Blame ! Après le volume 10
AVIS
Après une longue marche quelque peu mouvementée, Killy arrive finalement à atteindre le niveau -9 désormais sous l´emprise des silicates. Ces derniers ont par la même occasion récupéré Shibo dont la sphère qu´elle héberge attire toutes les convoitises : il semblerait en effet qu´elle détienne le secret permettant de sauver la ville. La lutte entre les protagonistes s´annonce sanglante et la fin mythique...
Tel est le résumé et la conclusion de la série phare de M. Nihei. Après avoir été quelque peu ébranlé par la fin un brin ésotérique, j´ai décidé de reparcourir brièvement l´intégralité des volumes de Blame ! et quelle ne fut pas ma surprise de constater que l´intrigue se reconstituait d´elle-même tel un puzzle ! Un puzzle gigantesque dont il manque forcément toujours quelques pièces. L´interprétation ne peut donc qu´être subjective mais je me permettrai tout de même de vous donner ci-dessous ma vision du monde de Blame ! et qui je pense est assez proche de celle de l´auteur. Celle-ci sera abordée à travers deux axes : l´ampleur et la limite de l´exponentialité.
Une œuvre tout d´abord exponentielle de part la démesure de son univers où les habitants qui le peuplent en sont l´expression parfaite : fragile, chaotique et surpuissant. Au fur et à mesure des niveaux, ceux-ci deviennent sans cesse plus grands, plus éloignés et plus difficiles. Shibo déclare elle-même que pour arriver au bout de la ville ( le niveau 0 ? ), le chemin sera encore plus long et plus périlleux que celui emprunté pour parvenir jusqu´au niveau -9. Rappelons tout de même que Killy revient du niveau -5000 ! Le temps lui non plus n´a pas de limite : aucune date précise n´est mentionnée et les seules indications qui reviennent indiquent des passages s´étant produits il y a fort longtemps.
Au-delà ce monde, appelé la réalité basique, coexistent d´autres univers, virtuels cette fois-ci, dont la résosphère est la plus convoitée. C´est en effet le lieu de refuge des humains dont les gènes n´ont pas encore été contaminés et siège du bureau gouvernemental. Malheureusement, tout comme leur monde, ces humains ne possèdent pas de corps réels et ils se déplacent dans la réalité basique à travers des enveloppes de silicium. Toutes les autres personnes ( humaines ou non) n´appartenant pas à la résosphère sont considérées comme contaminées et doivent être éliminées par les sauvegardes. Dans un monde chaotique et pris d´assaut par les silicates, le bureau gouvernemental rêve de récupérer des véritables gènes afin de les faire prospérer dans une zone non contaminée et ainsi rétablir la présence humaine dans la réalité. C´est la mission de l´enquêteur Killy qui, après en avoir récupéré dans le dernier volume, devra les rapporter au bout de la ville censée être à l´abri de la contamination.
L´ouverture finale montre que ce puzzle n´a pas de limite et que l´ensemble de l´œuvre n´est finalement que le début d´un chapitre dont la fin reste encore à écrire. C´est là toute la limite de l´exponentialité de l´œuvre qui, à vouloir offrir un univers trop riche, en perd le contrôle et le lecteur par la même occasion. Le défi le plus fou a certainement été de vouloir faire tenir l´intrigue en 10 volumes seulement, et la fin modeste, somme toute faite en 3 pages, montre clairement les difficultés qui se sont imposées à l´auteur pour mettre un terme à un univers qui par essence n´en a pas.
On reste cependant sublimé par la scène finale quasi-cinématographique où Shibo est plongée dans un espace de stockage temporaire avec des décors qui semblent tout droits inspirés de Tim Burton. Je me rends compte que je ne me suis pas encore exprimé sur la tenue de ce dernier tome mais vous devez vous douter que je le trouve en tout point excellent. L´action y est abondante et la mise en scène dynamique impose une envergure et un charisme évident aux protagonistes. Ma seule déception concerne malheureusement la fin qui aurait du justement ne pas en être une... si toute bonne chose a une fin, celle-ci est arrivée bien trop vite.
ADAPTATION FRANÇAISE
Rien de bien spécial à signaler à ce niveau à part complimenter le travail de Glénat ! L´encrage est très bon... peut-être même un peu trop puisque les volumes semblent avoir été reliés avant que l´encre ne soit complètement sèche d´où de légères taches à certains endroits. Les pages sont souples et blanches et les couvertures sont impeccables. Du bon boulot.
À noter aussi la présence de 3 pages en couleurs à la fin du tome conformément à l´édition originale. On apprécie.