Je tien sà dire que je n´ai pas ( encore ) lu ce qui va suivre...
L´art du raisonnement
par Betrand Lemennicier
Avant d’entamer le cœur de ce manuel, une incursion dans l’art du raisonnement n’est pas inutile.
A l’expérience, on s’aperçoit très vite que les étudiants, et souvent leurs enseignants, sont fâchés avec la logique et se trouvent souvent dans l’incapacité de maîtriser leurs émotions lors d’une discussion où les figures de rhétorique abondent. Ce chapitre a pour objet d’initier les étudiants à l’argumentation et de les inciter à repérer les sophismes que les professeurs utilisent pour convaincre leur auditoire de la validité des théories ou des arguments qu’ils défendent ou exposent.
Revenons à notre discussion sur la version officielle de la méthodologie des économistes que nous avons abordée d’un précédent chapitre. Celle-ci est caractérisée par deux idées maîtresses :
- l’une consiste à juger comme scientifiques uniquement les argumentations susceptibles d’être confirmées ou réfutées empiriquement à partir de faits observables ( les autres seront rejetées)
- l’autre revient à considérer que seuls les jugements de faits peuvent être tranchés, alors que les jugements de valeurs ne peuvent l’être.
Voilà deux fautes informelles de raisonnement ; la pétition de principe ( qui présuppose sa propre conclusion) et la fausse dichotomie ( qui repose sur l’hypothèse fausse d’un nombre donné d’alternatives). Ces deux erreurs de raisonnement expliquent pourquoi les économistes prêchent un " positivisme" qu’ils ne pratiquent pas et une " neutralité" dans les jugements de valeurs qu’ils ne respectent pas.
L’écart entre ce qui est dit et ce qui est fait provient d’un canon du discours scientifique ou d’une connaissance " objective" en sciences humaines ( c’est-à-dire dégagé des jugements de valeurs) qui est idéel, c’est-à-dire qui n’a pas de contrepartie dans la réalité. Ces deux propositions n’appartiennent pas au discours scientifique, mais à une réflexion sur ce qui devrait être ; la rhétorique joue alors son rôle : celui de l’intimidation.
Comme le souligne P.Feyerabend ( 1975), une application stricte des canons scientifiques, tels que les économistes, à la suite de K.Popper ( 1935, 1972) ou de M.Friedman ( 1953) les conçoivent, aurait tué depuis longtemps les découvertes scientifiques elles mêmes! L’art du raisonnement nous aide à ne pas nous laisser intimider par des arguments qui n’ont rien à voir avec la logique. Comme le suggère D.McCloskey ( 1984), le discours scientifique se révèle être à l’observation un simple discours rhétorique :
" Les faits et la logique, avec la métaphore et le récit, constituent ce qui pourrait être la Tétrade rhétorique. Les économistes, comme d’autres experts, doivent utiliser l’ensemble de la tétrade s’ils veulent donner un sens à leur propos " .
Une maîtrise de la rhétorique permet d’épurer le discours scientifique des fautes de raisonnement que les économistes commettent en analysant un problème particulier, sans sacrifier la richesse ou l’intuition sous jacente aux théories développées. Comme le rappelle M.Rothbard(1960), le mot science veut dire scientia et signifie " la connaissance correcte".
Dans ce chapitre, nous allons délaisser les faits et le récit ( ou la théorie), qui constituent la sémantique du discours des scientifiques, pour nous concentrer sur les instruments du raisonnement lui-même :
1) la logique
2) les sophismes
3) la métaphore