois îles où il est susceptible d’y avoir quelque chose d’intéressant ! Une au nord-ouest, nommée Gargaji. Une à l’est, appelée Hokopoko. Et enfin, la dernière, au sud, Jaranko. D’après leur position et leur taille, il serait plus sage de commencer par Hokopoko. C’est la plus proche et la plus petite. Nous en aurons vite fait le tour ! Ensuite, nous essayerons Jaranko. Et enfin, Gargaji ! Vous avez tous bien compris ?
- Primo : Hokopoko ; Deuxio : Jaranko ; Et tertio : Gargaji ! Ok, j’pense qu’on a tous bien compris ! Plus qu’à expliquer ça à Krosia et on partira quand vous voulez ! s’exclama Aurion, ravi de partir pour la première fois à la chasse au trésor.
- C’est d’accord, retournons au bateau, Krosia doit nous attendre.
Une fois qu’Aurion eut expliqué à son ami ce qu’ils allaient faire, avec les marins, Krosia sembla lui aussi ravi.
- Super ! Je n’ai jamais navigué ! s’exclama-t-il, heureux.
Aurion le regarda bizarrement, comme surpris.
- Toi, tu n’as jamais navigué ? Eh ben, tu m’étonnes ! Moi qui croyais que tu avais parcouru le monde entier !
- Non, je n’ai quitté mon village pour devenir nomade il n’y a qu’un an ! Je n’ai même pas parcouru la moitié d’Albion !
Leur conversation fut interrompue par le bruit sourd de grosses roues qui avançaient sur le bois. La voix de Joki retentit.
- Ah, vous arrivé enfin ! Il est quatorze heure, et le marchand m’avait dit que vous arriveriez vers onze heure !
- Désolé, on a eu une grosse commande par un autre groupe de marins, s’excusa le livreur de boulets de canon.
- Bah, c’est pas grave ! Du moment que tout est là ! Vous avez bien livré cinquante boulets, hein ? s’inquiéta Joki, alors qu’il soulevait la couverture camouflant une grosse caisse qui lui paraissait petite pour transporter cinquante boulets de canon.
- Oui, oui ! Ne vous inquiétez pas, j’ai compté boulet par boulet ! Ils sont tous là, les cinquante !
- Parfait ! Maintenant laisse-nous, on a autre chose à faire que de te parler !
- Et le pourboire pour le transport ? s’étonna l’homme.
- Ah oui, c’est vrai… marmonna Joki, à la fois déçu et énervé de perdre inutilement cinq pièces d’or.
L’homme le remercia avec un aussi large sourire que son employeur et s’en alla.
- Ah, ces livreurs… râla Joki, rangeant sa bourse dans sa poche de manteau.
Et soudain, un cri retentit, provenant de la cuisine. Les marins se précipitèrent dans la cabine et trouvèrent Bogomo énervé.
- Plus de bière ! Il n’y a plus de bière ! ! ! Passez-moi de l’or, je cours en acheter en ville ! aboya-t-il comme il avait l’habitude de le faire.
Joki, sans répondre, de peur de l’énerver encore plus, lui donna dix pièces. Bogomo ne le remercia pas et se précipita vers le petit tas de maisons au loin.
Alors vint le crépuscule, en même temps que revint Bogomo, surchargé de tonneaux de bières. Contrairement à l’instant où il était partit acheter des bières, là, il était ravi. Tout le monde le regarda, les yeux écarquillés.
- Tu as pu acheter tout ça avec seulement dix pièces d’or ? s’étonna Joki, comptant du doigt le nombre de tonneaux.
- Ben, faut dire que j’ai eu un p’tit arrangement avec le marchand, répondit-il en lui redonnant ses dix pièces.
- Et il te les a filé gratuitement ? demanda Joki, reprenant son argent.
- Oui, j’te l’ai dit, j’ai eu un léger arrangement qui s’est révélé très utile, si tu vois ce que je veux dire, dit-il en se frottant le poing droit.
Et alors, tous le monde éclata de rire, voyant la rougeur du poing de Bogomo.
Ils se levèrent, remarquant qu’ils avaient tous très faim. Bogomo, tout en buvant ses bières, prépara un fabuleux repas, comme chaque jour d’ailleurs.
Et tout en mangeant, Joki planifia leur futur aventure sur l’île de Hokopoko.
Et, le plan en tête, tout le monde alla se coucher.