Chapitre 11
[Légendes de Vvardenfell.
C´est un homme proche des Exaltés qui les raconte. On ne peut pas certifier que même le quart de celles-ci trouvent écho dans une moindre partie de la réalité. Notre homme n´est pas pris au sérieux, dans le sens qu´on peut être sur que le jour où il dit avoir vu l´un de ses fameux monstres, il avait du boire la réserve d´alcool pour un mois de la Porte des Ames. Il se dit volontiers le plus grand des aventuriers, mais on le dit plutôt aussi courageux qu´un guar, et pratiquement incapable d´affronter les rats qui hantent sa maison. C´est pour cette principale raison qu´il vit le plus clair de son temps auprès des Exaltés de la Porte des Ames : il n´a jamais apprécié la compagnie des rongeurs. Pour sur, n´importe quel autre étranger aurait été jeté abruptement dehors. Ce n´est pas leur genre d´offrir l´hospitalité au premier mendiant alcoolique venu.
Mais notre homme a su séduire son entourage par des contes auxquels il croit lui-même dur comme fer. C´est d´ailleurs ce qui leur vaut d´être si passionnants : il a dans le regard quelque chose qui trahit parfois une terreur immense. Le conteur est si impliqué dans son histoire que ça se ressent dans son auditoire.
Ajoutez à ça un talent fou pour reproduire des sons de tous genres, craquements de planche, cris de douleur, couinements de rats.
Tout cela fait oublier un ton de voix violemment imbibé d´alcool.
- Vous ne…*boit*… devinerez jaaa*hic*aaamais ce que j´ai vu alors que j´allais chercher un plante pour tuer mes rats !! *boit* J´vous jure il était immense : c´était ni plus ni moins qu´un netch entièrement rose. Croyez-moi bien, il dansait autour de moi, tout en m´balan *hic* çant ses immenses tentacules violettes ! J´ai combattu héroïquement ce monstre, pensez bien que je vous ai libéré d´un grand mal !
La salle rit, c´est pas tous les jours qu´on peut rire posté à la Porte des Ames. Quelques plaisanteries, alors qu´il se défend et assure à l´assemblée que ce netch existe.
- J´vous aurais bien ramené un peu de sa peau rose *boit* mais quand je l´ai touché, il a explosé en miettes, et il a disparu.
Certains soirs, ses contes se rapprochent plus de racontars d´un homme légèrement démonté, mais il y´en a d´autres où il est presque sobres, et là ses histoires sont plus longues et bien plus intéressantes.
C´est un homme à la vie plutôt simple. Il passe son temps à parler, pendant qu´on lui sert des verres. Certains l´ont vu parfois prendre les routes, ce qui suggère qu´il vit probablement ces expériences dans son imaginaire noyé sous une tempête d´alcool.
Nul doute qu´il remontait à lui seul le moral des troupes. Sobre, il serait probablement un homme extraordinaire, mais l´alcool l´a piégé, il ne peut en sortir et est contraint par ses hallucinations à vivre dans la terreur de la moindre ombre. Des petits détails qu´il croit voir bouger du coin de l´œil. Ce n´est pas un des Exaltés qui irait visiter sa maison pour lui montrer qu´elle est tout à fait vide de rats. Petit, il avait du être traumatisé par quelque grande araignée.
Il voit des choses affolantes quand il ferme les yeux. Et moins il dort plus il délire.
Puis un jour, tout changea en lui. Il racontait souvent le dernier souvenir qui l´avait marqué, et ses récits n´étaient plus ponctués de levés de coudes. Il était libéré de l´alcool, mais on ne le voyait plus en soirée. Il se disait épuisé et rentrait dormir.
Voici ce qu´il racontait à qui voulait l´entendre :
- J´ai toujours rêvé de faire le tour des remparts intangibles. Aussi un jour je me lance à l´aventure. Mais ça a tourné court quand j´suis arrivé dans un des nombreux valons qui descendent du Mont Ecarlate.
