Ce doit être dans nos campagnes du Nord une bien triste fête : bien des fermiers, forgerons, menuisiers et autres doivent manquer à l’appel. Mon esprit est là-bas près de vous, mes aimés. Je pourrais vous écrire, chaque jour ici on ramasse des lettres, mais je ne veux pas que vous sachiez la réalité ; je préfère, ma Germaine, que tu conserves l’illusion de mon retour prochain en France, via Suisse. Tu te ferais de la bile, ma femme, si tu savais que ton homme souffre ; garde en ta mémoire et en ton cœur le souvenir des derniers moments que nous avons passés ensemble à Rousies.
Aujourd’hui, paraît-il, les prêtres nous quittent pour être dirigés sur Mayence où on décidera de leur sort. S’ils sont désignés comme aumôniers , ce qu’on leur promet, ils seront traités en officiers et jouiront donc d’une certaine liberté. Ils nous ont promis d’utiliser leurs premiers instants pour voir le Consul des Etats-Unis et l’intéresser à notre sort. Ah ! Que bientôt nous vienne le moment de notre délivrance, car si nous devons rester, nous serons vite déprimés au physique et par contre coup au moral, et nous ne serons plus susceptibles de rendre au pays les services qu’il attend de nous.