Chapitre 46
La silhouette de Garland filait à une vitesse folle. Les deux garçons avaient du mal à le distinguer et hésitaient donc à attaquer. Cela faisait déjà plus d´un quart d´heure que le combat durait, et toujours aucune blesure, pas même un coup touché. Krosia se demandait pourquoi Garland ne les attaquait pas. Peut-être que sa propre vitesse l´en empêchait ? Ou bien, peut-être avait-il une idée derrière la tête ? Mais Krosia fut incapable de deviner quoi que ce soit. Il se contentait, tout comme son ami, d´éviter les coups imaginaires de Garland. Et d´un côté, il avait peur. Plus peur encore qu´avec Killa. Peut-être était-ce parce qu´il ne connaissait toujours pas la force de Garland. Car celui-ci ne faisait que courir et sauter, et agiter sa longue lame dans les airs.
Soudain, Garland s´immobilisa. Dans la nuit noire, seulement éclairé par le sort d´Aurion, les yeux de Garland étaient maintenant rouges. Une étrange aura noire l´entoura. Comme si son corps était sous l´emprise d´un démon. Mais peut-être n´était-ce que la véritable apparence de Garland qui commençait à prendre forme. Il resta immobile, les yeux fixant le vide. Il tenait son épée à l´aide de ses deux mains, pointée vers l´avant, comme pour empaler le premier venu. Mais les deux garçons ne bougèrent pas. Bien que cette pause n´avait pas l´air dangereuse, elle paraissait tout de même, aux yeux des enfants, être une défense impénétrable. Ainsi, ils ne bougèrent pas, attendant que le premier assaut de Garland surgisse.
Et enfin, il leva sa lame. Puis s´approcha d´Aurion.
Les deux hommes fonçaient en direction de Kovo, transportés par deux chevaux blancs.
- Quelle chance d´avoir rencontré ces deux marchands ! Sans eux, nous serions certainement morts à l´heure qu´il est ! disait Hargorn.
- Oui ! Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines ! Je jurerai qu´une dizaine de soldats impériaux nous recherchent ! criait Askar, se prenant le vent dans la figure.
Et non loin de là, deux marchands baillonés étaient allongés sur l´herbe, cachés derrière un épais buisson.
Les deux chevaux blancs arrivèrent enfin à Kovo, transportant leurs deux cavaliers. Ils libérèrent leurs destriers et entrèrent dans le village. Etrangement, celui-ci était " calme". Pas d´enfants jouant dehors, pas de commerçants criant de venir acheter leurs marchandises. Rien. Le silence total. Même les gardes étaient absents.
- Ohé ! Il y a quelqu´un ? cria Askar.
Personne ne répondit.
Puis, après quelques secondes, toutes les portes du village s´ouvrirent, les lumières s´allumèrent, et tous les habitants se ruèrent vers les nouveaux arrivants. Ils paraissaient tous heureux.
- Oh ! Vous êtes de retour ! Nous étions en deuil ! Depuis déjà plusieurs jours, nous ne dormons pas ! On se demandait ce qu´ils vous faisaient, ces salauds de soldats de la reine ! cria le chef du village, ravi.
- Hahaha ! Nous aussi, nous sommes heureux d´être rentré ! Mais, il faudra faire gaffe, à partir de maintenant ! Ils nous recherchent certainement ! expliqua Hargorn.
- Oui, ne vous en faites pas ! Jamais, oh non plus jamais, ils ne rentreront dans notre village !
- Hahaha ! Que la fête commence ! Veillons jusqu´au matin, pour célébrer la venue de nos héros ! cria un habitant.
Puis, rapidement, toutes les lumières, toutes les décorations, furent mise en place. Et comme promis, on veilla jusqu´au levé du soleil.
- Il est trop dangereux. Notre petit protégé mourra si on ne fait rien. Envoyez Ildrahem. Ordonnez-lui de tuer ce Garland. Ordonnez-lui de protéger Aurion à tout prix.
-Bien, maître Caym.
- N´approche pas ! ordonna Aurion.
Garland ne répondit pas et continua d´avancer, l´épée à la main. Ses yeux étaient plus rouges que jamais. Enfin, il arriva face à Aurion. Mais celui-ci ne pouvait pas bouger, paralysé par la peur de mourir.
- Meurs !
L´épée de Garland fendit l´air, se rapprochant dangereusement du visage d´Aurion.
Soudain, une pluie terrifiante de sang eclaboussa le visage d´Aurion. L´épée de Garland retomba lourdement sur le sol, ainsi que ce qui restait de son corps. Aurion leva la tête, afin de regarder son sauveur.
-Salutations. Je me présente : Ildrahem, Cinquième Templier de l´Ordre de Caym.