Est-il égoïste de rechercher le bonheur ?
Intro :
A première vue et dans l?opinion générale, la recherche du bonheur est de l?ordre du privé. En effet, ne recherchons-nous pas le bonheur pour nous et nous seuls ? Du bonheur que nous construisons, il est impossible de le partager directement. Pourtant la recherche du bonheur solitaire, associée à l?égoïsme, quand elle se fait au détriment des autres, est classée immorale par la société. L?égoïste absolu est un danger pour la société, en effet, car il n?hésitera pas à faire son bonheur, quitte à détruire celui des autres. Pour éviter cette immoralité, il est obligatoire de renoncer à une partie de son bonheur. La moralité, telle que la conçoit la société occidentale se définit par le rejet de l?égoïsme car il est un frein au développement de la société, donc du bonheur collectif. L?individu est alors écartelé par deux types de pressions opposés. Un venant de l?intérieur lui commandant de s?intéresser à lui-même, l?autre émanant de l?extérieur, implicite ou explicite, qui s?incarne par la pression sociale le contraignant à mettre son bonheur au second plan.
Etrangement, malgré cette opposition entre morale et bonheur, certaines personnes arrivent et acceptent de sacrifier une partie de leur bonheur, pourtant considéré comme le souverain Bien. D?où le paradoxe suivant : Comment peut-on accepter de sacrifier une partie de son bonheur, si celui-ci est son but en lui-même ? Ces gens qui consentent de sacrifier leur bonheur, tel les parents ne constituent pas la preuve que l?égoïsme ne permet pas d?atteindre le bonheur, ou plutôt qu?il existe cet autre chemin que constitue le sacrifice. Parce que ces gens ne sacrifient pas réellement leur bonheur, puisqu?ils s?estiment plus heureux que s?ils n?avaient pas investis ce bonheur. Puisse qu?il s?agit de ça en réalité. Les gens sacrifient leur bonheur actuel en espérant l?être plus tard. Ils l?investissent auprès des autres. Leurs enfants, leur famille, tout cela ne sont, en réalité que des moyens d?accéder au bonheur, qui, malgré les conséquences bénéfiques pour l?entourage, tout cela ne reste quand même à but personnel. Donc l?altruiste, puisqu?il faut le nommer ainsi a quand même toujours une part d?égocentrisme et d?égoïsme dans sa vision du monde et du bonheur.
L?égoïste tend vers la solitude, non pas parce les autres se méfient de lui, mais parce que la vision du monde égoïste exclue les autres. Or la vie purement égoïste n?est pas viable d?après Aristote « L?amitié est absolument indispensable à la vie ; sans amis, nul ne voudrais vivre, même en étant comblé de tout les autres biens. » D?après Aristote, les rapports sociaux sont une condition nécessaire à la vie. De plus, mis à part Robinson Crusoé, nul être humain ne peut vivre à l?écart d?une société. Il n?est donc pas possible de rechercher le bonheur égoïstement car il n?est pas possible de vivre totalement égoïstement.