Chapitre 28
Les deux enfants étaient effrayés par ce spectacle horrible qui s’offrait devant eux, au beau milieu de la chambre n°13. Mais ce qui attirait plus le regard des garçons, ce n’était pas le corps de la jeune femme, non, mais plutôt l’image d’une faucheuse peinte en sang.
« Aah… aaaah ! » souffla Krosia.
« Qu… qu’est-ce que c’est ? ! » chuchota Aurion.
« Je sais pas, aaaah merde ! C’est dégueulasse ! Qui a pu faire une chose pareille ! »
« Tu n’as aucune idée ? ! »
« Ben, tout ce que je connais, c’est ce signe : cette faucheuse. C’est le symbole des Tueurs. »
« Les Tueurs ? » bafouilla Aurion.
« Oui. Personne ne sait combien ils sont en tout. Peut-être une dizaine. Ce qu’ils font, ils tuent tout ceux qui se placent sur leur chemin. On dit d’eux qu’ils sont les plus grands tueurs du monde. »
« Aaah, mais pourquoi ils font ça ? Ils sont cons ou quoi ? Tuer ceux qui se placent sur leur chemin ! Aaah, si j’le tiens, celui qui a fait ça, je … je le défoncerai ! »
« Impossible. En tout cas, pour l’instant. On n’est pas assez forts ! »
« Tu rigoles ? On a reçu l’entraînement de maître Kao ! »
« Ouais, mais seulement pendant un an ! Ok, maintenant, on est assez balèze, mais on ne vaut rien face à eux ! J’te l’ai dit : ils sont les plus grands tueurs du monde ! On ne peut pas les affronter avec notre niveau ! »
« Ok, mais qu’est-ce qu’on fait, nous, maintenant ? ! On prévient l’aubergiste ? »
« T’es fou ! On ne va pas se faire emprisonner alors qu’on a rien fait ! »
« Ben, justement, si on dit qu’on a rien fait, ils ne nous arrêteront pas ! »
« T’es vraiment bête, toi ! Réfléchis deux secondes : tu es un garde. Tu entres dans cette chambre et tu vois deux gosses devant le corps déchiqueté d’une jeune femme ! »
« Ah, ouais. Mais alors, on fait quoi ? On va pas rester planter là ! C’est trop risqué ! »
« Hm, je crois qu’on va opter pour ton idée : dormir sur les bancs. »
« Ouais, mais y a un problème : on a payé notre chambre ! »
« Bah, pas grave, il nous reste 170 po ! »
Silencieusement, ils passèrent par la fenêtre puis sautèrent dans la rue. Dehors, il faisait nuit noire. Personne, pas même un chat. Ce qui donnait l’impression que cette ville n’était pas abandonnée, c’était les quelques lampadaires qui éclairaient les rues étroites de Kovo. Les deux garçons cherchèrent alors un endroit tranquille où ils pourraient enfin se reposer, bien qu’ils n’avaient pas vraiment d’autre choix que les bancs : dans ce quartier, il n’y avait qu’une seule auberge. Et celle-ci ne risquait plus d’être beaucoup fréquentée, vu ce qui venait de s’y passer.
Enfin, ils trouvèrent un petit parc. Ils y entrèrent, bien que ce fut interdit la nuit, puis s’assirent sur les bancs. Alors qu’ils se couchaient, un ronflement vint les perturber. Ils se tournèrent vers celui-ci. C’était un mendiant qui dormait tranquillement sur son banc. En entendant les deux garçons, le mendiant se réveilla. Il bâilla.
« Hoow ! Hum, salut les gosses ! Qu’est-ce qui vous amène ici ? Vous devriez être chez vos parents en train de dormir. C’est dangereux ici, la nuit. Faites gaffe, quand même ! »
Sur ces paroles, il se rendormit. Et les ronflements continuèrent.
« Pour qui il se prend, lui, pour nous donner des conseils ! Je suis sûr qu’on s’en sort mieux que lui en combat ! Raah, et ses ronflements sont chiants ! » râla Aurion.
Et, à leur tour, les deux « gosses » s’endormirent.
[…]
« Ouais, vas-y, tue-le ! OUAIS ! !! »
Les deux garçons se réveillèrent en sursaut.
« Aaah, qui veut nous tuer ? ! » cria Aurion.
Le mendiant dormait toujours.
Aurion et Krosia tournèrent la tête vers les cris : à cinquante mètres d’eux, dans ce parc, il y avait une petite arène de 5 mètres de diamètre. Les spectateurs hurlaient aux combattants de s’entretuer, pendant que ceux-ci faisaient tout leur possible pour offrir le meilleur spectacle.
Curieux, les deux enfants allèrent voir.
