Située au centre du tableau, la tour circulaire et à degrés occupe l’essentiel de l’espace ;
dépassant des nuages, elle frôle le ciel. Son profil conique se détache et domine un paysage
qui, à la manière flamande, montre les activités humaines : le port, très actif, et ses nombreux
bateaux, la ville et ses maisons agglomérées, un fleuve qui serpente jusqu’à la ligne d’horizon
et, au loin, la campagne qui se dilue dans des fonds bleutés. Le paysage urbain et les activités
portuaires sont représentés comme contemporains de l’artiste et nombre de détails sont
empruntés à la réalité de l’époque (les bateaux par exemple). La tour, dont on distingue les
éléments architecturaux (arcs, contreforts, galeries ajourées), est inachevée. À partir du
XVIe siècle, l’iconographie représente la tour avec une base circulaire dont le modèle est à
chercher dans le minaret de la mosquée de Samarra. Mais la tour de Babel de Valckenborch
s’inspire aussi du Colisée de Rome dans ses détails architecturaux.
Au premier plan, la petite figure habillée en soldat gréco-romain est Nemrod. Sa taille
contraste avec celle du monument symbolisant par ses proportions l’immensité de l’orgueil
humain.
Le traitement est minutieux et la gamme des couleurs utilisée est limitée aux bruns et gris –la
palette favorite des peintres flamands de l’époque. Œuvre de la Renaissance, le tableau
montre les dispositifs perspectifs variés ainsi que le paysage traité comme un vaste panorama
et en surplomb tandis que la tour est vue de face.
Le tableau de Valckenborch procède de celui de Pieter Brueghel (voir Poster), qui réalisa
deux œuvres semblables, l’une en 1563, l’autre en 1568. Ce sujet connut un grand succès dans
la seconde moitié du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle chez les artistes du Nord,
souvent réformés. Le fait que la tour dérive du Colisée a été interprété comme le symbole de
Rome, la Rome des papes assimilée par les protestants à une « nouvelle Babylone ».
Analyse du tableau.