Je les vois devant les portes de leurs universités respectives. Je vois mon père passer nonchalemment sous l'arche de grès ocre, les tuiles rouges étincelants derrière sa tête comme des flaques de sang. Je vois ma mère, quelques livres contre la hanche, devant la colonne de briques rouges, le portail en fer forgé encore ouvert derrière elle, avec ses pointes noires en forme d'épée. Ils s'apprêtent à recevoir leur diplôme. Ils s'apprêtent à se marier. Ce ne sont que des enfants, ils sont ignorants. Tout ce qu'ils savent, c'est qu'ils sont innocents, ils ne feraient pas de mal à une mouche. J'voudrais courir vers eux et leur dire : "Arrêtez, ne faites pas ça. C'est pas la femme qu'il te faut, c'est pas l'homme qu'il te faut. Vous allez faire des choses que vous pouvez même pas imaginer. Vous allez faire du mal à des enfants. Vous allez souffrir comme vous pouvez même pas l'imaginer. Vous allez vouloir mourir. Je voudrais courir vers eux dans la lumière de cette fin de mois de mai. Mais je le fais pas. Je veux vivre. Je les prends tous les deux comme s'ils étaient des poupées de chiffons, le mâle et la femelle et je les froppe l'un contre l'autre comme des silex qui s'attiseraient l'un l'autre. Et je leur dis : "Faites-le, allez-y, je serai là pour en parler."