« Hé, salut les gars ! » dit joyeusement un homme coiffé d’une crête rouge. « C’est quoi vot’ problème ? Vous voulez regarder ou combattre ? »
« Heu, salut, c’est gratuit de regarder ? Et pour combattre, qu’est-ce qu’on gagne ? » demanda Krosia.
« Pour regarder, oui, c’est gratuit. Mais pour combattre, tu payes 5 po pour l’inscription d’un combat, et si tu gagnes, tu peux empocher jusqu’à 150 po ! »
« Whoaw, on peut jouer ? »
« Jouer ? Hahaha, petit, ne prends pas ça pour un vulgaire jeu ! Nous sommes le Gang des Poings de Fer, ceux qui n’ont pas peur de se battre pour gagner leur vie ! Ouais ! Allez, tentez votre chance ! »
Discrètement, Krosia chuchota à l’oreille d’Aurion.
« Qu’est-ce que tu en penses ? On pourrait se servir des techniques de maître Kao ! Et ça nous fera un peu d’argent ! »
« Ouais, ils ne vont pas être déçu de nous ! » s’exclama Aurion avec un léger sourire.
Krosia se retourna vers l’homme à la crête rouge.
« Heu, bon, c’est d’accord on veut bien combattre ! »
« Super ! Le match va bientôt se finir, allez, donnez moi 10 po pour vos deux inscriptions ! »
Sans poser plus de questions, Krosia donna l’or.
« Merci, p’tit gars ! Va dans l’arène ! »
Heureux de pouvoir se faire un peu d’argent, Krosia couru vers le cercle de terre qui servait d’arène.
L’homme à la crête rouge parla.
« Bien, nous avons un combattant ! Qui veut l’affronter ? »
Voyant le jeune garçon, tout le monde se précipita sur l’homme à la crête rouge afin de lui donner 5 po.
« Holà, holà, du calme ! Toi, tu as payé le premier ! Vas-y, monte ! »
Un homme énorme, barbu, avec une grosse voix grave, grimpa dans l’arène.
« Bon, je vais expliquer les règles du combat pour les p’tits nouveaux : il suffit de faire sortir votre adversaire de l’arène, par n’importe quel moyen ! Attention, pas le droit aux armes, ni à la magie ! ... C’est partit ! »
Sans hésiter une seule seconde, Krosia bondit sur l’énorme homme lent et le frappa au visage, puis au ventre de toutes ses forces. Son adversaire fut projeté, mais qu’à un mètre seulement.
« T’as de la force pour ton jeune âge, morveux ! Mais je vais te faire regretter de t’être mesuré à un membre des Poings de Fer ! »
Sur ce, l’énorme adversaire de Krosia braqua son lourd poing droit, prit son élan et frappa. Malgré son poids imposant, il fallait avouer que son coup était rapide. Mais pas assez pour toucher un enfant comme Krosia. Celui-ci glissa sous les jambes de son ennemi, se releva, sauta, puis donna un violent coup de pied dans son dos. Cette fois-ci, le gros homme à 3 mètres : il était tout près du bord de l’arène ! Krosia décida d’en finir, pressé d’empocher l’argent. Il couru et, profitant que l’homme était encore à terre, utilisa un violent coup de pied à la façon « maître Kao ». L’homme fut projeté hors de l’arène.
« Whooaaw ! Quelle puissance venant d’un si jeune garçon ! Bien joué petit ! Tiens, voici ta récompense : 40 po ! »
« Quoi ? ! Seulement ? ! »
« Heu, oui, mais il faut dire que tu t’es battu contre le moins fort des membres du Gang ! Allez, quitte l’arène ! »
Krosia prit les pièces d’or, et laissa sa place.
« Alors qui veut combattre ? »
« MOI ! » cria Aurion.
« Hein ? Encore un jeune ! Ok, monte petit ! Qui veut l’affronter ? »
Cette fois-ci, les membres mirent plus de temps à s’inscrire pour le combat.
Mais un homme s’avança. Non, ce n’était pas un homme. C’était un garçon de l’âge d’Aurion, mais beaucoup plus imposant.
« Quoi ? Lui ? ! » s’exclama Aurion.
« Eh oui, c’est moi Aurion. Tu te rappelles de moi ? »
« Evidemment ! Comme j’pourrais oublier un crétin comme toi ! »
Krosia aussi venait de le reconnaître : ce jeune garçon était celui qu’il avait menacé de tuer au village d’Aurion. Maintenant, il s’en rappelait. Et Aurion aussi. Surtout Aurion.
< « Alors ? Toujours pas de papa ? Hahaha, venez les gars, on s’en va ! »… Cette fois-ci, c’est moi, et non Krosia, qui vais te tuer ! ...>
Fin du Chp.28
Suite au Chp.29…