D´UNE DE NOS CORRESPONDANTES A PARIS
Dimanche 22 avril 2007, à Paris, le temps est radieux, le ciel bleu, la température douce, idéale pour aller voter. Pourtant, à 10h, au marché de la Bastille, boulevard Richard Lenoir, les commerçants mettent en garde leurs clients "Prenez votre temps, faites vos courses tranquillement, y’a la queue au bureau de vote". Info ou intox ?
11h, les bureaux de vote 38 et 39 du 11e arrondissement sont accueillis dans une école élémentaire. Alors que les rues alentour sont calmes et désertes comme tous les dimanches matins, le n° 109 de l’avenue Parmentier aspire une foule incessante. Les gens s’arrêtent bouche bée sur le seuil du préau où les citoyens en rang serré patientent en une file qui s’enroule sur elle-même. Une heure et demie d’attente est annoncée aux nouveaux arrivants. Beaucoup se résignent, stoïques, quelques-uns sortent un roman pour s’y plonger en piétinant, d’autres discutent, retrouvent des connaissances du quartier au gré de leur progression vers l’isoloir, nombreux baillent à s’en décrocher la mâchoire. Seuls les enfants manifestent leur impatience. Ils peuvent aller jouer dans la cour. Les commentaires se ressemblent: "Je n’ai jamais vu autant de monde", "je reviendrai à l’heure du déjeuner, en espérant que ce soit désert". Deux jeunes s’inquiètent, ils risquent de rater leur train. Ils prendront le suivant.
11h45, bureaux de vote 6 et 7 rue Poulmarch dans le 10e. Le spectacle est le même. Ici la queue se fait à l’ombre des platanes dans la cour du collège Louise Michel. Deux personnes agées bougonnent, pas question d’attendre une heure pour voter. A deux pas de là, les SDF du canal Saint-Martin entament une nouvelle journée près de leurs tentes poussiéreuses. Pour eux, la question ne se pose pas.
Stéphanie Tarot