En préambule, il suffit de citer un chiffre qui ne va pas nous rassurer,
nous, citoyens européens : la croissance mondiale devrait se situer cette
année autour des 4,5% contre 2% dans la zone-euro. Il n´y a donc pas « photo
», l´Europe est très en dessous de la moyenne mondiale. Cela veut-il dire
que les marchés financiers européens sont survalorisés et vont vivre des
moments difficiles ? Non pour ce qui concerne les grandes entreprises
cotées, car elles réalisent environ 80% de leurs bénéfices hors d´Europe.
Par contre, la situation risque de devenir très difficile pour les sociétés
de plus petite taille peu implantées sur les marchés extérieurs .
Le problème principal de l´Europe réside dans le fait que les
investissements restent à la traîne. En moyenne, l´augmentation des
investissements avec la reprise économique mondiale actuelle, est quatre
fois moins importante en Europe qu´aux Etats-Unis. Du coup, il est bien
évident que toutes les nouveautés technologiques viennent principalement de
l´étranger, et le chiffre d´affaires et les profits qui vont avec,
également. La carence d´investissement ne se voit pas immédiatement, mais,
au fil des années, elle pèse très lourd dans la balance : peu de créations
d´emplois (l´économie américaine crée en un mois plus d´emplois qu´en un an
en France !) , moins d´emplois = moins de consommation, et plus d´assistance
sociale (tant que l´Etat peut la financer ...). Mais pourquoi les
investisseurs préfèrent-ils les marchés émergents ou les Etats-Unis pour
placer leurs liquidités ? La réponse est sans doute connue de la plupart
d´entre-vous : lenteurs et paperasseries administratives, pression fiscale,
rigidité des lois relatives au marché du travail, comportements
conservateurs de nos concitoyens (allemands, italiens et français
notamment), qui refusent de réformer nos sociétés, afin de les adapter au
monde moderne et à ses nouvelles contraintes et besoins. Dans un avenir
proche, l´Europe va être doublée par la Chine, qui deviendra à terme la
deuxième puissance économique mondiale derrière les USA, avant de passer en
tête dans un horizon de 20 ans. Les jeunes européens d´aujourd´hui qui
bloquent l´évolution de notre système économique s´en mordront les doigts,
et ceux qui en auront les moyens, déserteront l´Europe pour aller travailler
en Chine, en Asie du Sud-Est ou aux Etats-Unis (mouvement déjà commencé pour
ce dernier pays).
Et la France ? Au risque d´en décevoir certains, nous allons droit dans le
mur, et sans doute plus vite que ce que nous croyons . en 1974, la dette
publique était égale à zéro, mais oui, c´est la stricte vérité. L´héritage
des années « De Gaulle » et d´un pays sachant innover (TGV, Concorde par
exemple) avait permis à la France d´être la locomotive de l´Europe. En 1980,
la dette publique représentait 20% du PIB, on est aujourd´hui au chiffre
hallucinant de 67% ! Sans rentrer dans un discours politique, toujours
tendancieux et subjectif, il est assez simple de s´appuyer sur des faits
pour décrire la situation, et elle est franchement catastrophique . Quelle
entreprise trouverait encore prêteur avec un tel taux d´endettement, sachant
que la plupart des entreprises publiques sont des gouffres financiers,
gérées par des énarques incompétents et en dehors des réalités économiques ?
Chaque nouvelle réforme destinée à assouplir le système, dont la dernière
(CPE), provoque grèves et manifestations d´une minorité (les étudiants
feraient mieux d´étudier, au lieu d´aller dans la rue manifester pour un
problème qui ne les concerne pas encore, ou pour la plupart, de se la couler
douce en augmentant leur période de congés déjà pléthoriques), alors que ce
type de changement est passé depuis longtemps dans des pays qui ont démontré
que cela avait des effets positifs sur le marché de l´emploi. Là encore, je
ne vais pas m´étendre sur le sujet au risque de transformer mon discours
économique en discours politique. En résumé, les mêmes personnes s´échangent
le pouvoir régulièrement depuis plus de 40 ans, en prenant soin de
verrouiller l´accès à ce même pouvoir aux "nouveaux", et de conserver leurs
privilèges, au risque que tout le système s´effondre un jour. Ce qui est
arrivé en Argentine pourrait fort bien nous arriver aussi . vous pensez
vivre dans un monde confortable, avec des assurances et des certitudes, mais
un jour, vous pourriez très bien trouver la porte de votre Caisse d´Epargne
fermée, avec l´impossibilité de récupérer votre argent . on est encore loin
de ce scénario catastrophe, mais attention, la faillite n´est pas loin et
les années d´erreurs se paieront « cash » à un moment ou à un autre.
L´empire romain a eu sa fin, le monde des Enarques aura la sienne .
Pour terminer, voici quelques mots de Marc Touati sur le sujet, chef
économiste de Natexis: "Nous avons une absence de politique budgétaire, une
politique monétaire inefficace, une crise de confiance des chefs
d´entreprise, ainsi que des risques sociaux élevés. C´est difficile de
trouver des points positifs dans ce contexte. (...) Les profits des
entreprises dont l´activité est en France n´ont augmenté que de 1,5% en 2005
contre 40% pour les sociétés françaises dont les profits sont réalisés à
l´étranger. Je n´ai aucune inquiétude pour les entreprises françaises, qui
vont profiter d´une croissance mondiale forte et de pays émergents en
rattrapage économique, dont les conditions de marché du travail et de
fiscalité sont plus favorables. Ces entreprises françaises devraient
continuer à bien se comporter dans les années à venir mais je suis plus
inquiet pour l´économie française, qui va s´appauvrir".