Pouf me voilà furieusement motivé pour vous conter une histoire.
- prend un fauteuil est s´assied dos au feu pendant que l´assistance prend place sur des coussins disposés au sol*
C´est une histoire dont mon grand-père est le héro. Un jour alors que nous sortions du village pour aller chasser l´ours dans une forêt, nous rencontrâmes des enfants abandonnés, laissés pour morts dans la neige, pas loin du lac. Révolté, mon grand-père décida d´entreprendre une fastidieuse recherche du coupable. Cependant, n´étant pas doté d´un réel talent d´enquêteur, il ne savait comment s´y prendre pour faire que le coupable se démasque. Il ne pouvait faire appel qu´à son plus grand talent. Voici donc comment, d´une bien étrange manière, mon grand-père découvrit l´identité de cet homme .
Il alla à la taverne, située un peu à l´extrémité du village, et raconta chaque jour un nouveau conte. Chaque histoire emmenait les quelques habitués du bar dans un monde empli de créatures féériques, d´hommes volants, et de héros au coeur pur.
Tenez, il y eut, par exemple cette histoire :
" C´était un vieux forgeron dont la réputation était d´avoir un coeur aussi dur que l´enclume sur laquelle il frappait tout au long de chaque journée. Il forgeait de somptueuses pièces, pour quelque roi de terres lointaines. C´était un excellent artisan, recommandé dans tout le continent. Seulement, il était sombre de coeur et d´esprit.
Appâté par le gain, ou la pauvreté affamante, quelques jeunes hommes se risquait à entreprendre un apprentissage chez cet homme expert en son métier. Jamais aucun de ceux-ci ne parvint à bout, et généralement, revenaient à leur foyer couverts de blessures.
Il y avait dans le même village un garçon dont la famille vivait misérablement de vol et de mendiance. Un jour que ce jeune homme eut bien réfléchi, il s´avança vers sa mère et lui dit qu´il voulait aller travailler chez le forgeron. Terrifiée à l´idée de perdre son fils traversant son esprit, la mère le laissa toutefois sortir, n´ayant pas la force de le retenir.
Arrivé à la forge à la nuit tombante, le garçon observa le travail de cet homme affairé à ranger son enclume à l´intérieur. Lorsqu´il n´y eut plus personne dans la rue, l´homme sortit de sa maison, et se dirigea vers l´extérieur de la bourgade. Au bord d´un ruisseau, le garçon eut l´occasion d´assister à un bien étrange rituel : l´homme s´arracha la peau, qu´elle cacha dans une souche creuse, et laissa paraître sa véritable identité. C´était en vérité une loutre. Vorace et méchante, elle se jeta à l´eau pour un bain de nuit. Paralysé par la peur, le gamin ne réussi pas à fuir. C´est alors qu´arriva la reine des serpents. Une femme dont la simple évocation du nom suffit à faire dresser les cheveux sur la tête de n´importe quel villageois.
-Tu as un nouvel apprenti à me donner ? lui dit-elle.
-Oui, c´est encore un petit enfant, mais je crois qu´il est plus fort qu´il n´y parrait. Je le testerai, et je te le donnerai s´il te mérite.
Quand il parlait, le forgeron donnait l´impression de tousser constammant. A un point ou il devenait difficile de le comprendre.
Le lendemain, l´enfant se présenta au forgeron.
-Si tu veux être mon apprenti, tu dois me prouver ta force, ton adresse et ton intelligence, mugit-il.
Il leva son bras, plus épais que la taille de l´enfant, et désigna une grande cage.
-Tu te battra contre cette créature.
C´était un chien au poil hirsute, la rage aux dents et une lumière rouge ocre dans les yeux, qui faisait un tapage effroyable en se débattant pour retrouver la liberté.
Relevant le défis au péril de sa vie, l´enfant entra dans la cage. Les barreaux étaient vieux, néanmoins suffisament résistants pour repousser les assauts répétés du monstre. De l´intérieur, la cage semblait étonnament grande. Après un court instant d´observation, le chien se rua sur ce qui allait être son repas du jour. L´enfant, plus malin que fort, évita l´assaut d´un bon de côté, et coura vers coin opposé. De là, il attendit que le chien se jette sur lui, et au dernier moment sauta et s´aggripa au plafond. Le chien alla s´encastrer dans les barreaux. L´enfant était engagé.
Remplissant son travail du mieux qu´il pouvait, le forgeron voyait ce nouvel élève comme un outil de travail.
-Petit, tu va aller me chercher de l´eau au bord de la rivière, dit-il un jour.
Sachant pertinemment que le forgeron l´envoyait vers la reine des serpents, il ne pouvait pas échapper à ce travail.
Au bord de la rivière, il rencontra cette reine des serpents qui lui proposa un jeu sordide :
-Enfant sache que j´ai le pouvoir de te tuer assez vite pour que tu ne te rende même pas compte que tu a été touché. Mais je choisi de t´épargner. Réponds juste à cette énigme, et je te libère, par contre si tu échoues, je t´emmènerai à mon château, et tu sera mien.
Tu as un sceau de trois litres, et un autre de cinq litres. Tu dois arriver à quatre litres. Comment t´y prends-tu ?
Le jeune homme réfléchi longuement, et su donner la bonne réponse à l´énigme de la reine des serpents. Furieuse d´avoir perdu, celle-ci se jeta sur l´enfant et l´emmena à son château. Il était enfermé dans le plus haut donjon du château et devait accepter l´union avec la reine des serpents. Chaque jours elle venait tenter de le convaincre, lui proposait les pleins pouvoirs sur son royaume, mais chaque jours il refusait.
Il avait bien sur tenté de s´évader du donjon en l´escaladant. Mais il était gardé par deux aigles qui le ramenaient à chaque fois dans sa prison. Seul, il se mit à réfléchir. Et c´est quand il remarqua les plumes laissée par les aigles que l´idée lui vint de se faire des ailes et de s´envoler loin de là. Il collectionnait donc les plumes de ses geoliers.
Lorsqu´il en eut assez, il construisit une armature pour ses ailes, y colla les plumes, et s´envola. Il atterri de nuit au bord de la rivière et vola la peau diurne de son maître. Celui-ci trépigna, piaffa, mais rien n´y fut, il ne pourra plus jamais revenir chez les humains.
On dit qu´aujourd´hui ce gamin est grand, qu´il est forgeron, et que sa famille coule des jours heureux..."
Mon grand-père avait la capacité de tenir son public en haleine, et la manière dont il racontait ses histoires hypnotisait chaque personne présente.
Chaque soir, il racontait une histoire tout aussi captivante. On eut dit qu´il avait ensorcelé son auditoire. Chaque soir, ils revenaient, plus nombreux que la veille.
Au bout d´un mois, alors que tout le village se rendait à la taverne pour écouter l´histoire de mon grand-père, son récit prit une toute autre tournure.
" C´est une histoire qui m´est arrivée il y a un mois : alors que je partais à la chasse avec mon fils, j´ai rencontré deux enfants, morts de froids dans la neige."
Un murmure de désapprobation se leva dans la salle.
" Je veux que le coupable de cet act affreux se dénonce. Je veux qu´il soit punit comme il se doit."
Pâle comme un linge, l´homme fut vite repéré et jetés aux loups, comme notre coutume le voulait.
Aujourd´hui mon grand-prère a cessé de raconter des histoires. Il est même mort. C´est moi qui ai pris sa place dans ce fauteuil.