Les deux journées du Conseil national, samedi et dimanche, ont été dominées par la question lancinante de la succession d´Alain Juppé à la présidence du parti, lors du congrès fin novembre.
Malgré une unité de façade, le conseil national de l´UMP a ravivé samedi et dimanche les tensions entre chiraquiens et amis de Nicolas Sarkozy, le ministre de l´économie et des finances continuant de pousser son avantage dans la pré-campagne pour l´élection à la présidence du parti.
M. Sarkozy, qui ne dira qu´après le départ effectif d´Alain Juppé de la présidence de l´UMP, prévu à la mi-juillet, s´il est candidat à sa succession, a multiplié apparitions et prises de parole ce week-end pour délivrer une sorte de programme présidentiel de reconstruction d´une droite éreintée par deux échecs électoraux consécutifs, aux régionales et aux européennes.¨
APPELS À L´UNITÉ DE MM. RAFFARIN ET JUPPÉ
Face à cette stratégie de tension médiatique, les fidèles du chef de l´Etat, au premier rang desquels le premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, ont mis en garde contre les risques d´éclatement de la majorité présidentielle à l´approche du congrès de l´UMP, prévu le 28 novembre.
Le chef du gouvernement, qui prononçait la synthèse des travaux du conseil national du parti chiraquien, a appelé dimanche au " respect" et à l´"unité" au sein de l´UMP. La veille, il avait déjà répliqué à l´offensive du ministre le plus populaire de son équipe en rappelant qu´"il n´y a qu´une seule hiérarchie au gouvernement" et que " le parti majoritaire ne peut pas avoir de distance avec le président" de la République. Selon des participants, M. Raffarin a affirmé qu´il n´y avait " pas de place contre le président dans le camp du président".
Alain Juppé a souligné de son côté qu´il ne pouvait y avoir de " dyarchie" au gouvernement et a jugé " bonne" la règle du non-cumul entre des fonctions ministérielles et celles de chef de parti édictée mardi par Jacques Chirac lors d´un tête-à-tête avec Nicolas Sarkozy.
PROBABLE REMANIEMENT FIN SEPTEMBRE
Comme pour ajouter un peu de tension, le secrétaire d´Etat au budget, Dominique Bussereau, un proche de M. Raffarin, a indiqué dimanche matin qu´il y aurait " vraisemblablement" un remaniement du gouvernement après les élections sénatoriales du 26 septembre.
" C´est à ce moment-là que les choses se décideront", a-t-il déclaré à la presse en marge du conseil national, en réponse à une question sur l´avenir gouvernemental de Nicolas Sarkozy. " La formation d´une équipe gouvernmentale est du ressort du président de la République", a ajouté M. Bussereau.
M. SARKOZY PRUDENT...
Le ministre de l´économie, qui avance avec prudence sur un terrain miné, s´est bien gardé de répondre directement au chef de l´Etat ce week-end. Il a juste estimé que " les règles doivent être les mêmes pour tous" au moment où s´ouvre la succession d´Alain Juppé.
Nicolas Sarkozy n´était prévu qu´au programme de la journée de samedi du conseil national de l´UMP. Mais, dimanche matin, il a écourté son jogging pour revenir auprès des cadres du mouvement chiraquien.
Solidement encadré par Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé, l´enfant terrible de la droite a fait son entrée sous le chapiteau au moment où Dominique de Villepin expliquait à la tribune que le gouvernement devait " poursuivre les réformes pendant encore trois ans", jusqu´à la fin du quinquennat de Jacques Chirac.
Le ministre de l´intérieur, une lame chiraquienne, a souligné fort à propos que l´heure n´était pas aux " petites chapelles" ni aux " clans".
La veille, devant ces mêmes cadres de l´UMP, Nicolas Sarkozy avait fait valoir qu´"il n´y a pas à choisir entre le soutien de tous les jours que l´UMP doit au gouvernement et au président de la République et l´absolue nécessité de préparer, de réfléchir à l´avenir dès maintenant".
" Ce quinquennat doit être une réussite et, à la place qui est la mienne, je m´engagerai avec vous tous pour qu´il en soit ainsi. Il n´y a donc ni ambiguïté, ni difficultés, ni arrière-pensées", avait-il souligné, selon un participant.
. .. MAIS FERME
Mais Nicolas Sarkozy, que son lieutenant Brice Hortefeux décrit comme la " bouée de sauvetage" de la droite, a aussi continué de faire entendre sa différence.
Samedi matin, devant le Mouvement national des élus locaux ( MNEL), il a notamment affirmé que la droite devait se " mettre dans une situation permanente de conquête", après être restée " depuis 30 ou 40 ans" dans une situation de " gestion d´un patrimoine électoral" rétrécissant année après année.
Devant les cadres de l´UMP, il a souligné qu´"attendre le dernier moment" pour réfléchir à la reconquête de l´opinion " serait prendre le risque de nous retrouver exsangues aux rendez-vous de 2007, exactement ce qui est arrivé en 2002 à Lionel Jospin".
Il a réaffirmé ses réticences quant à l´organisation de courants au sein de l´UMP, une initiative de l´actuelle direction que les amis de Nicolas Sarkozy analysent comme la volonté des chiraquiens de lui jeter un maximum d´obstacles dans les jambes.
" Je ne vois donc aucune raison de rigidifier les débats entre nous par l´organisation de chapelles alors que chacun devrait se sentir libre et avoir les moyens de prendre la parole dans la cathédrale", a martelé le ministre de l´économie.
Il a aussi souligné que " l´unité ne peut être un préalable qu´on impose ou que l´on subit" mais " une conséquence d´un état d´esprit que l´on construit par la confiance".
Avec Reuters et AFP