"Ce jour sera le plus beau jour de ma vie". Le truc à ne pas dire, mais que je n'ai pu m'empêcher de me répêter depuis ce jour de janvier où j'ai acquis ma place pour LE concert que j'attends depuis deux ans maintenant : celui d'Animal Collective, mon groupe préféré.
Après une dernière écoute de la dernière note du dernier morceau du dernier album du groupe, j'enfile mes dernière chaussures et mon dernier t-shirt pour entrer dans la dernière voiture de ma dernière génitrice. Cela ressemble à un enterrement : Je me fais beau pour mourir. L'Eden m'attend et je vais à l'Eden. Le trajet en train me paraît tellement long. Je dors pour voir le temps défiler plus vite, pour prendre de l'avance, pour pouvoir l'arrêter au moment fatidique.
J'arrive à la gare; salut papa, grouille-toi j'ai hâte là. Le géniteur me conduit devant les portes du Cirque Royal. Devant les portes du Cimetière Royal.
J'entre. C'est beau : normal, Animal Collective joue ici ce soir. Je montre mon précieux bout de papier au contrôleur et j'entre dans ladite salle. C'est beau : normal, Aimal Collective joue ici ce soir. Je m'avance vers le premier rang et j'aperçois Benjamin. On discute avec son frère durant une petite demi-heure que je n'ai pas vu passer, perdu dans mes pensées, perdu dans un futur proche dont l'attente commence à se faire vraiment ressentir.
Teengirl Fantasy : le groupe qui fera office de première partie de ce concert. A vrai dire, je n'ai pas écouté un seul de leurs morceaux. Quel intérêt celà comporte-t-il alors que je sais pertinemment qu'ils vont littéralement se faire manger par Animal Collective. Enfin, c'est ce que je croyais, en pensant que Teengirl Fantasy serait un de ces groupes un peu amateurs dont les performances live ennuierait un gamin bienheureux auquel il manque la moitié des capacités de discernement.
Que de surprises ce soir ! En effet, je me suis pris au jeu de ces deux gars beaucoup moins amateurs que je ne le crois. Entre des introductions tribales Fuck-Buttoniennes et des combinaisons Synthé-Voix comme Darkstar sait le faire, je suis servi. Le set s'éternise un peu, oui. Il dure un petit quart d'heure de trop, mais la fin de ce dernier, s'apparentant quasiment à de la Witch-House -dont ladite sorcière aurait fumé plus que trop de joints- est plutôt plus que pas mal, si je me fais bien comprendre.
Ils se cassent. Enfin, même si c'était cool. Feedback avec Ben et son frère : ils sont plus ou moins du même avis que moi : c'était bien mais on s'en fout. On attend. On attend. On attend. Ils arrivent. On crie. On s'essouffle. On crie. On a mal. On crie encore. Ils le méritent tant, ces génies du mélodieux bruit.
Geologist fidèle à son poste, Avey Tare, lui aussi intarissable. Deakin là et bien là, avec sa guitare : ça annonce des morceaux de Feels et/ou Sung Tongs. On le sait mais ça rassure. Et enfin, Panda Bear, le "nouveau mozart" de la pop, comme on aime à le comparer avec un certain Brian Wilson. Noah s'est reculé pour aller s'asseoir derrière sa batterie : ça s'annonce tribal.
Ca y est. Panda démarre l'intro au rythme d'instruments africains -ou autre, j'en sais rien- placés sur sa batterie. Premier coup de baguette magique sur sa cymbale, je me surprends à être pris d'un énorme frisson. S'en suivent de nouvelles chansons, de nouvelles incantations devrais-je dire. Les quatre gars sont possédés par leur oeuvre, c'est beau à voir, haha. Moi, moins. Parce que ces expérimentations qu'ils s'attèlent à produire m'ont l'air un peu hasardeuses, mais surement et surtout car une espèce de péruvien complétement High, complétement casse-couilles, s'amuse à parler à son pote, avec moi entre les deux. Ce connard se croit aussi intelligent et intéressant à appeler tantôt Panda, tantôt Deakin. J'aurais voulu lui dire de fermer sa gueule pour que je puisse profiter de ce que j'avais sous les yeux, même si lui n'en étais pas capable. Mais je suis à Bruxelles, à 2 heures de chez moi. Donc je me la ferme et je tente tant bien que mal de me concentrer un minimum.
Les incantations tribales se passent alors qu'arrive enfin "Did You See The Words". Je me réveille et je danse. Je ferme les yeux et j'apprécie. J'ouvre les yeux et j'apprécie. La chanson se finit et de nouvelles chansons arrivent. Je les connais pas, ça m'énerve un peu mais j'aime.
Rupture. Un autre concert arrive, je l'entends qui vient. J'entends l'intro de BROTHERSPORT ! Là, sans ne plus iren contrôler, je me mets dans une espèce de transe : je ferme les yeux et ne les rouvrirai qu'à la fin de ce bijou. Je danse, je saute, je secoue, je gigote. Des frissons me parcourent sans cesse. Le voilà, le plus beau jour de ma vie.
A partir de ce moment, plus rien ne peut entâcher mon bonheur. J'adore les nouveaux morceaux qui suivent Brothersport. Embellis par cet état de grâce, certainement. Les synthés sont puissant, Panda à la batterie réalise une excellente performance, Deakin danse comme un marabout sorti tout droit de l'espace, sans doute influencé par son voyage africain.
Confirmation. Ce concert est le meilleur qu'il m'ait été donné de vivre. Ce qui me fait dire ça ? Deux mots : We Tigers. Ce morceau de Sung Tongs, que j'affectionne tant, ils le jouent ! Une version de 5 minutes durant laquelle je pête littéralement un câble. Je saute dans tous les sens. Je vis un concert excellent.
Après celà, ou était-ce avant, je n'ai plus la notion du temps à ce moment, un Summertime Clothes d'anthologie arrive.
Le concert se termine, petit à petit. Les quatre génies s'en vont, reviennent aussitôt. Ils jouent un morceau, neuf et excellent. Il s'en vont de nouveau : il ne reviendront pas.
Que dire de ce concert ? Rien de plus, si ce n'est que je remercie Animal Collective pour cette soirée dont la description ressemble presque à une orgie. C'était bon, oui. C'était excellent, même. Je quitte le Cirque Royal.
C'était beau : normal, Animal Collective a joué là ce soir.
Je me suis pas relu, donc désolé si y'a des incohérences et/ou fautes d'orthographe...