Je venais de trébucher sur un caillou, et en me relevant j´aperçu un nuage de poussière, et une vingtaine d´espèces de gros chiens de Nix tout bruns et poilus, qui se déplaçaient à deux pattes, en rang, et à une vitesse affolante. Je n´avais encore jamais vu quelques chose d´aussi terrifiant. Il y avait quelque chose dans leurs yeux qui disait : "je peux te tuer dans le moindre mouvement involontaire d´une de mes griffes" qu´ils avaient très longues d´ailleurs. Je courais, mais j´avais la désagréable impression de faire du sur-place, alors même que j´étais muni des ailes que me donnaient une peur panique de ces bêtes. Mais elles se rapprochaient beaucoup plus vite. J´eus à peine le temps de réaliser leur proximité qu´elles me passèrent autour, en m´évitant soigneusement. Fatigué par ma course, je les regardais s´éloigner, toujours à la même allure.
Croyez bien que je ne comprenais rien. Je suis tombé au sol partagé entre l´étonnement et le bonheur d´être encore vivant. Dans le ciel, des nuages se déplaçaient lentement. J´eus soudain l´impression de ne plus pouvoir bouger, comme pétrifier. J´ai alors senti une bouffée de chaleur accompagnée de vagues de démangeaisons violentes. C´est seulement à ce moment là que je remarquais que mon dos, mes côtes, mes bras et mon cou étaient parcourus de multitudes de lacérations, que des cendres au sol étaient venues boucher. Des petites blessures toutes boursouflées dont les bords étaient légèrement teintés de bleu, et d´où tombait une fine pluie de cendres, une fois que je me fus relevé.
Juste après une douleur écrasante assailli mon cerveau. Les irritations se faisaient de plus en plus fortes, je suffoquais. Quand je fermais les yeux je voyais deux parties sombres séparées par une déchirure lumineuse. J´avais vu ma défunte grand-mère faire de la purée de pommes, et bien je m´étais jamais douté que l´on puisse marteler de la même manière mon cerveau.
J´avais la tête entre les mains, et je hurlais comme un fou en bondissant dans tous les sens. Une tempête se levait en même temps dans ma tête que sur ces terres, Je me suis moi-même griffé la peau à m´en arracher quelques lambeaux dans le cou et dans le dos. Je ne comprenais rien. Je regardais mes avants-bras, et fut terrorisé de voir précisément mes veines ouvertes, répandre du sang sur une pellicule de cendres. Je ne comprenais rien ! J´étais pratiquement incapable de réfléchir, je me détruisais, tout en apercevant des poils me pousser. Ma tête tournait plus rapidement que jamais, je fis deux pas en titubant, puis, sous la douleur, je m´évanouis.
Je fis alors deux rêves étranges.
Dans le premier, je fus plongé dans une sorte de fissure emplie de rats, dans lesquels je me noyais.
Dans le second, je m´approchais d´une mine d´œufs, saccageais la première personne à l´intérieur. Je me sentais plus puissant et rapide que jamais. J´étais arrivé en courant sur ce garde, qui n´eut pas le temps de fuir avant que je ne lui tranche les jambes. Il hurlait, tandis que je lui ouvrais l´abdomen pour me servir de tout ce que je pouvais y trouver. [Tandis qu´il mimait par quelques gestes, il reproduisait les cris du garde.] J´ai croqué un estomac : c´est gluant, mais dans mon rêve, c´était plutôt bon. Il arrêta de crier quand j´attrapai son cœur dégoulinant. Vous ne devinerez jamais à quel point cet organe est solide. [son auditoire l´écoutait, habitué à ses divagations. Ils étaient dégoûtés, mais croyaient qu´il cherchait là à leur faire peur.]
Le lendemain je me suis réveillé dans mon vomi , sur les flancs d´une montagne.
Depuis lors je fais tous les soirs des rêves atroces, qui agitent tellement mon sommeil que je me sens plus capable de passer ma soirée avec vous. Je suis épuisé.
D´ailleurs je vous souhaites la bonne nuit, et je rentre.
- L´assemblée incrédule [le récit semblait plus vrai qu´à l´accoutumée] le regarda partir. Dès que la porte se ferma, ils discutèrent de cet hommes qui était devenu bien étrange.
On se promit d´aller lui rendre visite dans sa maison*
- On apporta quelques jours après le cadavre d´un garde ouvert au ventre, à qui il manquait le cœur et l´estomac.*
- Quand les Exaltés défoncèrent la porte de la maison de leur ancien conteur, ils ne le trouvèrent pas. Un frisson parcourut certains d´entre eux, sachant cet homme capable de tuer l´un d´entre eux, puis de le dévorer.*]